CHAPITRE IV
et des bergers (1). On échangeait seulement à l'occasion l'excédent des produits de la récolte ou du troupeau avec les Phéniciens industrieux ou avec les caravanes qui traversaient la Palestine, contre de riches étoffes, des parures ou des armes.
Pour maintenir l'ordre et la paix, et rendre la justice, point de juge spécial, point de police, point de salles de tribunaux: les anciens du peuple, c'est-à-dire les chefs de famille y suppléaient, à la porte delà ville (2), où se faisaient également les transactions et les marchés (3).
Bref, l'organisation de la société hébraïque était de la plus extrême simplicité : l'autorité centrale n'y existait pas, parce qu'elle était alors inutile et qu'elle aurait été impuissante (4).
Mais avec David tout change de face. D'abord, le service de sa maison exige de nombreux intendants. Parmi eux, il sait distinguer les hommes de mérite, et il se les attache. Avec les plus sages esprits d'Israël, il se forme un conseil de ministres pour l'aider de leurs lumières dans ses résolutions et surveiller l'exécution de ses volontés. Dans de nombreux passages de la Bible, on voit apparaître ces conseillers. C'étaient les prophètes, les généraux et les grands chefs de service.
David avait positivement institué un conseil privé , d'ordre politique, et ayant mission de l'assister de plus près dans la direction générale des aflaires. Il se composait du général en chef, ou ministre de la guerre, Joab, des gouverneurs des jeunes princes, Jahiel, fils
(1) Cf. Gen., xviii, 6; II Reg., xiii; Prov.^xxxi, où nous voyons la maîtresse de maison s'acquiller de tous ces offices. i'I) Deut., XVI, 18; XXXIII, 5.
(3) Gen., xxiii. — Ruth, iv.
(4) Cf. Abbé Vigouroux, la Bible et les Découvertes modernes, t. IV, les Juges.
d'Achamoiii , et du saint prophète Nathan. Après eux venaient Achitophel, qui trahit David, et Jonathan, oncle du roi , connu pour son habileté consommée et son amour des lettres et des sciences (1). Il faut ajouter Ghusaï l'Arachite, auquel le roi avait voué une amitié toute particulière, le grand prêtre Abiathar et Ira le Jaïrite, qui était Cohen, c'est-à-dire prince et, comme on dirait aujourd'hui, premier gentilhomme du roi. A la mort d'Achitophel, la charge de conseiller royal fut remplie par Joïada, fils de Banaïas (2).
Il y avait aussi à la cour des prêtres et des prophètes, auxquels on donnait le nom de prêtres et de prophètes du roi. Gad était le voyant de David (3), c'est-à-dire son prophète ordinaire qu'il consultait dans ses perplexités et chargeait d'implorer pour lui les lumières divines. Le sacerdoce , chez les Hébreux, n'excluait d'aucun emploi politique ni même des fonctions militaires. On voyait à l'armée des prêtres en qualité à la fois de sopherim et de soldats.
En outre, David avait organisé une corporation de juges et de scribes, chargés de transcrire ses ordres et de l'aider dans l'exercice de la justice. C'étaient en général des lévites en mesure d'ajouter un service d'ordre civil à leurs fonctions dans le tabernacle et plus tard dans le temple. Les lévites étaient en effet tout indiqués pour interpréter et appliquer une législation qui reposait absolument sur les institutions mosaïques, c'est-à-dire sur la religion.
(1) Saint Jérôme identifie ce conseiller avec le prophète Nathan : Jonathan, ipseest Nathan propheta. Patruus vero honoris et propinqmlatis causa rocaiur. [Qttœst. fleb. Il Parai., xxviii. )
(2) I Paralip., xxvii, ?2-34. — IIReg., xx,26. (3^ Il Reg., XXIV, 11.