‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 10 sur 42 · ÔO DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE · texte numérisé non relu

ÔO DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE

naissant un chef, les ennemis se ruent sur lui, ils vont le saisir, mais le sergent Ménétrier voit le danger que court son général , avec quelques grenadiers il se précipite sur le groupe qui entoure Davout et le dégage. Les Autrichiens repoussés, on se hâte de mettre le feu au moulin car Talerte est donnée et le canon de la citadelle fait pleuvoir dans la direction d'Eich une grêle de projectiles. Mais le but de Texpédition est rempli, les grenadiers s'élancent vers la chaussée de Liège, en abattent la barrière et regagnent le camp n'ayant perdu que 2 hommes.

Cette audacieuse entreprise contribua à hâter la reddition de la place; mais quand Luxembourg ouvrit ses portes, Davout n'était plus sous ses murs. Il avait suivi le mouvement des divisions de Tarmée de la Moselle qui, avec Je général Ambert, s'étaient portées vers Mayence; deux divisions de l'armée de Sambre-et-Meuse, sous le général Hatry, les l'emplaçaient devant Luxembourg. Dorénavant Davout faisait partie de l'armée de Rhin-etrMoselle qui, successivement aux ordres de Michaud et de Kléber, en attendant l'arrivée de Pichegru, formait le blocus de Mayence et manœuvrait dans les provinces rhértanes.

De Spire, Davout adresse à son ami, le représentant Bourbotte, une longue et curieuse lettre; elle emprunte un intérêt d'autant plus grand aux sages conseils qu'elle.renferme que Bourbotte, compromis à ce moment dans l'insurrection de prairial, portait alors sa tête sur l'échafaud (29 prairial). La voici :

Armée de Rhin et Hodelle.

Au quartier général, à Spire, le 4 prairial. Tan III de la République.

On vient de me faire le rapport, mon cher ami, que Maupertuis avait vendu le cheval de la République qu'il montait; je t'en préviens afin que tu puisses lui donner une forte leçon quand tu le verras. Cesl être vicieux de bien bonne .heure. Il parait que ce jeune homme était très dérangé; beaucoup de personnes sont venues me faire des réclamations ; jl est d'autant plus coupable que, de la part de ses parents, je lui ai remis depuis 4 ou 5 mois prés de 14 à 1500 francs, somme plus que suffisante pour ses besoins, puisque^ vivant chez moi, sa nourriture ne lui coûtait rien. Il faut que ses parents le surveillent de près et répriment ses penchants au vice pendant qu'il est encore jeune. Il a joué de très mauvais tours à UQkde mes domestiqués, annonçant beaucoup d'indélicatesse.

Dans deux jours je serai rendu à ma destination, devant Mayence. Je ne puis t'exprimer, mon ami, combien j'ai eu l'âme serrée et navrée toute cette journée, depuis mon entrée dans le Palatinat jusqu'à Spire, ce qui fait 4 à 5 lieues de pays. J'ai vu les plus belles plaines du monde incultes, délaissées, au point qu'il n'y a pas, je crois, un pouce de terre de remué. J'ai pris, en passant dans les villages, des informations ; plusieurs de ces malheureux m'ont dit que c'étaient les commissairesgrippes qui en étaient les auteurs ; que ces gens leur avaient tout enlevé, chevaux, vaches, bœufs, etc, jusqu'aux vitres, jusqu'à des tuyaux de poêle; aussi les maisons ont l'air d'être inhabitées.

Enfin, mon cher ami, toutes les atrocités possibles ont été commises par ces abominables scélérats ; ils ont mis, dans plusieurs villages, des femmes en réquisition pour satisfaire leurs infâmes désirs ; ma plume se refuse à retracer ce dont

mon cœur est déjà si indigné. Il n'y a rien que ces scélérats n'aient fait pour rendre en horreur le nom français dans tous ces pays conquis par la valeur de nos armées. La nation, tôt ou tard, fera justice de tous ces brigands qui, plutôt que d'évacuer les comestibles, se sont amusés à ruiner tous les malheureux habitants et ont jeté à Teau le blé ; ce dernier fait est certain. Tu vois qu'il y avait des monstres qui travaillaient à l'extérieur à faire détester le nom français, comme il n'en existe que trop* aussi, dans ma malheureuse patrie, qui voudraient y faire détester le républicanisme en commettant, sous cette ombre sacrée, des forfaits que la postérité ne voudra pas croire.

Enfin, ce malheureux temps est passé, et certes, pour toujours; la paix est faite avec plusieurs princes de l'empire et sur le point de se conclure avec beaucoup d'autres; le passage du Rhin, que très certainement nous ne tarderons pas à tenter, et qui, suivant toutes les apparences, réussira, achèvera le reste, et nous donnera une paix générale. Fasse le ciel que cette paix existe aussi dans ma patrie ; qu'il serait douloureux pour ceux d'entre nous qui auront échappé à tous les périls de la guerre, de ne point trouver dans leur pays un bonheur qu'ils ont si bien mérité et gagné !

Serons nous encore exposés à la tyrannie de quelque comité révolutionnaire, de quelque club, et par quelle fatalité faut-il que nous ne sachions à quoi nous en tenir, qu'au lieu d'avoir de l'espoir, nous n'éprouvions que des craintes. Pourquoi tous les Français ne sont-ils pas témoins de la fraternité, de toutes les vertus républicaines qui régnent dans nos camps ; à la vérité, il ne se trouve pas de brigands parmi nous, mais le nombre de ces derniers est-il donc si grand dans ma patrie? Je ne le pense pas.

Que la Convention fasse poursuivre les dilapidateurs de la fortune publique et les assassins ; il ne restera plus, dans la société, que des braves gens, qui auront quelquefois des dissidences d'opinion, mais qui sympathiseront de cœur, et qiii abjureront bientôt tout esprit de vengeance. Mais, pour cela

(aire, il faut de Tunion dans la Conrention, il faut que tous le$ députés oublient Topinion qu'ils ont professée à telle ou telle époque, et se rappellent seulement qu'ils sont Français; malheur à ceux qui ne sont pas glorieux de ce titre ! Il n*y a pas un soldat dans Tarmée qui ne se sente Tâme élevée en pensant qu'il est Français, et qu*il a contribué pour sa part à la gloire dont ce nom est couvert chez les autres nations de l'Europe.

Les nouvelles des 27 et 28, que j'ai lues à Strasbourg, m'ont vivement affecté ; on a jeté encore dans l'Assemblée, comme pomme de discorde, la constitution de 1793. Eh bien! discutez froidement les articles que l'on trouve mauvais, et si, après un mûr examen, vous le trouvez aussi, le bonheur de la France vous fait un devoir de rectifier ce qui pourrait faire, pendant des siècles, le malheur de' plusieurs millions de nos concitoyens.

11 me semble moi, que, si j'étais dans l'Assemblée, j'émettrais franchement mon opinion, que je la soutiendrais sans invectiver personne, jusqu'à ce qu'on m'ait prouvé que j'ai tort; en tenant cette conduite, on ne se fait pas d'ennemis, et on acquiert l'estime de ses compatriotes. Oui, si j'étais dans la Convention actuellement, je m'élèverais avec force contre les massacres derniers de Lyon, parce que, peu m'importe que les victimes soient réputées terroristes ou royalistes (je les hais autant les uns que les autres), il n'en est pas moins constant que ce sont des assassinats, puisque ce n'est pas ei^ vertu d'un jugement qu'ils sont mis à mort, et si la Convention ne se prononce pas hautement contre ces atrocités, \n France n'offrira plus que des égorgés et des égorgeurs.

Voilà de tristes vérités qui affligent le cœur de ton bravr ami qui cherche la vérité et qui veut le bien. Il pourra avoir quelquefois des opinions erronées, mais son cœur sera toujours pur, tout dévoué à sa patrie et à ses amis. Tu sais qu(i tu es un des premiers que je voudrais voir réuni avec moi ; que d'inquiétudes j'aurais de moins, je ne craindrais pour ie^

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jours qu^un jour d*action, Eh bien, je t^avouerai que, dans U poste délicat que tu oceupes, je crains sans cesse; je t'en conjure, par notre amitié, éloigne-toi de toutes les factions, ne crains point de revenir sur des opinions erronées que tu pourrais avoir émises; veux-tu que je te donne un exemple? C'est Tallien que je te citerai; certes, il a émis bien des opinions, qu'il se reproche aujourd'hui peut-être, mais il a eu le bon esprit, du moins, de ne pas s'entêter à soutenir ses œuvres passées et des systèmes mauvais.

J'ai vu avec peine que tu te sois mis en. butte à la haine de beaucoup de monde, par la demande d'appel nominal; dis-moi si dans un moment, où les esprits sont exaspérés par les circonstances, ou par toute autre raison, on avait adopté la proposition qui avait été faite de mettre en arrestation tous les députés qui avaient signé cet appel nominal? Eh bien, mon . ami Bourbotte aurait été, sans aucun profit pour la République, persécuté, enfermé dans un|château de Ham; des journalistes auraient imprimé que tu étais un scélérat. Tous ceux qui au-< raient lu le journal, et qui, comme moi, n'auraient pas été ton camarade d'enfance, ton ami ; qui ne connaissent pas comme moi ou ceux qui ont vécu avec toi, ta belle àme, ton cœur généreux et obligeant, ta bravoure; qui ignorent que tu t'es battu dans la Vendée comme un brave soldat, que tu as eu des chevaux tués sous toi ; tous ceux-là, dis-je^ le croiraient : tes ennemis profiteraient de la circonstance, et, s'ils ne parvenaient pas à te perdre, au moins il resterait toujours une cicatrice des calomnies qu'ils auraient débitées à leur aise sur toi.

Songe que l'âme de ton ami sera profondément affligée de tous les malheurs que tu pourrais éprouver; songes~y, afin que cette idée te porte à l'éloigner de cette mer orageuse où tu es jeté; ancre-toi toujours au port qui est la majorité de la Convention, qui, je crois tout entière, veut ce que nous voulons tous : la république, et ce que nous aurons malgré les intrigues de quelques malveillants qui, il est vrai, dans plu-

sieurs campagnes surtotit, cherchent à royaliser el à fanatiser les esprits faibles; mais que peuvent-ils faire contre la presque universalité des Français, contre les armées entières et la Convention, surtout si elle établit le calme dans l'intérieur; nos ennemis ne tablent que sur nos troubles.

Je t'en écris bien long, mon cher Bourbotte, malgré cela, je ne puis te rendre toutes mes idées, te donner tous les conseils que me dicterait la vive amitié que je te porte ; il faudrait que j'écrivisse des in-folios. Donne-moi donc de tes nouvelles, il y a des siècles que je n'en ai reçu; écris-moi toujours à l'adresse que je t'ai donnée dans la lettre que je t'ai écrite, il y a quelques jours, à mon départ de Strasbourg.

Adieu, mon ami, jouis d'une bonne santé, souviens-toi que ton ami te conjure, dans toutes les occasions et mouvements extraordinaires que la disette momentanée pourra occasion* aer, de t'ancrer au port qui est la majorité de la Convention souviens-toi, si tu te précipitais dans un parti, qu'en révolution, malgré un cœur honnête et probe. Ton devient facilement criminel. Sans doute, si Ton te connaissait comme moi, l'on t'excuserait en rejetant le tort sur une tête trop chaude et trop facile à exaspérer et à tromper; mais ceux qui ne te con^ naîtraient pas, ah I mon ami, ils voudraient ta perte.

Fais connaissance de Dubois de Crancé, je le connais assez pour répondre de son républicanisme, et, dans les occasions délicates, il pourra te donner de sages avis. Je t'ai souvent reproché d'être trop facile et trop complaisant; si tu n'y prends pas garde, tôt ou tard, cela pourrait t'occasionner des chagrins, et, par contre coup, tu en donnerais à ton ami qui, certes, t'a donné encore aujourd'hui une nouvelle preuve d'amitié, autant par la longueur que par le contenu de cette lettre. Adieu encore une fois.

C'est en Vendée que Davout avait fait la connaissance de Marceau ; entre deux natures si bien faites pour se comprendre Tintimité ne fut pas longue à s'établir. Ils se retroù*

Tèrent sur les bords du Rhin et c'est alors que fut ébduehé entre eux un projet de mariage qui devait unir à Marceau Julie, la sœur de Davout. On croyait à la prochaine concliF^ sion de la paix et Davout comptait alors entraîner son arai à Ravières; c'est ce que nous apprend la lettre que le 2 juillet, de Spire, il écrivait à Marceau : «Je vais te donner de mes nouvelles, mon cher ami, dans l'espoir d'en recevoir des tiennes. Il parait que notre partie de vendanges est ajournée à l'hiver prochain, car la paix ne se fait guère Nous sommes attendus avec impatience à la maison, et nous donnerions un vif chagrin à ceux qui la composent, si nous frustrions leur espoir. On me promet divertissements ^e toute espèce pour nous délasser, Malgré, que le temps des vendanges approche, je ne renonce cependant pas a l'espoir d'y être pour cette époque, si la paix ou un armistice se faisait dans quelque temps. A cette époque je t'écrirai pour prendre heure, jour et endroit pour notre départ. On a fait provision d'avoine, de fourrages, parce qu'on a prévu que nous viendrions avbc des chevaux. Nous ne savons rien ici de ce qui se passe dans le Haut- Rhin; j'ignore si on a vraiment l'envie de passer ce fleuve. De tes côtés, je pense qu'on le passera auparavant nous. Il y a neuf à dix jours que le bruit courait que le général

Kléber l'avait passé du côté de Dusseldorf Pour toi, moi

cher général, reçois les assurances de l'inviolable attachement du plus dévoué et plus sincère de tes amis. Je t'embrasse de toute mon âme. »

' Depuis longtemps déjà, ainsi que la découverte de sa correspondance devait bientôt l'apprendre, Pichegru était en relations suivies avec le prince de Condé, les agents

royalîâtes elles Autrichiens. Ses coupables menées allaient sur oette frontière, paralyser les courageux efforts de l'armée de Sambre-et-Meuse et rendre inutiles les brillants succès qu'elle remportait sous le commandement de jourdan.

' Il fallait cependant sortir d'une inaction qui, à force dei se prolonger, aurait pu ouvrir lès yeux au Comité de Salut Public» et le 20 septembre, Pichegru se présenta devant Manheim. Les intelligences qu'il avait dans Tarmée ennemie décidèrent le comte d'Obemdorf, qui occupait cette place avec des forces plus que suffisantes pour sa défense à la rendre sans combat sur la simple sommation du général français. Si alors Pichegru s'était franchement porté à la rencontre de Tarmée de Jourdan, on aurait pu espérer les succès les plus décisifs de cette campagne. 11 s'en garda bien, et ses lenteurs voulues forcèrent l'armée de Sambreet-Meuse à se replier sur Diïsseldorf. Cette retraite permit au général Clerfayt d'attaquer et de forcer les lignes françaises devant Mayence, événement qui rappela sur ce point la majeure partie des forces de Pichegru.

Marchant alors en force contre le faible corps français de 9,000 hommes qui se trouvait aux environs de Manheim, Wurmser le rejeta dans celte place qu'il investit aussitôt. Le général Montâigu y commandait les troupes françaises, Davout étadt sous ses ordres. Enfermés dans une ville mal fiMrttfiée, plus mal approvisionnée encore, les Français se défendirent avec la dernière énergie. Wurmser, qui avait espéré qu'il lui suffirait de se montrer pour faire capituler Manheim, dut pour la réduire, recourir à un siège en règle 'et à*un bombardement. Après un mois de siège, dont dix-

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sept jours de tranchée ouverte, Moataîgu, n'espéraut plus Hie secouru et ayaut épuisé toutes ses munitions^, du4 sa rendre prisonnier avec sa garnison réduite de moitié.

Davout était prisonnier de guerre, mais une heureuse chance allait lui permettre de rentrer en France. Jadis, pendant un séjour à Versailles, Wurmser s'était lié avec un oncle de Davout; aussi s'empressa- 1- il, dès qu il sul que le jeune général faisait partie de la garnison prison-* nière, de lé faire venir auprès de lui et de lui annoncer qu'il était libre de se retirer en France, prisonnier sur parole.

Voilà donc Davout une fois encore rendu aux loisirs de Ravières, jusqu'au jour où un cartel d'échange lui rouvrira la carrière. Grâce à Taimable obligeance de Madame de Louvois, qui mit à sa disposition sa belle bibliothèque d'Ancy-le-Franc, la lecture et Tétude occupèrent utilement pour lui ce temps de repos forcé. Neuf mois environ s'étaient ainsi écoulés, quand Davout reçut avis de son échange.

Il était affecté à l'armée de Rhin et Moselle qui, maintenant sous le commandement de Moreau, défendait Kehl contre l'armée autrichienne.

Occuper le plus longtemps possible devant cette place les forces considérables de l'archiduc Charles et empêcher ainsi l'Autriche d'envoyer des renforts au secours de son armée d'Italie, tel était le but principal que se proposait Moreau. Il avait confié la défense du fort de Kehl et de ses ouvrages aux divisions Ambert, Duhesme et Sainte-Suzanne. La première était composée des 3% 10* et 31 • demi* brigades de ligne, aux ordres de Davout; des 44* et 60* aux ordres du général Decaen : la seconde, des 68* et 76% gé-

néral Eckmayer, des 84* et 93% général Lecourbe : la troisièmedes 97* et 100% général Montrichard, des 103% 106* et 109% général TarreaQ. En tout 40 bataillons, plus une réserve de O.bataillons canopée dansTile des Fascines, vers la rive gauche du Rhin. Moreau avait donné au général Desaix le commandement supérieur de ces forces; l'artillerie était conunandée par le général Eblé, le génie par le général Chambarlhac.

Pendant près de deux mois, malgré le feu effroyable et continu des Autrichiens, les assiégés se défendirent, dis^ putant pied à pied les ouvrages et les approches de la place. Enfin le 9 janvier 1797, voyant que le fort de Kehl n'était plus en état de résister à une attaque de vive force, mais que par cette opiniâtre défense il avait rempli son but, Moreau se décida à l'évacuer. Desaix fut chargé d'aller proposer la capitulation à TArchiduc. Il fut convenu que les Autrichiens entreraient dans le fort le 10 janvier à 6 heures du soir, et que les troupes françaises en sortiraient avec tous les honneurs de la guerre, armes, bagages et tout ce qu'elles pourraient emporter. On travailla avec une telle diligence que pas une seule palissade ne fut laissée à l'ennemi et que tout était ramené sur la rive gauche quand le lendemain les Autrichiens prirent possession du fort.

Tandis que ses vaillantes troupes prenaient leurs quartiers d'hiver, Moreau s'était rendu à Paris pour y solliciter et presser l'envoi de tout ce qui leur manquait pour pouvoir rentrer en campagne. Pendant son absence, le commandement fut exercé par Desaix qui sut si bien communiquer son ardeur et son génie aux chefs des divers services de l'armée, que vers le 17 avril, au retour de Moreau h

Tarnaée, les préparatifs de passage étaient, presqu'entière^ ment terminés.

Moreau décida de passer le Rhin en avant de Killstadt> les ordres formels du Directoire ne lui permettant pas de choisir un point plus favorable. Les bateaux et les troupes de débarquement, divisés en trois colonnes, devaient abor-t der à trois points principaux : la première colonne au bois de Freystadt, la seconde vers Tembouchure du Holchenbach et la troisième sur un banc de sable séparé du. bois de Diersheimpar de petits bras guéables. Plusieurs fausses attaques et une canonnade générale sur toute la ligne devaient appuyer cette opération et inquiéter Tennemi. Le général Duhesme commandait les troupes de débarquement,; qui furent réunies à Tabri d'une digue en avant de KUU stadt. Elles étaient ainsi composées : première colonne^ général Vandamme. Il avait sous ses ordres Tadjudant général Heudelet, les aides de camp Gobrecht et Savary, un bataillon de la 76* et trois bataillons de la 100* demibrigade. Deuxième colonne, général Davout; sous ses ordres les adjudants généraux Demont et Jarry, un bataillon de la iQ^ d'infanterie légère et trois bataillons de la SV de ligne; le général Duhesme accompagnait cette colonne. La troisième colonne, général Jordy, comprenait outre la 17* demi-brigade, deux bataillons de la 109* et un bataillon de la 46* légère; mais la pénurie de bateaux forçait cette colonne à attendre le retour de ceux qui portaient les deux premières.

Les eaux très basses rendaient la navigation assez diffi* cile, aussi y eut-il un assez long retard dans la réunion des bateaux, et il était plus de six heures, quand le 20 avîit

au matin, Tattaque principale put partir. Déjà depuis deux heures le canon des fausses attaques avait prévenu Fennemi, on ne pouvait plus songer à le surprendre. Aussi, quand la flottille déboucha dans le grand bras du Rhin, s'y teouva-t-elle exposée à un feu des plus nourris et se vilelte contrainte d'aller' atterrir en face de Diersheim, point qui avait été désigné à la troisième colonne.

L'adjudant-général Heudelet, avec les grenadiers de la 76* et de la 100*" demi-brigade, s'élançant au pas de charge repoussa le poste autrichien qui défendait la rive. Cela permit aux autres troupes de prendre terre sur le banc de sable et de s'y former, pendant que les embarcations qui les avaient amenées retournaient vers l'autre rive chercher la troisième colonne. Tandis qu'il faisait établir derrière une digue les troupes du général Vandamme, Duhesme ordonnait à Davout de marcher contre le village de Dier* sheim fortement occupé par l'ennemi, et il accompagnait lui-même cette colonne. Elle pénétra dans le village, mais les Autrichiens, d'abord étonnés de l'impétuosité de cette attaque, revinrent à la charge et, grâce à la supériorité du nombre, repoussèrent les Français malgré tous les efforts des généraux Duhesme et Davout.

L'arrivée de Vandamme avec la 100'' demi-brigade rétablît le combat, et le village fut emporté encore une fois, mais pour peu de temps; des renforts arrivés aux Impé* riattx leur permirent de réattaquer Diersheim et d'y rentrer. Renforcé par un bataillon que la flottille venait de débarquer, Davout, ramenant ses troupes à l'attaque, pénétra dans le village, en chassa l'ennemi et s'y établit. Une nou* relie tentative des Autrichiens échoua contre Diersheim,

il en fut de même de celle qu'ils firent contre la digue à laquelle s'appuyait le flanc des Français. Desaîx et Davout se portèrent sur ce point avec les deux bataillons de la 109* et rejetèrent l'ennemi en désordre dans Honau. Vers le soir, Tennemi tenta une nouvelle attaque sur Diersheim ; il commença par diriger un violent feu d'artillerie sur le village qui fut. bientôt en flammes. A la faveur de la fumée de rîncendie les Autrichiens y pénétrèrent et repoussèrent jusque dans l'église les Français, qui s'y défendirent avec la dernière énergie. Ils permirent ainsi aux adjudants généraux Drouet et Heudelet d'arriver à leur secours et de rejeter les Impériaux hors du village, après un choc des plus vifs où ils furent tous deux blessés.

Pendant ce temps Vaiidamme et Davout marchant sur le village de Honau en avaient délogé Tennemi presque sans coup férir et s'y étaient éta];)lis. Telle était la position des Français à la fin de cette première journée.

Le général autrichien Sztarray, ayant pendant la nuit rassemblé toutes ses troupes, se mit en marche le 21 à la pointe du jour, sur Diersheim et Honau. Sur ce dernier point, après avoir obtenu d'abord quelques avantages et chassé les Français du village, il fut repoussé par les 24* et 89* demi-brigades. A Diersheim, les Autrichiens ouvrirent d'abord un vicient feu d'artillerie qui démonta eu partie les batteries françaises, puis se précipitèrent au pas de charge sur le village. Ils s'y heurtèrent au chef de brigade Cassagne qui sut s'y maintenir, tandis que Davout avec la !?• légère et la 109' débouchait dans la plaine et, sous les décharges répétées de Tartillerie autrichienne, se portait sur le flanc gauche de l'ennemi. Cette marche

audacieuse soutenue par les charges qu'exëcutèrent à propos le 4* dragons et le 9* hussards, décida du succès de la journée. Les Autrichiens, abandonnant leurs positions^ se retirèrent sur Offenbourg et vers la vallée de Kintzig, après avoir perdu 4 à 5,000 hommes hors de combat. Les rapports font monter à 1,500 hommes environ les pertes des Français ; le manque de cavalerie ne leur permit pas de tirer de cette victoire tous les avantages qu'ils auraient pu espérer d'une poursuite plus active.

Dès le matin du 22, Moreau porta en avant le centre de son armée, qui était sous le commandement de Desaix; la première colonne, aux ordres de Yandamme se dirigea sur Freudenstadt poursuivant l'ennemi jusqu'au-delà d'Oberkirch ; la seconde, aux ordres de Davout, remontant la vallée de la Kintzig poussa jusqu'à Biberach. C'est là que le 23 avril un aide de camp du général en chef vint arrêter la poursuite des Français; Moreau venait de recevoir la notification des préliminaires de paix que Bonaparte avait signés à Léoben. Us devaient aboutir au traité de Gampo Formio et mettre fin à la première coalition.

C'est au siège de Kehl que Desaix avait rencontré Davout, il l'eut bientôt distingué et, d'une estime réciproque, les deux généraux ne tardèrent guère à passer à une intimité que la mort seule devait rompre. Cette liaison devait avoir sur la carrière de Davout, la plus grande et la plus heureuse influence. Desaix, frappé des rares qualités militaires qu'il avait été à même de remarquer chez Davout, en avait parlé avec les plus grands éloges devant Bonaparte. Celuici, qui, sous couleur d'une entreprise contre l'Angleterre, préparait alors son expédition d'Egypte, ayant témoigné le

désir de voir le jeune général, Desaix s'empressa d'en aviser son ami, qui se reposait alors en Bourgogne. Davout accourut aussitôt à Paris, et, le 22 mars 1798, dansJ'hôtel de la nie de la Victoire, Desaix le présenta au tout puissant général, dont il allait devenir un des plus illustres lieutenants.

La première entrevue de Bonaparte avec Davout fut courte, elle fut de part et d'autre décisive. L'instinct merveilleux avec lequel Bonaparte savait juger les hommes et choisir ses instruments, lui avait révélé le précieux auxiliaire qu'il devait trouver en Davout ; et celui-ci, de son côté, sortait de ce premier entretien complètement séduit par ce puissant génie. Il en emportait la promesse d'être employé à Tarmée qui, sous la dénomination d'armée d'Angleterre se réunissait à Marseille et à Toulon, et que Bonaparte destinait à la conquête de l'Egypte. H se rendit donc à Marseille où il devait attendre de nouveaux ordres.

Les préparatifs militaires étaient poussés avec la plus grande activité, non seulement à Marseille et à Toulon, mais aussi à Civita-Vecchia, Gênes et Bastia, où les généraux Berthier, Brune et Ambert préparaient trois autres convois. Le but réel de l'expédition restait cependant toujours un secret, il fallut l'arrivée de Bonaparte à Toulon, le 8 mai 1798 et sa proclamation à l'armée pour le dé^ voiler.

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L'armée destinée à Texpédition d'Egypte comptait environ 36,000 hommes, ainsi répartis : trois demi-brigades d'infanterie légère, les 4% 21« et 22'; dix demi-brigades d'infanterie de ligne, les 9% 13% 18% 25% 32% 61% 69% 75% 85" et 88* ; le ?• bis régiment de hussards ; le 22* de chasseurs à cheval; les 3% 14% 15«, 18* et 20* de dragons, un escadron de guides à cheval et un bataillon de guides à pied; plusieurs compagnies d'artillerie à pied et à cheval; deux compagnies de mineurs et un bataillon de sapeurs. Le général Alexandre Berthier était chef d'étatHtnajor général; les généraux Gaffarelli-Dufalgua et Dommartin commandaient, le premier le génie, le second Fartillerie. Les généraux de division étaient : Bon, Desaix, Dugua, Dumas, Dumuy, Kléber, Menou, Reynier et Yaubois;les généraux de brigade : Belliard, Damas, Davout, Priant, Lannes, Lanusse, Leclerc, Mireur, Murât, Rampon, Ver'dier, Vial et Zayonscheck. Indépendamment de la flotte que commandait le vice-amiral Brueys, le nombre des bâtiments de transport se montait à 400 environ.

Le 19 mai 1798, au matin, l'expédition quitta Toulon, et, après avoir enlevé Malte au passage, arriva le 1°' juillet en vue d'Alexandrie. Le jour même Bonaparte fit commencer le débarquement des troupes, et, dès le lendemain, sans en attendre la fin, il lança sur Alexandrie trois colonnes commandées par les généraux Kléber, Bon et Menou et se rendit maître de cette ville. Davout assistait à ce fait d'armes; n'ayant pas encore de commandement spécial, il était attaché au grand quartier général. Ce ne fut que le 11 juillet que, le général Mireur ayant été tué dans une embuscade par les Arabes, iDavout lui succéda dans le commandement

dfe la cavalerie de Desaix. C'est en cette qualité qu'il prit part au combat de Ghebreïs et à la bataille des Pyramides et que, le 23 juillet, il assista à rentrée de Tarmée française au Caire. C'est de cette ville que Bonaparte datait cet ordre 4u Jour :

" Le général en chef, voulant donner au général de brigade Davout un témoignage de la satisfaction du Gouvernement, pour les services qu'il a rendus dans les armées de la République.

. Voulant également récompenser les services de Charles Davout, son frère, qui, depuis l'âge de seize ans, a servi comme volontaire dans le 3* bataillon de TYonne et le 9* de hussards, nomme Charles Davout sous-lieutenant au 20' de dragons.

Au moment où Desaix quittant le Caire se portait vers la Haute-Egypte, Davout était atteint d'une violente attaque de dyssenterie, maladie dont il devait à plusieurs reprises souffrir pendant cette campagne. Obligé de rester au Caire pour se soigner, il ne put accompagner Desaix dans cette première partie de son expédition. Ces loisirs forcés pesaient lourdement à Davout, aussi, encore imparfaitement remis. soUicita-t-il du général en chef un emploi où, dans la mesure de ses forces, il pût donner carrière à son activité. Bonaparte lui confia la réorganisation de la cavalerie

Comptant se remonter promptement dès son arrivée en Egypte, Bonaparte n'avait fait embarquer qu'un nombre restreint de chevaux; encore, dans la traversée, avaient-ils beaucoup souffert et un grand nombre d'entre eux avait péri. La cavalerie se trouvait donc presque entièrement démontée, et pendant les premiers temps de l'occupation française l'Egypte n'avait pas présenté les ressources en

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chevaux que Ton en avait espéré. Cela tenait à plusieurs causes; les mameloucks en enlevaient dans leur retraite te plus grand nombre possible, les habitants se prêtaient de mauvaise grâce aux réquisitions, et puis surtout, presque, tous les animaux que Ton aurait pu acheter l'avaient été dès les premiers jours par les administrateurs et les employés de l'armée, malgré les ordres du jour qui le défendaient. C'est à ce dernier abus que Davout s'attaqua tout d'abord; il sollicita du général en chef un nouvel ordre du jour réglementant le nombre de chevaux qu'administrateurs et employés pouvaient avoir, et il le fit appliquer dans toute sa rigueur; 7 à 800 chevaux furent ainsi tout de suite rendus à l'armée. D'un autre côté, tout en évitant les vexations inutiles, il sut assurer l'exact fonctionnement des réquisitions, et grâce à sa fermeté la cavalerie, en peu peu de temps, se trouva complètement remontée.

Pendant ce temps Desaix, dans la Haute-Egypte, avait défait Mourad en plusieurs rencontres, mais il lui fallait des renforts pour soumettre ces provinces. Ayant donc établi sa petite armée à Bénésouef, dont il fit sa place d'armes, il se rendit au Caire pour les solliciter. Éonaparte, qui préparait alors son expédition de Syrie, ne pouvait pas lui accorder tout ce qu'il demandait, mais il lui donna Davout que Desaix réclamait tout particulièrement. Celuici reçut donc l'ordre d'aller joindre Desaix ; il lui amenait 1,200 hommes de cavalerie, 300 hommes d'infanterie tirés des dépôts de la division, 6 pièces de canon et 6 djermes ou cangues * armés et bastingués.

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