IS
Dès le matin de cette entrevue, quelques affiliés, aidés de David et de son ami, commencèrent à organiser le projet d'évasion. Deux citoyens de Montréal, qui avaient pris à cœur la
cause des raiders, se joignirent à eux.
On tint d’abord conseil chez une dame Sairt- Pierre, dans la rue d’Aïguillon. Têtu réitéra son offre généreuse de se dévouer, s’il le fallait, pour ces étrangers qu’il n'avait jamais vus. Cette offre fut tout de suite acceptée.
Mais il s'agissait de décider quel chemin prendraient les confédérés pour pouvoir parvenir aux frontières, sans tomber entre les mains de l'ennemi. Quelqu’an proposa de les faire évader en suivant la rive sud du fleuve, pour gagner le chemin Elgin ou le chemin Témiscouata.
— Je ne prendrai certainement pas cette voie,
dit David, car elle nous mènerait dans la gueule du loup. Rappelez-vous ce qui est arrivé à Young et à ses deux amis ; nous devons protiter de leur malheur et ne pas commettre les mêmes fautes. Vous le savez, les limiers américains n'ont pas abandonné la partie, et la police canadienne ne cesse de surveiller toutes les routes conduisant aux frontières. Supposé même que nous trompions leur vigilane®, il faudra fuire de longues marches à travers les bois, et les incut sionistes, n'ayant jamais chaussé de raquettes, ne pourront supporter les fatigues qui les attendent. Pourquoi ne pas choisir de préférence la rive nord ? Là, peu de limiers à craindre, peu de dangers à courir. Je conduirai mes protégés à la Pointe-à-la-Cariole, où j'ai une maison de pêche éloignée de toute habitation. Personne ne pourra s'imaginer que les jeunes gens du Kentucky sont allés y chercher un asile au milieu de l'hiver. Je les y installe de mon mieux pour qu'ils y demeurent une partie de la saison, puis Je reviens ici. Nous nous procurons une goélette, et, de bonne heure au printemps, j'irai prendre mes homines pour les mener à Halifax.
Connaissant ce que Têtu pouvait faire, tous approuvèrent ce plan aussi sage qu'habilement
conçu.
ae
—- Siles raiders ne peuvent demeurer à la Pointe-à-la-Cariole, ajouta l’ami de Tétu, tu pourras les conduire chez notre vieille connaissance, M. John E. Barry, aux Escoumins, et les confier à sa garde. Je ne sais pas de quel côté sont ses sympathies dans la guerre américaine, mais je connais son bon cœur et son honorabilité. Dans tous les cas, on peut se fier à sa discrétion.
Bref, il fut décidé de s’en remettre complètement à David Téêtu. Aussi, il faut le dire, c'était bien l’homme qu'il fallait pour sauver les jeunes confédérés. N'ayant jamais eu peur pour sa vie, se jouant des dangers comme de la fatigue et des privations, ayant une connaissance parfuite de tout le littoral du Saint-Laurent, nul mieux que lui ne pouvait se charger de leur fuite ; nul n'était plus digne de servir de guide ou plutôt de capitaine à de pareils soitats.
Les fédéraux pourront maintenant lancer leurs limiers les mieux exercés, la police de Sa Majesté pourra multiplier ses recherches, toutes leurs démarches seront vaines et inutiles.
Quelques heures après cette réunion, un télégramme fut envoyé à Montréal pour donner avis aux raiders de partir sans délai, et les informer
que tous les préparatifs étaient faits à Québec pour leur évasion.
11 fut convenu en même temps que leur guide les attendrait à l'hôtel Saint-Charles, sur le chemin de Beauvort,
Nos lecteurs ont déjà fait connaissance avec le jeune raider, dont le beau caractère et l’att1tude martiale, avaient produit une si profonde sensation, lors du premier procès.
Collins était un charmant militaire, actif, grand de taille, brun de figure, aux traits réguliers encadrés d’une magnifique chevelure noire. Fils d’un ministre baptiste, il professait la religion de son père. D'une intelligence élevée, il était fort instruit et d’une conversation aussi intéressante qu’enjouée.
Scott était un soldat d’une autre nature, non moins instruit que son compagnon. C'était l'officier élégant, cuuseur, l'ornement des salons et le favori des dames. D’une stature aussi élevée que celle de Collins, mais plus svelte, avee un teint clair et des cheveux d’un blond châtain, il n'avait
UN
pas l'apparence virile de son compagnon, quoiqu'il eût donné, en maintes circonstances, des preuves de l'énergie de son caractère, de son courage et d'une capacité peu ordinaire pour supporter les fatioues de la oœuerre.
Quant à Bruce, il était d'une taille moyenne, également instruit et distingué, brisé à la vie militaire, et doué, conune ses deux compagnons, de rares agréments de société.
Le quatrième des raiders, Doty, jeune homme d'une taille au-dessous de la moyenne et grêle de forme, maïs doué d'une force physique qu'on n'aurait pas soupçonné au premier abord, était le seul dont la physionomie, l'éducation et les inanières n'offrissent rien de remarquable. Il avait toute la fougue et l’impétuosité de lu Jeunesse,
Il suffisait de considérer un instant ces quatre raiders, pour se convaincre qu’ils étaient rompus à toutes les fatigues et à tous les dangers de la guerre. Évidemment les organisateurs de l'affaire de Saint-Alban avaient fait choix, pour ce hardi coup de main, des hommes d'élite de l'armée confédérée.
Les quatre raiders partirent sans accident de
Montréal, munis d'excellents chevaux et de conducteurs prudents et expérimentés.
Ils mirent peu de temps à faire ce long et fatigant voyage, en suivant la rive sud du fleuve.
Déguisés en habitants, portant pantalons et capots d’étoffe du pays, bottes sauvages du rouge le plus pur, ils purent éviter les perquisitions dangereuses et ils arrivèrent sains et saufs à Saint-Nicolas, près de Québec, où ils se reposérent, pendant deux jours, des fatigues de ce pénible trajet. -
N'ayant aucune nouvelle de leurs amis de Québec et craignant d'en recevoir de leurs ennemis, ils étaient loin d’être sans inquiétude ; aussi pour ne pas compromettre leurs chances de salut, ils se remirent en route malgré une cffroyable tempête de neige et entreprirent de traverser le fleuve sur le magnifique pont de glace qui s'était formé cette année-là devant la ville.
Lorsque David eut appris le départ des ruiders de Montréal, il se rendit souvent à l'hôtel Saint- Charles, lieu tixé pour le rendez-vous. Mais il en revenait toujours sans avoir aucune nouvelle. Entin, un jour, il apprit que les jeunes confé-
dérés étaient passés à Saint-Nicolas et qu'ils en étaient partis à quatre heures de l'après-midi,
Le soir venu, comme il n'avait encore rien appris des fugitifs, Têtu les crut égarés sur le pont au milieu de Ja tempête et prit le parti d'aller les attendre ou les rejoindre à l’hôt l Lizotte, au bout de l'Ile d'Orléans. Il s'y rendit en effet, accompagné d’un citoyen de Montréal et d’un autre de ses anis, ceux-là mêmes qui avaient fait partie du conseil tenu dans la rue d'Aiguillon. Il n’est pas sans intérêt de dire que ce dernier porte un nom bien connu dans les lettres canadiennes.
Le lendemain, le temps était tellement mauvais qu’il était impossible de songer à traverser le fleuve de nouveau, et Têtu, ne pouvant pas rester inactif et n'étant pas sans inquiétude, fit atteler un cheval et alla prendre des informations dans les paroisses de l'île pour savoir si les ruiders ne s'y étaient pas réfugiés.
Ses recherches furent infructueuses ; mais comme le temps était devenu plus favorable, les trois amis se rendirent à Beauport, vers le soir, et allérent passer la nuit à l'hôtel situé près du Sault Montmorency.
Là, de nouvelles contrariétés les attendaient : on voulut à peine les recevoir, et on les regarda rvec défiance, comme sils eussent été des gens suspects. L'hôtelier finit par les loger dans une chambrette où ils faillirent périr de froid.
Peut-être les soupconnait-on d’êtredes ruiders } Ils en étaient bien dignes, les braves qu'ils étaient :
Après avoir passé une partie de la nuït à geler bien plus qu'à dormir, le plus jeune se décida à aller demander un peu de bois pour réchauffer Ja chambre. Il monte un escalier et va frapper, à tout hasard, à plusieurs portes, mais partout on le rebute et il se voit forcé de rejoindre ses compagnons et de passer le reste de la nuit à
grelotter avec eux.
Le lendemain matin, une vingtaine de personnes du voisinage étaient rassemblées à l'hôtel, attirées sans doute par la curiosité. Car le bruit de l'arrivée de ces trois étrangers s'était déjà répandu dans les environs. 1{l était évident que déjà les soupçons commencçaient à s'éveiller et que le succès de l’entreprise pouvait étre facilement compromis. Àl était donc important de faire bonne contenance. David et ses compagnons se hâtèrent de se débarrasser de ces visiteurs
importuns en dissipant les doutes qui avaient pu naître dans leurs esprits. Tout le monde parut satisfait, surtout en présence de la bonne et loyale figure de Têtu qui faisait passer ce que pouvaient avoir de compromettant celles de ses deux compagnons.
Après avoir pris un déjeuner plus que frugal, nos trois voyageurs se séparèrent de ces bonnes gens qui savaient si peu exercer l'hospitalité et continuèrent leur route jusqu'à une petite distunce en bas de l'église du Château-Richer.
Là, leur attention fut attirée par la présence de quelques soldats réunis dans une taverne, où David et ses amis entrerent par hasard. Etuit-ce un poste de sentinelles placé là, par les autorités, pour surveiller les passants ? S'il en était ainsi, les raiders couraient grand risque d’être arrêtés. Heureusement que ces appréhensions furent de courte durée, car David apprit bientôt que c'était un piquet de soldats destiné à surveiller les déserteurs de l’armée régulière.
A force de questionner les habitants de l’endroit, Têtu parvint à apprendre que, la veille au soir, deux voitures, une cariole et un traineau, dans lesquels semblaient être des étrangers,
avaient été vues au bas de la paroisse de | Ange- Gardien, et descendaïent vers la bonne Sainte- Anne.
Il se douta bien que ce devait être ses raiders, et il se hâta d'aller à leur rencontre, avec l'espoir de les rejoindre avant la tin de la journée. À peine avait-il fait quelques milles, qu’il aperçut deux voitures arrêtées en face de la maison d'un nommé Bacon, située à peu de distance de l’église de Sainte-Anne.
Ne doutant plus de la présence de ceux qu'il cherchait, il ne tit qu'un saut de sa voiture à ln maison. En ouvrant la porte, il aperçut quatre voyageurs portant le costume d'habitunt, mais aussi des figures dont la haute distinction trahissait une autre classe.
Attablés devant un copieux dîner, il étaient en frais dy faire honneur, avec l'appétit que développent les fatigues du voyage, l'air vif et le froid glacial de notre mois de janvier.
Quel avait été leur itinéraire et les causes de leur retard depuis leur départ de Saint-Nicolas ? Arrêtés par la tempête, pouvant à peine se frayer un passage à travers les chemins impraticables, où souvent les chevaux se perdaient dans la neige, ils n’arrivèrent sur le pont de glace qu'en pleine nuit ; et de-crainte d’être découverts s'ils entraient dans la ville, ils s’aventurèrent sur le chemin tracé sur la glace, qui conduisait
à Beauport.
Pour comble de malheur, la neige qui n'avait cessé de tomber, poussée par des tourbillons de vent, avait fait disparaître toute trace de route, et nos voyageurs finirent par s'égarer sur le pont. On conçoit facilement quelle dut être leur anxiété, Perdus, aussi bien que leur guide, dans cette immense plaine, où l’on ne
SE te PT 40
ce Lénbs rt al Larie2asae Var
pouvait voir à quinze pas devant soi, ils la paicouraient en tous sens sans parvenir à se reconnaître. Leurs chevaux, harassés par une longue et pénible marche, étaient à bout de forces,
Eux-mêmes épuisés par le froid et la faim, sentaient leurs membres s’engourdir. Qu'allaientils devenir ? Que fallait-il faire ? Ils se regar-daient et s’interrogeaient sans pouvoir répondre, Enfin, un des guides crut apercevoir quelques ondulations de terrain. Îls y poussèrent leurs chevaux et reconnurent bientôt les rivages de Beauport d'où, après avoir versé bien des fois de voiture, ils parvinrent à regagner le grand chemin.
Les longs retards causés par ce contretemp:s et cette suite de mésuventures, leur firent croire que David et ses compagnons s'étaient lassés d'attendre à l'hôtel St-Charles et les avaient précédés sur la côte de Beaupré, ce qui les engagea à poursuivre immédiatement leur route. Il y avait à peine une heure qu'ils étaient entrés chez l'hôtelier Bacon, lorsqu'ils virent arriver David Tétu.
Celui-ci, s'adressant à l’un d'eux en anglais :
— Connaissez-vous, dit-il, un citoyen de Québec nommé David Têtu !
pai- 2COI)lon- )r' Ces.
faim, ientegar'ndre, [ques leurs es de s fois rand
mn IS roire Assés
préagca
Il y atrés river
is :
Qué-
À ces mots, tous quatre de se lever de table et de venir donner à leur futur libérateur une chaleureuse poignée de main, On eût dit üe vicilles connaissances qui se revoyaient après une longue absence,
L'amitié fut bientôt faite et les plans organisés pour un prompt départ.
— Hâtez-vous, fit David, de réparer vos forces par un bon repas, car il nous faut partir avec toute la célérité possible. Hier, ma présence et celle de mes deux compagnons ont éveillé à Beauj'ort des soupçons qui pourraient bien avoir de mauvaises suites. Peut-être même déjà l'éveil est-il donné à Québec et des policemen sont-ils nos trousses.
— Pensez-vous vraiment, repartit Collins ?
-— En tous cas, répondit Têtu, le plus sûr, cest de les devancer aussi vite que nous pourrons. Comme j'étais tenu de vous retrouver dans le cours de la journée, j'ai fait préparer de lonnes voitures, munies de peaux de buffle bien chaudes, et conduites par d'excellents che- Vaux.
--Vous êtes un brave, firent ensemble Bruce
et Scott, nous reconnaiïssons là le portrait qu’on nous à fait de vous.
—M. Tétu, dit Collins, en mettant fin à la conversation, soyez assuré de toute notre reconnaissance pour ce que vous avez déjà fait pour nous et pour ce que vous vous proposez encore de faire.
— Res nec verba, répliqua David. A plus tard les remercîments ; pour le moment, nous avons besoin d'actions plutôt que de paroles.
On tint conseil, et il fut décide que David accompagnerait seul les raiders, afin d’éveiller moins de soupçons par un plus petit nombre de
voyageurs.
Les deux amis de Montréal firent leurs adieux en les accompagnant des meilleurs souhaits pour le succès du voyage, et reprirent tranquillement la route de Québec.
qu'on
con- >COnpour 1core
tard vons
a vid ailler re de
eux pour ment
Grâce à l’activité de David Tôtu qui, en arri-
Vant, avait pris le commandement de l'expédi-.
tion, et que l’on connaît assez pour savoir qu'il était digne d’être le guide de ces vaillants soldats, les voitures qui devaient les emporter étaient devant la porte avant que les voyageurs eussent terminé leurs préparatifs de départ.
— Fouette, Baptiste, cria David au conducteur de la première voiture, après que les raiders eurent été installés dans les carioles et bien emmitouflés dans les peaux de buffle.
— Lieutenant, fit Têtu, en s'adressant à Collins pendant que les voitures, entrainées au grand trot des chevaux, glissaient avec un grincement sur la neige du chemin, vous voyez cette vieille église derrière nous ? C’est un lieu de pèlerinage Célèbre dans notre pays. Ce matin, en venant à
votre recherche, je suis entré un instant dans ce sanctuaire et j'ai recommandé notre expédition à la patronne du lieu. Car, voyez-vous, moi, je suis catholique comme un Canadien. Vous allez peut-être me prendre pour un homme superstitieux. Que voulez-vous, c'est ma conviction.
Dans tous les cäs, cette prière ne saurait nous nuire.
— Vous avez raison, reprit Collins ; j'appartiens à une autre religion que la vôtre, mais je respecte votre croyance.
En peu de temps, les voyageurs eurent atteint la paroisse de Saint-Joachim.
Les raiders, que l’entrain du voyage et les Joyeux incidents des heures précédentes avaient mis en belle humeur, se renvoyaient d'une voiture à l’autre des bribes de conversations.
Scott et Collins, qui étaient naturellement sensibles aux beautés de la nature, et qui avaient des goûts d'artistes, s’extasiaient devant Jes aspects grandioses des parages de la côte de Beaupré. Çà et là, il leur semblait trouver quelques points de vue qui, en leur rappelant les bords accidentés de la rivière Tenessee et de celle de Cumberland, dans le Kentucky, évoquaient
ns ce Atic n oi, je allez rstition.
nous
)paris je
teint
t les aient | Vol-
ment aient t les e de quelit les celle aient
dans leurs imaginations le souvenir de leur chère patrie.
Ils furent soudain arrachés de ces réflexions par le bruit des grelots d'une voiture qui venait rapidement derrière eux et qui semblait vouloir les atteindre. Les individus qui la montaient leur parurent avoir une mine suspecte. Le charretier, Comme on dit communément au pays, ne cessait de presser son cheval et, en peu de temps, il eut considérablement diminué la distance qui le séparait des jeunes gens.
Les deux honunes, assis à l'arrière de la ca riole, , 11 ; ; nu PR éveillèrent d'autant plus leurs soupcons, qu'ils avaient en mains des fusils et des haches qu'ils ne se donnaient pas la peine de dissimuler. Que pouvaient-ils être, sinon des émissaires du gouvernement qui s'acharnaient à laur poursuite ?
— Où sont nos pistolets, s’écria Collins en écartant brusquement la peau de euriole et en se penchant vers le fond de la voiture. Si ces messieurs viennent pour nous arrêter, ils ont oublié que nous sommes quatre, que nous avons des armes et que nous sommes bien résolus à nous en servir. Nous n'avons nullement envie de nous rendre, sans coup férir, comme Young et ses Compagnons !
En LES. QUE
Les pistolets, au nombre de six, étaient de fines armes plaquées d'argent, et de formidables engins ‘de défense.
— Gardez-vous, reprit Tétu en ramenant tranquillement les peaux sur ses genoux, gardez-vous bien de vous servir de ces armes et d’en venir de suite à des voies de fait. [1 faut d’abord voir quels sont ceux qui nous poursuivent, si ce sont bien véritablement des ennemis qui en veulent à notre liberté : et même s’il en était ainsi, je me fais fort de leur faire entenitre raison.
Les prétendus ennemis furent bientôt assez proches pour que Têtu pût reconnaître un brave et inoffensif marchand de Québec, M. Jacques Belleau, qui, en compagnie d’un ami, se rendait par affaires au lac Saint-Jean, avec quelques intentions de chasse, et qui avait toute autre chose en vue que de s'emparer des raiders.
Dès que la connaissance eut été faite, cette fausse alerte amusa beaucoup M. Belleau aussi bien que les jeunes confédérés.
Le brave marchand, enchanté d’avoir eu l’occasion d’être présenté aux Sudistes, leur souhaita un heureux voyage ; et, comme son cheval était d’une grande rapidité, il prit les devants, tout
ient de idables
1t tran- ‘Z-VOUS 1 venir rd voir ce sont ’eulent , Je me
; ASSEZ brave acques endait elques autre
l’occa- 1haita ] était , tout
ee cd
en leur promettant de ne pas souffler mot de la crainte qu'il leur avait inspirée bien involontairement et des balles dont il avait été menace.
Avant la fin du jour, les deux voitures étaient engagées dans les Caps, montant, descendant d'éternelles côtes, suivant un chemin à peine tracé dans la forêt, où l’on ne rencontrait ps une seule habitation.
Toutefois, les difficultés et la monotonie d’une pareille route étaient compensées par les garanties de sécurité qu'elle leur offrait, Comment, en effet, aurait-on pu imaginer qu'à ure pareille saison nos ratders eussent choisi cette ligne de retraite ?
Plus ils avançaient, plus ils comprenaient que le plan de leur guide avait été admirablement conçu. Qu'on ajoute à cela la gaieté de caractère de David Têtu, les ressources intarissables de son esprit, les mille et une anecdotes dont il égayait le voyage, et on comprendra quel soulagement devaient éprouver nos fugitifs. Les anxiétés dont ils avaient été obsédés, s'évanouissaient à mesure qu'on s'enfonçait dans les déserts de ces montagnes.
La première nuit se passa chez un nommé
Bédard, dont la maison est le repos des voyageurs, au milieu des Caps.
Le lendemain, qui était un samedi, les voitures arrivaient sans accident à la Baie Saint-Paul, où on passa la nuit,
Le dimanche, de grand matin, les fugitifs se remirent én route pour ne pas rencontrer les paroissiens se rendant à la messe. Entre la Baie Saint-Paul et les lboulements, ils firent une Station chez un habitant pour éviter d'être aperçus par les voitures qui revenaient de l'église.
Dans l’après-midi, après avoir traversé le ruisseau Jureux, qui descend entre les montagnes de la Baie Saint-Paul et les Éboulements, ils abandonnèrent le chemin royal et prirent une route des concessions, dans la crainte de faire de fâcheuses rencontres, auxquelles les loisirs du dimanche et les allées et venues du jour les exposaient davantage.
En passant à travers le village des Éboulements, les voyageurs coururent un danger qui aurait pu leur être fatal, mais dont heureusement ils n'eurent aucun soupçon. Le seigneur du lieu, l'honorable Marc-Pascal de Sales Laterrière,
VOva-
itures ul, où
1fs se :r les , Baie , une d'être it de
ruls- Les de 1banroute e de ss du r les
ouler qui 2useir du ière,
vieillard d'une haute intelligence, au fait de tous les incidents politiques, esprit tin et perspicace auquel rien n'échappait, n'eut pas plutôt appris le passage des deux carioles, qu'il devina qu'eiles devaient porter quelques-uns des raiders. Mais, vagné d'avance à la cause des confédérés, il se donna bien garde de laisser percer ses soupçons qui, dans sa pensée, étaient presque des certitudes,
Aux limites de la paroisse des Eboulements, Têtu tit descendre les voitures à travers Îles champs et prit le chemin du rivage.
À Saint-Irénée, 1l fallut songer à se procurer d'autres chevaux : car ceux dont on s'était servi depuis Sainte-Anne de Beaupré, fatigués des côtes continuelles qu'ils venaient de traverser, commencaient à ralentir leur marche.
Les deux charretiers furent donc renvoyés.
En peu de temps, David eut mis la main sur le sieur Jean Savard, habitant de l'endroit, qui lui loua chevaux et voitures pour fuire la route jusqu’à l'entrée du Saguenay.
fc ÉGh Te ne de, #
Le soir du méme jour, nos amis avaient fait la descente des énormes montagnes de’la Malbaie et se reposaient.à la Pointe-à-Pic, chez Venant lremblay, où ils passérent la nuit,
Malgré la rigueur de la saison, ils n'avaient pas eu trop à se plai dre de la température : car elle se montrait relativement clémente, surtout quand ils la comparaient à la tempête qui les avait assaillis aux environs de Québec.
Ils continuèrent à suivre le littoral et atteignirent la Baie-des-Rochers, située à douze milles de Pentrée du Saguenay. L'aspect de ces âpres montagnes, où l’on apercevait à peine quelques signes de civilisation, leur disait assez qu'ils étaient à l'abri de toute persécution; ils n'y trouvèrent pas même de maison pour y loger. |
fait ] Ja e nant
ent : Car tout
les
ttei- Duze > ces eine SS8Z : ils
ir ÿ
David avisa un campement d'où s'élevait une légère fumée, à l'entrée du bois. Comme de raison, il était en connaissance avec quelquesuns des hommes du chantier, et lui et ses compagnons furent accueillis avec la plus cordiale hospitalité.
Dv reste, Têtu paraissait être partout sur ses propriétés; il ne rencontrait que des amis ou des gens.à qui il avait rendu service.
Les jeunes confédérés purent faire une excellente étude de mœurs, en passant la veillée avec les hommes du chantier. Le soir, en l’honneur des étrangers, il y eut danses, chansons, histoires de revenants ou de voyages. Tout en se tenant à l'écart, les ruiders purent, grâce à David, qui leur donnait les traductions nécessaires, s'amuser beaucoup de ces scènes et de ce langage si nouveau pour eux.
Le mardi, après une longue et pénible marche, les fugitifs étaient parvenus à l’Anse Sainte- Catherine, en face de l'embouchure du Saguenay. Là il fallait abandonner chevaux et voitures qui furent congédiés.
Devant eux se dressaient les caps sauvages et escarpés de l’immense rivière dont les eaux
noires et profondes charriaient d'énormes glacons. Comment se risquer à traverser cette vaste embouchure, dangereuse même en été, et qui n’a pas moins d'un mille de largeur. [n'y avait cependant pas à hésiter. Le seul lieu de refuge regardé comme sûr, par leur guide, était situé au delà du Saguenay. Il eut bien vite trouvé deux canots, et, après avoir fait quelques recommandations à ses anis sur la manicre de s’y tenir et de manier les avirons, il se lança bravement à travers les glaces. Quoique le passage y fût plus dangereux, il fut jugé prudent de passer au lurge de la Batture-aux-Vaches et de ne pas toucher à Tadoussac, de crainte de faire la rencontre d’un certain magistrat qui aurait pu être au guet et flairer la présence de nos incursionistes.
Ces hommes du Sud eurent, pour la première fois, l’occasion d'apprécier le genre de plaisir que peut faire éprouver une course en canot sauvage. Ceux qu'ils montaient étaient des canots montagnais, c'est-à-dire les plus versants de tous. La plus légère gaucherie, le moindre faux mouvement suffit pour les faire chavirer. D'un moment à l’autre, un imprudent pouvait amener cet accident, et l’abîme glacé était là
glacette té, et I n'y eu de
était \ vite quelanicre lança e Paisent de et de ure la ait pu incur-
emière plaisir
canot nt des rsants oindre avirer.
ouvait
tait là
pour les recevoir, Or un bain à cette époque de l’année a des charmes fort douteux. Si encore le voyage se fût fait à l'eau claire comme en été! Mais, à chaque instant, des champs de glace barraient le passage, et il fallait faire de longs détours pour trouver une issue. Le vent et la poudrerie po vaient prendre et leur dérober la vue du rivage. Leur position alors aurait été bien autrement sritique que sur le pont de glace de Québec.
David prouva à ses amis que son habileté à faire passer un canot à travers les glaces ne le cédait en rien à celle qu'il avait déployée à conduire une cariole à travers champs et montagnes.
Enfin, après des dangers, des inquiétudes et des fatigues de toutes sortes, ils abordèrent à la terre ferme. Elle leur parut hospitalière, en dépit de ses neiges et de ses frimas.
Vers le milieu du jour, ils étaient rendus à la Pointe-à-la-Cariole, qu’ils croyaient devoir être leur dernière étape pour l'hiver. Il était temps ; car, malgré leur énergie, leur courage et leur habitude de fatigue, les ruiders étaient à bout de forces.
Accoutumés, dès leur enfance, à un climat