CHAPITRE IV
d'une cour orientale, à titre d'épouses de premier ou de second ordre, comme l'indice de passions violentes et honteuses. De même que nos rois tenaient à honneur de s'entourer non seulement de femmes distinguées par leur naissance ou leurs autres qualités, mais encore de tout ce qui pouvait relever leur considération et leur puissance, par exemple, de monuments, de manuscrits, d'œuvres d'art, de statues, de tableaux, d'animaux rares et choisis, etc., les Orientaux puissants regardaient et regardent encore comme un signe de richesse et d'honneur un harem réunissant toutes les distinctions du sexe féminin. On doit voir en ce goût la vanité plus que la luxure : les princes turcs se montrent quelquefois plus orgueilleux d'un riche sérail qu'ils ne paraissent voluptueux dans leurs mœurs.
Enfin, on voit quelles longues listes d'enfants sont encadrées avec honneur dans la vie des patriarches. Ces hommes, qui vivaient d'espérances, voulaient dans leurs enfants assister à leurs réalisations. On a dit que c'était pour multiplier les chances de la naissance du Messie dans leur famille. Cela peut être assurément, mais il nous semble, et la Bible l'affirme (1), qu'ils recherchaient aussi un avantage d'un autre genre : une considération dont, suivant le rang qu'ils occupaient, ils ne pouvaient ni ne devaient se désintéresser : il n'y a pas longtemps que parmi nous les familles nombreuses étaient aussi un titre d'honneur. La vanité et la pompe, en Orient, exagèrent tout. Le christianisme a justement placé plus haut l'honneur des princes et des rois. L'Évangile en toutes choses a été un relèvement de l'humanité tel , que ce qui était honorable avant lui parait justement honteux aujourd'hui.
(l) Jud,, VIII, 30; X, 4, elc.