CHAPITRE m
La Bilile a en outre enregistré les actions d'éclat des plus braves d'entre eux. Citons un de ces passages qui fait penser aux récits d'Homère.
Voici les noms des Gibhorim de David :
Jesbaam, fds d'Hachamoni. Ce fut lui qui avec sa lance tua huit cents Philistins sans se reposer.
Après lui, Éléazar, fils de Dodi, l'un des trois Gibhorim. Il fut avec David à Phesdomim où les Philistins s'étaient réunis pour le combat. Israël ayant fui, lui seul se leva et frappa les Philistins jusqu'à ce que sa main fût engourdie et demeurât crispée à la garde de son épée. Et en ce jour, Jéhovah fit remporter une victoire signalée.
Après lui était Semma, fils d'Agé d'Arari. Les Philistins s'étant postés près d'un champ de lentilles, le peuple fuyait devant eux. Mais lui resta ferme au milieu du champ, le défendit et frappa les Philistins, et Jéhovah fit remporter une grande victoire.
Ces trois, qui étaient les premiers entre /es Trente y étaient descendus vers David lorsqu'il se trouvait dans la caverne d'Odullam, et que les Philistins campaient dans la plaine des Rephaïm et à Bethléem. Or on était à. l'époque de la moisson. Un jour, David , brûlé par les rayons d'un soleil ardent et n'ayant point d'eau pour étaricher sa soif, s'écria : « Oh! si je pouvais avoir un peu d'eau du puits de Bethléem qui est à la porte ! » Les trois Gihhorim se frayèrent aussitôt un chemin à travers le camp ennemi , pénétrèrent jusqu'à la fontaine de Bethléem, qui est près de la porte (1), y puisèrent de l'eau et vinrent l'apporter à David. Mais celui-ci ne voulut pas la boire : sans y porter les lèvres, il l'offrit tout entière en libation au Seigneur,
(1) Sur ce puits, voir M. de Saulcy, Diction, des antiq. bibh, p. 139; et M, Guérin, Description de la Judée, t. I, p. 131 et 192.
ii8 IMPORTANCE DU RÈGNE DE DAVID.
en disant : (( Jéhovah me préserve de boire le sang de ces braves, cette eau qu'ils ont conquise au péril de leur viel »
Voilà ce que firent les trois Gibborim (1). On comprend de quels actes de bravoure était capable une armée commandée par de tels officiers.
La seconde division de l'armée se composait de 288,000 hommes. Comme ce chiffre aurait été trop considérable en temps de paix, David la divisa en douze corps de 24,000 hommes chacun, ayant son commandant particulier. Chaque corps ou série ne passait qu'un mois sous les drapeaux et retournait ensuite dans ses foyers; il -était remplacé par la série suivante , ce qui permettait à la fois aux Israélites de vaquer à leurs affaires, de cultiver la terre et de fournir un service à l'État. De cette façon David avait toujours au moins 24,000 hommes sous les armes et prêts à marcher, avec ses Gibborim, au premier signal; et en quelques jours, grâce à la bonne organisation de ses cadres, il pouvait mettre sur pied et mobiliser une armée de 300,000 hommes aguerris, disciplinés et conduits par des chefs expérimentés.
Un des grands avantages de cette organisation, c'est que l'armée n'était pas tout entière ni toujours à la charge de l'État. Ainsi était résolue pour Israël la difficulté de l'entretien des nombreuses armées, problème que se posent encore les nations modernes.
Pour un bon nombre, le service était gratuit, une marque de distinction et d'honneur; les autres servaient aux frais des tribus ou même en grande partie à leurs propres frais. Plus tard, l'entretien de l'armée passa à la charge du trésor public; mais, suivant toute probabilité, il n'y
(1) II Reg., XXVIII. — I Parai., xi.