CHAPITRE I
Au milieu des abaissements, des défaillances et des défections qui marquèrent l'époque des Juges, la famille de Juda garda sa piété et sa fidélité : c'est ce que nous montre l'histoire de Ruth et de Booz. Ruth , cette fleur préservée de la Gentilité, ouvrit son âme aux lumières des révélations divines faites à Israël, dont elle accepta la loi. Booz est un des types antiques les plus admirables de simplicité, de loyauté et de soumission aux prescriptions de la loi mosaïque.
Si nobles qu'ils fussent par leur sang , les descendants de la famille de Juda, au temps de Salil , ne semblent pas avoir occupé un rang élevé par leur fortune et leurs emplois. Isaï emprunte tout son relief à David, son fils. Les plus nobles familles ont leurs éclipses. Le roi futur d'Israël grandit en gardant les brebis de son père. Ce serait toutefois ignorer l'Orient que de considérer en ce pays comme une occupation vile le soin des troupeaux. Ce puissant élément de richesse était , depuis les patriarches, en très grand honneur, et les plus nobles familles occupaient leurs enfants à conserver et à améliorer les bergeries.
David devint, dans ces saines et laborieuses fonctions, un aimable et vigoureux jeune homme, plein d'adresse et (l'audace. 11 poursuivait les ours et les lions qui venaient enlever les brebis ; il luttait contre eux et leur arrachait leur proie (1).
Vanté pour ses exploits , il s'était en outre acquis un grand renom comme poète et musicien (2). On se représente aisément ce que l'historien sacré ne dit pas.
Dans cet Orient où le sommeil du jour permet les veilles prolongées du soir, au milieu de ces belles nuits si pures et si radieuses , il charmait ses compagnons par ses chants
(1) I Reg., XVII, 34 et seq.
(2) 1 Rog., XVI, 18 et 23.
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et par des compositions rythmées, familières et chères aux Orientaux. Il savait s'accompagner sur des instruments à cordes, et, au besoin, on peut le présumer, conduire un chœur quelquefois nombreux de bergers chanteurs.
Encore aujourd'hui, dans les quartiers arabes des villes et des villages d'Algérie, des artistes plus ou moins exercés accompagnent un virtuose avec leurs fifres, leurs tambourins, leurs instruments à cordes et chantent avec lui. On ne se contentait pas de raconter les exploits des vaillants, on les chantait, et, chez ces peuples religieux, les hymnes pieux remplaçaient souvent les chants d'amour.
David avait environ seize ans, quand Samuel le vit pour la première fois. Voici à quelle occasion.
Le prophète, qui pendant sa judicature régissait les Israélites au contentement du peuple et à la satisfaction de Dieu, souffrit vivement à Toccasion de ceux qui lui succédèrent au pouvoir. Ses deux fds, constitués par lui juges en Israël, furent rejetés du peuple; Saûl, qu'il avait consacré de sa main, avait été rejeté de Dieu. Il se lamentait sur l'infidélité du premier roi d'Israël, auquel il s'était attaché, quand Jéhovah lui commanda de se rendre dans la maison d'Isaï, noble habitant de Bethléem, avec mission de donner l'onction royale à celui des enfants d'Isaï qu'il lui désignerait. Parmi les fils du Bethléémite, qui était l'élu? Le prophète ne le savait pas encore. Il fallut aller chercher David au milieu des troupeaux. Ses qualités extérieures ne pouvaient que prévenir Samuel en sa faveur. Sa chevelure couleur de feu, privilège fort apprécié en Orient, où les hommes sont communément noirs, ses yeux pleins d'ardeur, beaux à voir, dit l'Écriture, sa bonne mine, ne suffisaient pas cependant pour décider le prophète, bien que ces avantages dussent plaire au peuple, qui juge souvent les princes par leurs