CHAPITRE IV
cieuses de diverses couleurs étaient taillées par d'habiles joailliers pour être enchâssées dans les pièces d'orfèvrerie (1). Comme les mines d'émeraudes de l'Egypte étaient alors en pleine exploitation , il est tout naturel de supposer que David en avait tiré les pierres dont il avait besoin pour préparer la réalisation de son magnifique plan.
L'architecture et tous les arts qu'elle appelle n'empêchaient point David d'en cultiver encore d'autres. Nous avons déjà parlé de la musique. Non seulement David ajouta, par elle, à l'éclat des cérémonies religieuses, mais encore aux charmes des fêtes de son palais. Gomme témoignage, nous rappelons les paroles du vieillard Berzellaï, s'excusant de ne point consentir à habiter le palais du roi en disant : « Dans vos festins mon oreille affaiblie serait aussi insensible à l'harmonie des concerts que mon palais impuissant à distinguer le doux de l'amer. »
David accomplit toutes ces œuvres mille ans avant Jésus- Christ, cent cinquante ans seulement après la prise de Troie, deux cents ans avant Lycurgue, deux cent quarantesept ans avant la fondation de Rome, à l'époque où les quelques habitants d'Albe-la-Longue avaient peine à se défendre contre les loups des bois qui couvraient les sept collines où devait s'élever la capitale du monde ancien , au temps où le siège de nos superbes empires d'Europe n'offrait que des marécages malsains , ou des forêts hantées par des troupeaux de sangliers et de bœufs sau vages I
Le lecteur a pu, en lisant les divers articles de ce chapitre, se rendre compte de ce que pouvait être ce que nous avons appelé la cour de David, afin de désigner, sous cette
(1) I Paralip., xxvin, xxix.
dénomination plus ou moins impropre et trop moderne , les personnes dans le commerce desquelles David passait les journées et les heures de travail ou de repos, et qui formaient à des titres divers la maison du roi : parents , conseillers, intendants , militaires , chefs de corps et artistes. On peut de la sorte se représenter quelle était en temps de paix la vie de David roi, et quelle fut la puissance à laquelle Salomon donna, sinon plus d'extension, du moins plus d'éclat. Dieu avait voulu par là frapper l'imagination d'Israël, procurer au peuple choisi , à ses premiers rois, appelés à représenter le Messie et son règne, une gloire temporelle qui, bien que figurant imparfaitement d'autres gloires meilleures et plus durables , ferait que les Juifs de tous les temps graveraient dans leur cœur l'image radieuse de l'idéal messianique.
Le lecteur trouvera peut-être que nous nous sommes trop complu dans l'énumération, dans la description de tout ce qui se rapporte à la cour de David. Nous avons agi de la sorte à dessein.
Les adversaires de nos croyances sont conduits par des vues systématiques à diminuer l'importance et l'éclat du peuple de Dieu, choisi pour conserver dans le monde les traditions religieuses et l'attente d'un Messie. Nous avons voulu montrer à quel point la passion les égare. M. Renan, l'héritier des dénigrements de Voltaire, a, dans son Histoire du peuple d'Israël, fait des temps de David et des hommes de cette époque la peinture suivante :
« On peut se figurer la cour de David sur le modèle de la petite royauté d'Abd-el-Kader à Mascara, ou d'après les essais dynastiques que nous voyons de nos jours se produire en Abyssinie. La façon dont les choses se passent à la cour de tel negus à Magdala ou à Gondar est la par-