CHAPITRE m
maison récemment bâtie ni goûté les fruits d'une vigne nouvellement plantée. Il admettait qu'on n'accepterait point dans les rangs des combattants ceux qui témoigneraient une frayeur pusillanime : ceux-là, suivant les rabbins, étaient appliqués à divers services auxiliaires, comme de porter l'eau, les vivres, de réparer les chemins (1) , etc. C'était une sorte d'exemption admise en vue de la solidité des troupes et de leur esprit guerrier.
On voit que l'armée était divisée dès l'origine en différents corps, en phalanges, et qu'à la tête de chacune de ces divisions étaient placés des chefs, désignés sans doute en premier lieu par leurs aptitudes et leurs vertus militaires, et ensuite par les officiers supérieurs. La convocation était ordonnée par le juge qui gouvernait en Israël. Au moment du combat , les officiers subalternes transmettaient à leur bataillon les ordres donnés par le commandant en chef. Aux règlements relatifs à la guerre en rase campagne , Moïse ajouta de très brèves instructions qui se rapportaient aux sièges des villes et forteresses, et à la construction des engins de guerre (2). Tels sont les seuls renseignements qui nous soient parvenus sur l'organisation que Moïse établit dans l'armée.
Le législateur des Hébreux n'eut évidemment eu vue qu'une organisation passagère : elle devait cesser à la conquête de la terre de Ghanaan.
Quand les Juifs y furent établis, ils ne songèrent qu'à vivre en paix. Nul désir d'agrandir leur domaine au dehors par des guerres offensives. Ce ne fut que dans h^ cas de nécessité qu'ils soutinrent des guerres défensives. Donc, aucune armée permanente alors, aucun homme
(1) Deuleron., xx, 1-10.
(2) Deuleron., xx, 2, 5, 9, 11-20.
faisant son métier des armes. Partant , personne n'était •exercé à la discipline. S'il fallait se défendre contre un ennemi, chacun s'armait comme il pouvait, avec ce qui tombait sous sa main (1). C'est avec le soc de sa charrue que Samgar tue 600 Philistins (2). Nous savons de quelles armes Samson faisait usage. Débora dans son cantique dit qu'il n'y avait ni lance ni bouclier parmi quarante mille soldats d'Israël (3). Dans la guerre de Saul contre les Philistins, il ne se trouve dans toute l'armée que ce prince et Jonathas pourvus d'une épée et d'une lance. Les Philistins, qui opprimaient les Hébreux, empêchaient que, dans tout le pays, il n'y eût de forgeron qui pût fabriquer des armes : on était obligé d'aller chez eux pour y faire réparer jusqu'aux instruments du labourage (4).
Les chefs militaires n'étaient pas autres que les chefs de famille. Dans ces rassemblements faits à la hâte, où suivait seulement qui voulait, il n'y avait ni hiérarchie, ni discipline, ni ordre rigoureux. Point de cadres , point d'uniforme, point d'approvisionnements, point de stratégie. La force ou la ruse : voilà toute leur science militaire.
On ne pouvait faire de campagne sérieuse avec des hommes qui n'étaient point enrégimentés et qui ne recevaient ni solde ni vivres. Chacun devait emporter ses provisions (5), ou s'en procurer soit par le pillage, soit par quelque autre moyen (6). On en était donc réduit à
(1) Abbé vigoureux, la Bible et les Découvertes modernes, t. III : les Juges.
(2) Judic., III, 31.
(3) Judic, V, 8.
(4) II Reg., XIII, 20, 21, 22.
(5)1 Reg., XVII, 17 et seq.
(6) Judic, VIII, 5 et seq.