‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 9 sur 42 · Le Prince de Cond(^, mort en · texte numérisé non relu

Le Prince de Cond(^, mort en

INTRODUCTION xix

leur te] que moi, à moins pourtant qu'il n'ait voulu affirmer ainsi une commune méthode d'études et une commune passion pour la gloire de la patrie, de TEmpereur et de son armée.

Frédéric Masso?i.

Clos-des-Fées, janvier 1898.

DAVOUT

DDC D'AUERSTAEDT, PBINCE D'ECKMÙHL (1770-1828)

La famille d'Avout, à laquelle le Maréchal Davout a apporté une si grande illustration, est de vieille noblesse bourguignonne; elle tire son nom du château d'Avot dans la châtelienie de Saulx-le-Duc, près Dijon. Suivant les époques où on le rencontre, les actes dans lesquels il se trouve, ce nom s'est écrit de bien des façons diverses, que ce soit Davot, d'Avou, Davoult, d'Avout, Davout; c'est cette dernière orthographe que le Maréchal Davout a glorieusement consacrée.

Suivant une tradition, généralement admise et con* firmée par les archives des d'Avout de Vignes, les sires de Noyers seraient la souche des maisons de Prey et d'Avout; d'après une autre, les d'Avout se rattacheraient aux sires de Grancey, dont ils auraient reçu en fief la terre d'Avot. Le plus ancien titre de cette famille est une transaction, du

mois d'octobre 4279 çntre Guillaume de Mello, sire d*Époisses et Tabbaye de Fontenay, sur laquelle Monsigaour Mille Davou figure comme témoin ^ A la fin du xiv* siècle^ vers 4394, le mariage de Jacot Davou avec Jehanne d'Estables ou d'Etaules, héritière d'une branche de la maison de Noyers, fit passer dans la famille d'Avout bon nombre des fiefs (Marcilly, Lucy le Bois, Thory, Prey, Estables ou Etaules), qui avaient fait partie du patrimoine de cette illustre maison.

Le sceau de Jehan Davou (4396) se trouve aux archives de Dijon sur des pièces relatives à une mission, dont il avait été chargé par le sire de Grancey, pour le règlement de la succession de Noyers. Le petit-fils de Jacot Davou» Jehan IV d'Avout, en épousant Pérette de Châlon, contracta Talliance la plus brillante de sa maison.

C'est au xv* siècle, par suite de la donation du fief de Vignes à un d'Avout, que la famille quittant Avot, vint se fi^xer dans l'Auxois, que depuis lors elle n'a plus quitté. Nicolas d'Avout, sire de Romanet (mort en 4664), laissa de son mariage avec Edmée de Sainte Maure, deux fils. L'un François Jacques d'Avout, seigneur de Vignes, est la souche de la branche aînée de la famille; de l'autre, Nicolas d'Avout, seijgneur d'Annoux, descend le Maréchal Davout.

Ces d'Avout étaient une race essentiellement guerrière, on trouve constamment des leurs sous la bannière des sires de Grancey, parmi les hommes d'armes des ducs de Bourgogne, puis plus tard dans les armées du Roi de France. En 4363, c'est Aymonin Davou qui figure à une montre de

1 . Archives de l*abbay6 de Fontenay ; copie notariée aux archives du chAteau d*Époissos.

gens d'armes à Auxonne; Ithier, Jehan et Antoine Davou sont au nombre des compagnons de Jean sans Peur. En 1472, on trouve Jehan Davoul à la revue passée à Pomard de la compagnie de Louis de Châlon. En 1560, Claude Davoul fait partie de la compagnie de Biaise de Montluc, ainsi qu'en témoigne le certificat signé de Montluc luimême. En 1644, Nicolas de Davot, seigneur de Romanet, est gendarme de la compagnie de Gaston d'Orléans; en 1677, Nicolas d'Avout est lieutenant au régiment de Bligny. En 1743, César Davout meurt à Landau, capitaine major des carabiniers, ainsi qu'il ressort d'une lettre du major de cette place. On comprend ainsi l'origine du vieux dicton bourguignon « Quand naît un d'Avot, une épée sort du fourreau, » et Ton conçoit que le Maréchal ait puisé du sang même de sa race ces vertus militaires, dont il reste une des plus hautes et des plus complètes expressions.

Jean François d'Avout, né à Annoux, en mai 1739, du mariage de Nicolas d'Avout, seigneur ^d'Annoux, avec Catherine de Somme, d'une famille de Givet, avait lui aussi embrassé la carrière des armes. Comme lieutenant au régiment de^La Rochefoucauld (depuis Royal-Champagne cavalerie), il prit part aux désastreuses campagnes de la guerre de Sept ans et se distingua au combat de Minden, où il fut blessé. Le 27 septembre 1768 à Fussey, près de Beaune, il épousa Marie Adélaïde Minard (née le 3 octobre 1741). Les Minard, d'une vieille famille des environs d'Avallon, avaient, sous François l"*" et Henri II, donné deux conseillers au Parlement de Paris, et fourni depuis de nombreux officiers à l'armée. Etienne Minard de Velars, chevalier de Saint-Louis, lieutenant colonel au régiment de Forez infan-

lerie, mort le 6 août 1757, avait eu de son mariage avec Marie Louise Minard, sa cousine, trois enfants. Le fils, Etienne, lieutenant au régiment de Forez infanterie, mou* rut en 1763 à Saint Domingue, où son régiment avait été envoyé; des deux filles, Taînée, Anne Edmée avait épousé en 1764 Bernard Dominique Courtot de Cissey, capitaine au régiment de la Reine dragons. Madame d' A vont était la cadette.

C'est le 10 mai 1770 que naquit à Annoux, Louis Nicolas Davout, le futur maréchal. Dès le lendemain, l'enfant fut baptisé à l'église paroissiale par le vicaire, l'abbé Gaudelet. Le parrain, son oncle Nicolas d'Àvout, capitaine aide major dans le corps de carabiniers de Monsieur, Comte de Provence, la marraine, sa grand'mère maternelle. Madame Minard de Velars, absents l'un et l'autre, furent représentés par deux serviteurs de la famille, Jean Valat et Jeanne Porte, •

Peu après la naissance de leur fils aine, les d'Avout, quittant Annoux, se fixèrent à deux lieues de là à Etivey; c'est là que naquirent leurs trois derniers enfants, Julie (16 septembre 1771), Alexandre (15 septembre 1773) et Charles (30 septembre 1776). Élevée à Saint-Cyr, Julie épousa, le 10 juillet 1801, le général comte de Beaumont; Alexandre parvint au grade de maréchal de camp, Charles quitta le service comme chef d'escadrons. Ce dernier fut le père du général Davout, Grand chancelier de la Légion d'honneur, qui a été autorisé par Napoléon III à relever le titre de duc d'Auerstaedt.

Pendant l'hiver de 1779 un terrible malheur vint frapper celte jeune famille en la privant de son chef; dans une

chasse au sanglier le chevalier d'Avout fut mortellement blessé d'un coup de feu. Le 3 mars, après trois semaines de souffrances supportées avec le plus grand courage, il succombait, à peine âgé de quarante ans. Le métier des armes, auquel de père en fils les d'Avout s'étaient constamment adonnés, leur avait laissé peu de goût et peu de loisir pour le soin dé leurs intérêts, aussi à la mort de son mari, Madame d'Avout se trouva-t-elle dans une situation voisine de la gêne. €'est alors que, quittant Etivey, elle se fixa à Ravières dans une habitation qu'elle avait achetée à la famille du Potet, et qui est aujourd'hui la propriété de Mesdemoiselles de Chappedelaine , les petites- filles d'Alexandre Davout.

Dans l'accomplissement de la lourde tâche qui incombait ainsi à Madame d'Avout, sa mère, femme d'un rare mérite et d'une haute intelligence, lui prêta le plus précieux concours. Madame Minard joignait à beaucoup d'esprit, une instruction rare chez une femme de cette époque et un remarquable bon sens. Pour l'éducation de ses enfants, comme pour l'administration de sa modeste fortune, sa fille trouva constamment en elle les cons,eils les plus sages et le plus intelligent appui. Le Maréchal Davout avait conservé le plus reconnaissant souvenir de l'affectioii et des soins dont la respectable aïeule avait entouré ses jeunes années. Bien des années plus tard, à la naissance de son <lernier enfant * (9 juillet 1815), il écrivait à la maréchale: « Tu me demandes le nom à donner à notre fille, je désire que ce soit un des noms de ma grand' mère malernelle, à

1 . Louise Adélaïde, depuis marquise de Blocqucville ; morte sans enfants» le 1 octobre 1892.

la mémoire de laquelle tu sais que je porte un attachement religieux.»

Une déclaration royale du 31 octobre 1776 avait établi à Auxerre, dans les bâtiments du collège jadis fondé par Amyot, une École Royale Militaire. Les Bénédictins, qui la dirigeaient, avaient obtenu Tautorisation d'y joindre un pensionnat; c'est à eux que l'éducation du jeune Davout fut confiée. L'établissement était peu nombreux, le chiffre des élèves de TÉcole militaire et du pensionnat réunis ne dépassant guère 120. Installée en 1777, l'École Militaire d'Auxerre ne dura que seize ans; elle fut dissoute le V novembre 1793, en exécution des décrets de la Convention.

Habitué sous le toit maternel à la vie toute d'indépendance et d'activité physique des enfants de la campagne» le jeune Louis éprouva tout d'abord une certaine difficulté à se plier aux exigences de l'étude et à la sévère régularité de la maison. Un des pères, Dom Laporte, qui enseignait les mathématiques, sut apprivoiser Tenfant; sa bienveillance et sa douceur réussirent là où avait échoué la sévérité des autres professeurs. Une vingtaine d'années plus tard le Maréchal Davout devait prouver au bon père qu'il n'avait eu à faire ni à un oublieux, ni à un ingrat.

D'ailleurs, malgré les leçons de Dom Laporte, les succès de Davout à l'école d'Auxerre furent modestes, ainsi qu'en témoignent les Palmarès des années 1783 et 1784. A la distribution des prix qui eut lieu le 9 septembre 1783, sous la présidence de M. le chevalier Raynaud de Mons, mestre de camp de dragons et sous inspecteur des Écoles Militaires, le nom de Louis Davout ne fut appelé que pour un

acctessit en géométrie. L'année suivante, la distribution eut lieu le 7 septembre sous la présidence de M. de la Poterie, lieutenant général des armées du Roi, qui remplaçait S. A. S. Mgr le Prince de Condé. Parmi lès lauréats figurait Joseph Fourrier, que Davoùt devait plus tard retrouver à Tarmée d'Orient, secrétaire perpétuel de Tlnstitut d'Egypte ; un accessit en algèbre fut encore Tunique nomination de Davout. C'est au cours de cette année 1784, que mourut Madame Minard; la disparition de ce guide |si prudent et si ferme ne tarda guère à avoir dans la destinée de Madame Davout des conséquences, qui ne furent pas isans influer sur les opinions de son fils au début de la Révolution.

En quittant Auxerre, le chevalier Louis Nicolas Davout entra, le 27 septembre 1785, comme cadet gentilhomme, <r à la compagnie de cadets gentilshommes établie à l'École Royale militaire de Paris,» avec rang de sous-lieutenant. Napoleone de Buonaparte en était sorti le V septembre de cette même année; la légende, qui y fait de Davout le camarade du futur Empereur, n'est donc pas mieux fondée que celle qui les réunit à Brienne, où Davout n'a jamais été. Parmi les noms des jeunes gens qui entrèrent à l'École militaire de Paris en même temps que Davout, on relève les noms de MM. des Roys, de Vissaguet, de Guerpel de Rèneville, Mac Mahon de Leadmore, de Noailles, de Suzannet, de'Narbonne. Les détails manquent sur les deux années que Davout y passa; son constant amour du devoir, le sérieux de sa nature, font supposer qu'il sut les mettre à profit, pour se préparer consciencieusement à la carrière qui allait s'ouvrir devant lui.

9 DAVOUT, MAKÉCHAL D'EMPIRE

Le 2 février 1788 , Davout fui nommé sous-lieuteriant au régiment de Royal-Champagne cavalerie , où déjà son père et son aïeul avaient laissé d'excellents souvenirs ; son cousin germain, François Claude d'Avout y servait avec le même grade*. Ce régiment, de Tallard (1682), de Duras (1688), d'Aumont (1710), de La Mothe Houdancourt (1723)» de Brissac (1736), de La Rochefoucauld (1743), avait fait sous ce dernier nom les campagnes de la guerre de Sept Ans; il devint Royal-Champagne cavalerie, le l'"^ décembre 1761. Après avoir été en 1791 le 20* régiment de cavalerie, et le 19* à dater de 1793, Royal-Champagne fut licencié en 1803, et ses éléments versés alors dans le l*' régiment de carabiniers et dans des régiments de cuirassiers. Au moment où Davout entrait à Royal-Champagne, le régiment était en garnisom à Hesdin; le colonel était encore le comte d'Hargicourt, le frère des Du Barry, qui le 10 mars suivant fut remplacé par le marquis de Foumès. Le lieutenant-colonel était le marquis de Broc, le major M. de Lestrade, le major en second le marquis de Marcieu. La plupart des officiers du régiment émîgrèrent d'assez bonne heure; parmi ceux qui firent les campagnes de la République on ne trouve guère, en dehors de Davout, d'autres noms à citer que ceux de François Fauché, Raphaël Bussy, Charles Dominique Bertrand i Thibaut Viennet, Pierre Mûller; encore ces deux derniers, d'abord adjudants au régiment, n'y furent-ils promus officiers qu'en 1790 et 1791.

1 . Les événements de la Révolution ne tardèrent pas à séparer les deux cousins; tandis que Louis en embrassait les principes avec ardeur, François Claude émigrait. On les retrouvera tous deux, en 1814, à Hambourg.

- Ayant de suivre le jeune officier au travers des agitations de la Révolution, alors à son début, il faut revenir sur un fait d'ordre intime, qui ne laissa pas que d'exercer sur les tendances et les opinions de sa jeunesse une influence positive.

Le futur député de ITonne à la Convention, Louis Turreau de lanières, alors avocat au parlement, faisait de fréquents séjours à Raviëres, où deux sœurs de son père js'étaient fixées ; Tune Marie-Ânne était célibataire, Tautre Marie4acques avait épousé Pierre-Maurice Millot, receveur fiscal à Ravièrés. Né en 1761, Louis Turreau était fils de Louis Turreau de Linières, « conseiller du Roy, receveur des consignations, commissaire aux saisies réelles des baillageet siège présidial d*Ëvreux, en Normandie, Gry, Pacy, Nonancourt et justices en dépendantes », et de Noble Dame Marie-Antoinette d'Affray. Malgré les quelques années qui les séparaient, Turreau s'était lié avec Davout qui, pendant ses vacances et ses congés, l'avait introduit dans la maison de sa mère, dont il devint bientôt Thôte le plus assidu. Madame Minard n'était plus là pour prêter à sa fille l'appui de son expérience et de son solide bon sens et pour la prémunir contre les dangers d'un entraînement^ auquel celle-ci ne devait pas tarder à céder. Bref, au cours de l'été de 1789^ le mariage de Madame Davout avec le jeune avocat était chose décidée. L'absence de tous ses parents, celle de son fils aîné et de ses autres enfants, témoignent assez de l'opposition que le mariage de Madame Davout avait rencontrée dans sa famille. Elle passa outre, et, le 30 août 1789, son union avec Turreau était célébrée par l'abbé Soufflet, curé de la paroisse Saînt-Pantaléon, à Ravièrés.

Le même jour le contrat de mariage, excluant toute communauté entre les époux pour tous leurs biens présents et à venir, avait été reçu par M^ Lamare, notaire au baillage et marquisat de Crusy-le-Châtel, résidant à Ravières. Sauf le père de Turreau, retenu en Normandie, toute la famille de celui-ci, sa mère, sa sœur la vicomtesse d'Evreux, ses oncles et tantes de Ravières, avaient assisté au mariage. Du côté de Madame Davouton ne voit d'autres témoins que les sieurs Millot. juge prévôt à Ravières, Leroy, contrôleur des actes, Jably de Briotte, bourgeois à Nuits-sous- Ravières, la dame Delépine^ d'Etivey, et ses serviteurs les époux Parquiot.

Le mariage une fois accompli, Davout, dont les représentations n'avaient pu le prévenir, n'en continua pas moins à entourer sa mère du même respect et des mêmes soins que par le passé. Quant à ses rapports avec Turreau, ils survécurent même au divorce qui, quatre ans plus tard, délia cette union si peu assortie *. L'influence de Turreau, les relations suivies qu'il entretenait avec les principaux meneurs du mouvement révolutionnaire, contribuèrent assurément à l'ardeur avec laquelle Davout, rompant avec les traditions de sa famille, embrassa les principes de la Révolution. Ce fut lui qui mit Davout en relations avec Bourbotte, son ami et son collègue dans la députation del' Yonne; celui-ci, après s'être associé à toutes les mesures les plus violentes delà Convention, fut du nombre des montagnards, compromis dans l'insurrection de prairial, qui portèrent leur tête sur Téchafaud.

1. Après le divorce, Madame Davout reprit le nom de son premier mari, en lui conBervant Torthographe que son fils avait adoptée.

Les événements avaient marché ; chaque, jour les idées nouvelles faisaient de rapides progrès et trouvaient dans tous les rangs de la nation des adeptes enthousiastes et d'ardents propagateurs. Ce nétait point toutefois dans l'état major de Royal Champagne, 'dont la plupart des officiers n'allaient pas tarder à émigrer ; aussi Davout y vivait-il assez à Técart, fréquentant sans doute les sociétés popîdaires, où la vivacité de ses opinions et la recommandation de Turreau étaient assurées de le faire bien venir.

A Hesdin, comme partout, les deux partis des aristocrates et des patriotes se trouvaient en présence ; le pre* mier comprenait avec la municipalité la majeure partie des officiers de Royal-Champagne, tandis que dans le second, à côté de quelques rares officiers, on trouvait toute la troupe et la garde nationale '. Le 27 avril 1790, une fédération proposée par la garde nationale fut acceptée par les sousofficiers et les soldats. Repoussé par la municipalité et par la grande majorité des officiers, le pacte fédératif n'en fut pas moins juré sur la place de Thôtel de ville, et le procèsverbal de cette cérémonie fut adressé à TAssembiée. Celleci, dans sa séance du 7 mai, sur la motion du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, décréta : « qu'il serait fait une mention honorable au procès-verbal de l'acte qui lui a été lu et qui contient le serment fédératif prononcé, le 27 avril 1790, par quelques officiers, les adjudants, bas officiers et soldats de la garde nationale de Hesdin, et la maréchaussée de la même ville, tendant à soutenir la Constitution, à

1 . Les contrôles de Royal Champagne cavalerie portent la mention suivante : « Les sieurs Davout, sons-lieutenant, et Poing, adjudant, ont été les principaux promoteurs de l'affaire de Hesdin. »

12 DAVOUT, MARÉCHAL D'EAIPIRE

repousser ses ennemis, à maintenir la tranquillité publique et à protéger les personnes et lés propriétés des citoyens. » Le nom de Davout figurait parmi les signataires du pacte.

Le l**^ août suivant, le corps des officiers, offrant un dîner à la garde nationale, en avait exclu tous les sousofficiers et les hommes, se bornant à leur octroyer pour cette fête 6 francs par chambrée. C'était d'autant plus maladroit, qu'au repas offert au régiment par la garde nationale la troupe tout entière avait été conviée. Blessée de ce procédé, la garde nationale, désertant en masse le banquet, alla dans les chambrées chercher les soldats, pour se promener ensemble par la ville aux cris de Vive la Nation /Ce n'était qu'un prélude, l'événement du lendemain fut d'une toute autre gravité.

11 s'agissait pour les officiers de faire reconnaître en qualité de sous-lieutenant, un sous-officier du nom d'Odile, zélé royaliste. Or, pour cette nomination, les officiers avaient appliqué, le principe nouveau de l'élection, principe que l'opinion accueillait alors favorablement, mais qui ne devait ê*re décrété par l'Asseifnblée que six semaines plus tard et sanctionné seulement dans les derniers jours d'octobre par le Roi. Cette nomination, telle qu'elle avait été faite, était donc entachée de nullité d'autant plus qu'un décret, sanctionné le 31 juillet par le Roi, ordonnait de surseoir à toute promotion jusqu'à nouvel ordre. Davout crut de son devoir de signaler cette irrégularité et de protester au nom delà loi et des décrets de l'Assemblée également violés par cette nomination.

L'Assemblée fut saisie de ces incidents ; ils furent l'objet d'un décret rendu le 7 août et promulgué le 14 à Hes-

din. Ce décret, tout en blâmant les désordres du l""', en amnistiait les coupables et n'édictait de peines que pour Tavenir. Ce n'était pas là ce que les officiers et la munici-* palité avaient espéré de l'intervention de l'Assemblée. Résolus à sévir quand même, ils en cherchèrent les moyens.

Une trentaine de cavaliers, qui avaient été soudoyés» vinrent dénoncera la municipalité l'existence d'un complot. Aussitôt prévenu le Ministre de la Guerre, La Tour du Pin Gouvernet, expédia aux officiers Tordre d'expulser les suspects du régiment et de délivrer à ces hommes des cartouches de congé, leur ordonnant de se rendre dans leurs foyers. Le 21 août. Tordre du ministre reçut son exécution; 2 adjudants, 9 maréchaux de logis, 2 brigadiers, 36 cavaliers, parmi lesquels plusieurs comptaient une vingtaine d'années de service, durent quitter le régiment. Davout indigné protesta hautement contre l'arbitraire de cette mesure doublement illégale, puisqu'elle punissait en dépit des termes du dernier décret et qu'en même temps elle attentait à la liberté individuelle en contraignant les hommes ainsi congédiés à se rendre dans leur pays. II fallait se débarrasser d'un pareil censeur ; enlevé nuitamment, en vertu d'une lettre de cachet du Ministre de la Guerre, Davout fut jeté dans la citadelle d'Arras.

Cependant la garde nationale de Hesdin avait dénoncé ces faits à l'Assemblée ; en réponse à cette démarche les officiers voulurent' faire signer une contre adresse aux soldats fidèles, mais la presque totalité du régiment les aban. donna pour protester avec la garde nationale. Dans sa séance du 4 septembre, l'Assemblée, saisie de cette protestation, décréta Tenvoi à Hesdin de deux commissaires civils

pour suivre rinslruction de Taffaire relative à Royal-Champagne. Cette enquête ne dura pas moins de deux mois pendant lesquels les commissaires recueillirent plus de deux cents dépositions. Le volumineux rapport qu'ils transmirent à TAssemblée se borna à indiquer les sources multiples du désordre et à en établir les responsabilités, mais sans conclure. Nous en extrayons le passage suivant relatif à Davout : « Je vous observe en passant, disait le rapporteur M. Salle de Choux, que M. Davout, sous-lieutenant de Royal-Champagne, qui avait défendu Topinion des cavaliers, s'est trouvé enveloppé dans leur disgrâce ; il a été au secret dans un cachot de la citadelle d'Arras, par lettre de cachet; il n'en e§t sorti qu'en vertu d'une seconde lettre dé cachet, et pendant sa détention on Ta contraint à donner sa démission. Je ne vous soumets pas ce délit; M. Davout se propose de demander la prise à partie contre le ministre. »

Après une rigoureuse détention de plus de six semaines, Davout avait en effet recouvré sa liberté ; il avait eu l'intention d'attaquer personnellement le ministre en abus de pouvoir, mais à sa sortie de prison, M. de La Tour du Pin, emporté par la tourmente révolutionnafare, n'était déjà plus au ministère de la guerre. Il se borna donc à protester contre une démission, qui lui avait été extorquée; elle n'avait pas encore été transmise et lui fut rendue. Sollicitant un congé, que sa situation au régiment rendait nécessaire, il se retira auprès de sa mère, à Ravières. Ce ne fut que le

15 septembre 1791, au moment où la formation des bataillons de volontaires allait lui rouvrir la carrière militaire, qu'il donna sa démission d'officier à Royal-Champagne.

L'Europe avait d'abord suivi avec une certaine faveur les premiers mouvements de la Révolution ; elle y voyait une source de dissensions intestines propres à détourner la France des entreprises extérieures. Mais la marche rapide et déjà violente des événements n'avait pas tardé à effrayer les souverains et à leur faire redouter pour leurs couronnes le progrés des principes qui sapaient si complètement en France l'autorité royale. L'émigration, dont le début remontait aux premiers mouvements populaires de 1789 et qui comptait maintenant dans ses rangs les deux frères du Roi, s'évertuait à faire partager à l'étranger ses colères, ses rancunes, ses désirs de vengeance ; les démarches des princes et de leurs agents aboutirent, le 27 août 1791, à la fameuse déclaration de Pilnitz. Ce n'était pas encore la guerre, mais on pouvait dès lors en prévoir l'imminence. D'ailleurs; dès le printemps de cette même année, Duportail, qui avait remplacé La Tour du Pin au ministère de la Guerre, avait obtenu de l'Assemblée divers décrets pour auj2[menter les forces militaires de la France. Le 22 avril.

16 DAVOUT, MARÉCHAL OEMPIRE

surPinitiative du ministre et la proposition de son coiaité militaire, l'Assemblée avait ordonné une levée de 300,000 hommes de gardes nationales pour être aussitôt organisés en compagnies prêtes à s'assembler en cas de besoin. Telle est l'origine de ces fameux bataillons de volontaires, véritable pépinière d'où allaient sortir la plupart des grands généraux de cette époque héroïque.

Dàvout, alors à Ravières, donnant sa démission (15 septembre 1791). s'enrôla aussitôt parmi les volontaires de l'Yonne. Le grade qu'il avait occupé dans l'armée, le civisme dont il avait fait preuve, le désignaient naturellement au choix de ses camarades, qui s'empressèrent de faire de lui un de leurs chefs, ainsi qu'en témoigne le procès-verbal suivant* :

Procès^vet^bal de la nomination de VÉtat^Major, au 3* bataillon.

Aujourd'hui vingt-six septembre mil sept cent quatrevingt-onze, le bataillon d^Auxerre et de Joigny, duement et légalement assemblé, avons d*abord procédé à la formation de la compagnie des grenadiers et de suite avons procédé à la nomination d'un président^ de trois scrutateurs et d'un secrétaire. Ce fait, avons, parscrutin individuel, procédé à la nomination de TÉtat-major ; et au dépouillement du dit scrutin : avons reconnu que, pour la place de premier lieutenant-colonel, la majorité absolue s'est déclarée en faveur de Monsieur de Bois qui a réuni quatre cent soixante voies (sic) sur cinq cent quatre-vingt-cinq ; et de suite au dépouillement du second scrutin pour la place de second lieutenant-colonel, 1^ majorité absolue s'est décidée en faveur du sieur Daveau (sic) qui a réuni quatre cents voies sur cinq cent quatre-vingt-cinq. Et

1» Archives de ITonac ; Formation dei trois bataillons de volontaires.

LES VOLONTAIRES DE L'YONNE il

procédant de suite à la nomination d'un quartier-maître trésorier, les sniTrages se sont réunis à l'unanimité en faveur du sieur Gouré Tainé, Les dites nominations légalement faites, les dits officiers ont été présentés au bataillon par Monsieur de L'Ëpine, commissaire, et le dit bataillon a témoigné sa satisfaction par acclamation générale.

Le présent procès-verbal rédigé et arrêté sur le champ de bataille (sic) en présence du bataillon, et les dits président, scrutateurs et secrétaire, signé avec paraphes : Dufour, président ; de Bois, de Courtive, Michault, scrutateurs ; Goureau, secrétaire et Mangin de L*Ëpine, commissaire.

Les nominations du 26 septembre, adressées aussitôt à Tadmlnistration départementale, y firent un long séjour dans les bureaux, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante :

Le$ officiers du 3^ bataillon à V Administration départementale^

Joigny, ce 11 novembre 1791.

Messieurs, les officiers du S^ bataillon ont Thonneur de vous représenter que vous avez délivré les brevets aux officiers des autres bataillons et qu'ils n'ont pas encore reçu les leurs ; ils espèrent que vous voudrez bien donner des ordres en conséquence.

Nous avons Thonneur d'être avec respect, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

Signé : de Bols, commandant en chef^ Martenot, capitaine^ Gouré (Denis), Mizault, Grossot^ lieutenants.

La signature de Davout manque au bas de cette pièce, il était alors à Raviëres retenu par d'autres soins. Pendant les quelques mois qu'il venait de passer en Bourgogne, il avait fait la connaissance d'une jeune fille appartenant à

une bonne famille de robe, alliée à la sienne du côté des Minard*, et il avait" demandé sa main. Marie-Nicolle-Adélaïde de Seuguenot était alors âgée de vingt-trois ans ; son père Charles-Élie de Seuguenot et sa mère Marie-Magdelaine Cassons habitaient Marcilly, dans le diocèse de Dijon. Le mariageeutlieuàRavières,le 8 novembre 1791 ; les témoins du lieutenant- colonel des volontaires furent son frère Alexandre, et Simon-Edme Ménassier, chevalier de Saint- Louis, ceux de Mademoiselle de Seuguenot, son père et le sieur Vernot de Jeu, son cousin. Les autres assistants, dont Tacte de mariage mentionne la présence à la cérémonie, étaient les dames Dilles et Déon de Maulois, tantes de la mariée, et du côté de Davout sa mère, le sieur Leroy jadis témoin du mariage de celle-ci avec Turreau, et Pierre Forestier, chirurgien. Ce dernier, établi à Ravières, y soignait alors Alexandre Davout ; sous la Terreur, il devint président de Tadminislration départementale de l'Yonne, puis, après thermidor, juge au tribunal révolutionnaire, où il prit part à la condamnation de Carrier. Plus tard, le Maréchal jDavout, chef de la 6° Cohorte de la Légion d'honneur, fit nommer Forestier chirurgien de cette cohorte.

Cette première union de Davout ne devait guère marquer dans sa vie. Peu de jours après la célébration du mariage ses fonctions l'appelèrent à Joigny où se trouvait le bataillon qui, au mois de décembre, se mit en marche vers la frontière. A son retour en Bourgogne, au mois de septembre 1793, ce qu'il apprit de la conduite de sa femme le décida à demander un divorce auquel Madame Davout ne fit pas

i. Une demoiselle Barbe Minard, tante ou cousine d'Etienne Minard arait épousé un Seuguenot, seigneur de Ghambou^et.

opposition. Le 12 fritnaire an II (3 décembre 1793) racle de non conciliation fut délivré à Davout et le 14 nivôse suivant (4 janvier 1794), à l'expiration des délais légaux, la dissolution du mariage fut prononcée à Raviëres par J.-B. Leroy, membre du conseil de la commune, délégué aux actes de Tétat-civil. La jeune femme ne survécut que quelques semaines à son divorce.

La saison dans laquelle on entrait, laissait supposer que les hostilités ne s'ouvriraient pas avant le printemps, car on n'avait pas encore Thabitude de ces rudes campagnes d'hiver dont les guerres de la République allaient donner les premiers et glorieux exemples. Mettant donc à profit les derniers loisirs de la paix, Davout s'occupa sans relâche à exercer ses hommes, à les habituer à la discipline, enfin à les tenir prêts à se mettre en marche au premier ordre qu'ils en recevraient.

Cet ordre parvint à Joigny dans les premiers jours de décembre ainsi qu'en témoigne la lettre suivante adressée le 8 décembre 1791 à Rochambeau, commandant général de l'armée du Nord à Valenciennes, par les administrateurs de l'Yonne :

Nous avons Thonneur de vous prévenir que le 3* bataillon des gardes nationales volontaires de ce département, partira de Joigny le 16 de ce mois pour se rendre les 24 et 25 du même mois à Dormans, Damery, Aveney et Châtillon, destitinations qui sont indiquées dans Tordre de la Cour, relatif au bataillon, du 5 octobre dernier.

Le bataillon se mit donc en route pour les destination^ qui lui étaient assignées, l'état major s'établit à Dorman»

OÙ il demeura jusque dans le courant d'avril 1792. Le tô janvier, François de Bois, le 4*' lieutenant colonel, adressait à Fadministration départementale de l'Yonne la lettre suivante :

Ayant Tespoir d'obtenir une place avantageuse dans les troupes de ligne, j'ai Thonneur de vous prier de vouloir bien m*envoyer un certificat de mon élection à la place de premier lieutenant-colonel du 3* bataillon, pour l'envoyer au ministre, ne voulant pas me dessaisir du brevet que vous m'avez fait Thonneur de me donner.

De Bois n'obtint pas le poste qu'il ambitionnait, nous le trouverons encore jusque dans le mois de juillet à la tète du 3« bataillon. Abandonnant alors la carrière militaire, il se fit comédien et finit par mourir dans la misère à rhôpital de Ghaumont.

Le 29 janvier, de Dormans, les deux lieutenants-colonels adressèrent la lettre suivante aux administrateurs de l'Yonne :

Nous avons Thonneur de vous prévenir, Messieurs, que nous vous envoyons un état des hommes qui se sont absentés du bataillon sans permission et qui n'ont pas encore rejoint. Vous trouverez ci-joint une réquisition au commandant de la gendarmerie nationale, qui est attachée à votre municipalité, où il est prié de donner les ordres nécessaires pour les faire rejoindre bon gré, malgré. Nous croyons que ce serait insulter à votre patriotisme que d'entrer dans de plus amples raisons, il vous suffira sans doute d'être instruits que quelques volontaires ont abandonné légèrement les drapeaux de la liberté, pour que soudain ces magistrats du peuple les fassent venir et leur disent : « Malheureux! qu'avez vous fait? Allez, vous n'avez pas de temps à perdre pour empêcher que votre front

LES VOLONTAIRES DE LTONNE »i

'•ne soit couvert du sceau de rignominie, et nous partagerions votre honte si nous ne vous remettions point dans le chemin de la gloire, puisqu'il est celui de la liberté; allez, et que sous huit jours nous apprenions que vous êtes rendus à destination; et efforcez vous alors par votre conduite de faire oublier à vos camarades la faute que vous avez commise. — Vous rendrez, .Messieurs, au bataillon un grand service, en môme temps que vous vous acquitterez de vos devoirs envers la patrie que des mains sacrilèges voudraient attaquer. Qu'il y ait de l'union entre les magistrats du peuple et ses défenseurs, et nous osoâs prédire que les efforts de ces monstres seront vains. Tels sont les sentiments qui nous animent ; nous ne doutons point que vous ne les partagiez.

En attendant, nous avons Thonneur d'être avec toute la considération due aux élus du peuple et que vous méritez à tant de titres, Messieurs, vos compatriotes.

Signé : François de Bois, !•' lieutenant-colonel.

Louis DAvoin, lieutenant-colonel en second.

Nous vous prions de faire passer une copie de cette lettre à la municipalité d'Àisy et à celle de Perrigny, et dénonçant à la première le nommé Pierre Feuillard, et à la seconde les nommés Charles Chavance et Edme Gouillé *•

A Tappui de celte lettre se trouve la note ci-après, de la main de Davout, adressée par les deux colonels au com* mandant de la gendarmerie nationale de Raviëres :

Nous vous prions^ Monsieur, de faire rejoindre les nommés Jules Boîvin, Jean-Baptiste Noiraux, Jacques Boivin et Nicolas Gérard, tous de Ravières, qui ont abandonné leurs drapeaux. Nous vous serons obligés de donner les mêmes ordres auxnommés : Pierre Feuillard, d'Aisy, Charles Chavance et Edme

I . Le pùsl-^eriptum est tout entier de la main de Davout. (Archiveg de

l'Yonne.)

Gouillé, de Perrigny. Voici la route qu'ils doivent leair,: Troyes, Châlons et Dormans, oùnous sommes. . .

Nous avons Thonneur d'être, Monsieur, vos très hv^miA^fi serviteurs.

Les commandants du 3*" bataillon de TYonne :

* François de Bois, 1" lieutenant colonel,

Louis Davout, lieutenant colonel en second.

Dormans, ce 27 janvier 1792, département de la Marne.

Au moment delà déclaration de guerre (20 avril 1792), le 3* bataillon de l'Yonne venait de recevoir Tordre de se diriger sur Verdun. Dé Dormans, le 21 avril, après avoir annoncé aux Administrateiu's du département que le bataillon se met en marche le lendemain, Davout leur fait le récit d'un mouvement populaire dans lequel il fut assez heureux pour sauver la vie à Fancien évêque de Mende, Mgr de Gastellane*.

Le bataillon était alors destiné à renforcer l'armée de La Fayette. De Ronsenne, le 29 mai de l'an IV de la liberté (1792), celui-ci avait adressé la lettre suivante au commandant du bataillon :

Vous savez, Monsieur, qu'aux termes de la loi, les bataillons de garde nationale doivent toujours être complets et que leur recrutement se fait par les citoyens que chaque département fournit aux bataillons tirés de son sein. Il est de la plus haute importance et pour le salut public et pour Thonneur des départements et des bataillons qu'ils ont fournis, que l'on n'ait point à leur reprocher le nombre de défenseurs de la patrie qu'ils doivent fournir. Les circonstances où nous nous

1 . Archives de l'Yonne. Marquise de Blocqneville : Années de Jeunesêe, p*-295.

ti'oiiTons exigent que ce remplacement ait lieu sans délai, et je vous prie d'envoyer sur le champ au directoire de votre département un état des hommes qui vous manquent, eik requérant que ce déficit soit immédiatement rempli. Vous voudrez bien, dans le cas où cette juste demande éprouverait des difficultés, me faire passer la réponse du directoire pour que je la communique au ministre. — J'aime h penser que le complément des bataillons de chaque département sera regardé comme un devoir sacré qu'il est instant de remplir ; mais ma responsabilité et la vôtre exigent que nous nous mettions en règle à cet égard.

Le général d'armée : La Fayette.

En adressant copie de cette pièce aux administrateurs de l'Yonne, Davout, le 2 juin, raccompagnait de la lettre suivante :

Messieurs,

J'ai l'honneur de vous envoyer la copie d'une lettre que nous venons de recevoir du général La Fayette. Nous n'avions point attendu les ordres de ce général pour nous mettre en règle à cet égard, car, dès Dormans, nous vous avons envoyé cet état; nous vous en envoyons encore un nouveau, avec prière de nous envoyer le plus promptement possible la quantité d*hommes que nous vous demandons. Il est inutile de vous observer qu'il est bien essentiel que la composition de ces hommes soit sûre et bonne ; les circonstances où nous nous trouvons actuellement en font une loi. Toute la France sait quelle dangereuse influence a un poltron un jour d'affaire, Mons et Tournai ne nous l'apprennent que trop, et l'instant où nous entrerons en lice n'est pas très éloigné, suivant toutes les apparences ; et, telle chose qui arrive, je connais des personnes qui ne feront pas de déshonneur au département dont vous êtes les premiers magistrats.

J'ai l'honneur, etc.

. P, Si — Si, Messieurs, vous avez reçu offlcieUemeBi le décret qui nous porte à 800 hommes, nous vous prierons de le ipettre à exécution le plus tôt possible.

Au catnp sous Sedan, le 2 juin an IV de la liberté.

Cette lettre mit quatorze jours pour parvenir à destination, ainsi qu'en témoigne la réponse adressée le 16 juin par les Administrateurs de TYonne à M. Davodt, lieutenant colonel en second du 3^ bataillon.

Nous n'avons reçu qu'aujourd'hui, Monsieur, votre lettre du â de ce mois, à laquelle était jointe la copie de celle qui vous a été écrite par le général La Fayette, le S^ du mois dernier, relativement à la nécessité de mettre incessament au complet le 3* bataillon. — Nous sentons comme vous, Monsieur, combien les circonstances rendent importantes les mesures à prendre à ce sujet, nous n'en avons négligé aucunes pour que les 3 bataillons de ce département fussent toujours, autant qu'il était possible, au complet. Vous le verrez par les dispositions de l'arrêté que nous avons pris le 9 de ce mois, dont nous vous adressons un extrait en forme et qui a pour unique objet d'accélérer l'exécution de la loi du 6 mai dernier, qui ordonne une augmentation de 226 hommes par bataillon. Combien cette partie, confiée à nos soins, intéresse notre sollicitude 1 Nous allons suivre avec l'activité la plus soutenue l'exécution des dispositions de cet arrêté, et le 3* bataillon doit être persuadé qu'il nous trouvera toujours disposés à seconder ses vues, surtout lorsqu'elles s'accorderont autant que dans cette circonstance avec l'intérêt de la Patrie I

D'abord effecté à l'armée de La Fayette, sur la Meuse, le bataillon reçut bientôt une nouvelle destination et dut se mettre en route pour rejoindre l'armée du Nord, alors

eonAmandée par le Maréchal Lûckner. Du camp retranché sdus Sedan, le 14 juillet de Tan IV de la liberté, Davout annonce ce mouvement aux Administrateurs : « J'ai Thonneur de vous prévenir, leur écrit-il, que nous venons de recevoir des ordres de quitter le camp retranché sous Sedan pour nous porter du côté de Givet. Comme nous ne savons point positivement notre destination, je ne puis, pour le moment, vous donner plus de renseignements ; nos mouvements dépendront de ceux de l'ennemi qui parait se porter de ce côté. Nos volontaires ont appris cette heureuse nouvelle avec une grande joie. On ne peut marcher qu'avec confiance avec une troupe qui annonce de pareilles dispositions ; autant nous en avons été mécontents à Dormans, autant nous en sommes contents, depuis que nous sommes campés surtout. Je crois que la manière dont ils se sont comportés au camp est en grande partie cause de notre départ, car plusieurs bataillons restent et qui cependant étaient arrivés auparavant nous. J'aurai Thonneur, Messieurs, de vous faire savoir définitivement notre destination lorsque nous en serons plus instruits. Pour le moment nous savons que nous devons.nous acheminer du côté de Mézières, et voilà tout. »

Tandis que le bataillon, s'acheminant vers les frontières du nord, venait occuper le camp de Maulde, près Saint- Amand, l'insurrection du 40 août avait emporté le trône, le Roi était captif au Temple. L'Assemblée, résumant tous les pouvoirs pendant la sorte d'interrègne qui précédala réunion de la Convention et la proclamation de la République, .ft*était hâtée d'envoyer aux armées des commissaires cbar-

gés d'y porter la nouvelle des événements de Paris el d'y faire reconnaître son autorité.

« Je me hâte, écrivait Davout aux administrateurs, le 16 août, de vous faire part d'un événement qui s'est passé hier matin à 2 heures. Un détachement de 400 hommes était en marche pour enlever pendant la nuit un poste. Dans ce détachement se trouvaient 18 volontaires, un caporal, un sergent, un tambour et un capitaine de notre bataillon. Le détachement ayant été surpris en route, a été obligé de battre en retraite. La retraite, à cause de la nuit et des chemins coupés et inconnus à la troupe, ne s'est pas faite avec ordre ; nous avons perdu une dizaine d'hommes qui ont été tués ou faits prisonniers. Parmi ces 10 hommes, nous en avons 2 qui sont de notre bataillon : un capitaine et un tambour. Le capitaine se nomme Nicolas Pernot, du canton d'Héry, district de Saint-Florentin. Le tambour se nomme Nicolas-Xavier de Maligny, canton de Ligny, district de Saint-Florentin. L'on ne sait pas au juste leur sort; mais il paraît, d'après les renseignements que j'ai pris que le capitaine à été fait prisonnier et que le tambour a été tué. Au surplus, lorsque nous aurons des renseignements plus positifs, je vous en ferai part. — Quelques heures après cet événement, un pareil détachement de l'armée^ où se trouvaient 18 volontaires, un caporal, un sergent, un sous-lieutenant de notre bataillon, a eu un petit avantage sm* l'ennemi, à qui il a tué 7 à 8 hommes et blessé autant, et le tout sans avoir eu dans les 400 hommes du détachement, ni tué ni blessé. Ce dernier événement est venu un peu dissiper le chagrin que le premier nous avait causé, et, en atten-

^ant, nous jurons et promettons de nous en venger ou de subir le même sort que ces deux braves défenseurs de la patrie.

Nous alIonspasserdansTinstantlarevuedes trois commissaires civils de T Assemblée nationale, ce sont : MM. Bellegarde, Delmas et Dubois -Dubais. L'armée est dan^ les meilleures dispositions et est bien déterminée à prendre pour point de ralliement l'Assemblée nationale. De toutes les recrues qui nous sont annoncées, nous n'en avons encore reçu que 51 , et, pour nous mettre au grand complet, il nous en faut encore 220 à 230; nous avons tout ce qu1l faut pour les recevoir et les équiper sur le champ. »

Sous les ordres du duc dé Brunswick et sous les yeux de son roi, l'armée prussienne venait d'emporter les places de Longwy et de Verdun ; la Champagne allait être envahie. Dumouriez avait, depuis le 40 août, remplacé Lûckner à la tête de l'armée du Nord. Laissant des garnisons dans les places, il courut avec la majeure partie de ses troupes au-devant des envahisseurs; réuni à Kellermann, il arrêta à Valmy les progrès des Prussiens, et sa belle campagne de TArgonne sauva la France de lïnvasion.

Pendant ce temps, le bataillon de FYonne faisait, sous les ordres du général O'Morand, partie de la garnison de Condé. Spécialement chargé par le général d'assurer les commu^ nications entre cette ville et Valenciennes, Davout s'acquitta avec habileté et succès de cette mission.

Le 4 septembre, dans une lettre où il juge avec la sévérité qu'elles méritent ces motions et ces adresses dont l'usage malheureusement envahissait les camps, il rend

2g DAVOCT, MARÉCHAL D EMPIRE

compte d'une des rencontres qui avaient alors journefle^ lûent lieu aux avant-postes :

« Non I jamais, écrit-il aux Administrateurs, vousne verjez aucune délibération quelconque de la part de vos frères du 3* bataillon de ITonne, qui savent combien les délibérations de corps armés sont illicites, et en même temps attentatoires à la liberté et à l'égalité . Non, citoyens! vous n'avez rien à redouter de pareil de la part de vos frères qui> pendant le temps que vous prenez sous votre sauvegarde tout ce qui leur appartient, feront leurs efforts pour empê^ cher notre ennemi commun de mettre le pied sur notre territoire. Le genre de succès qu'ils ont eu dans une tentative assez sérieuse qu'ils ont faite le 1*' septembre contre notre camp, qui est regardé par les citoyens du département du Nord, à juste titre, comme leur plus ferme rempart, nous fait espérer que nos efforts ne seront pas vains. — Voici le fait : le 4" septembre, vers les midi, nous aperçûmes un corps de 6,000 hommes marcher à nous, s'arrêter à la portée du canon et nous faire une canonnade d'une centaine de coups. Plusieurs de leurs boulets sont venus rouler dans notre propre camp, et un de leurs boulets a percé une tente de nos grenadiers ; on recevait ces boulets par des cris de .Vive la Nation, la liberté eu l'égalité f Ils ont voulu s'avancer pour envelopper l'avanl-garde de l'armée. Alors nos braves et bien bons canonniers leur ont envoyé quelques boulets, qui ont fait un peu plus d'effet que les leurs, qui ne nous ont tué que 2 hommes et blessé 4 à 5, tandis qu'eux ont laissé plus de 80 hommes sur la place pour une vingtaine de coups de canon qu'on leur a tirés, et ils ont èû,

outre cela, deux de leurs pièces démontées. Ils ne se sont point rebutés; ils ont fait un mouvement pour attaquer un village où était appuyée notre droite; là, ils ne nous ont tué ni blessé personne. Malgré tout le feu qu'ils ont fait pour nous amorcer» on a fait mine d'opposer une faible résistance, ils se sont avancés d'assez près; notre canon, qui était caché, a tiré 3 ou 4 coups à mitraille et leur a étendu sur le carreau plus de 300 hommes. Ainsi, dans deux heures de temps, ils ont perdu près de 400 hommes et ils en ont eu autant de blessés. Ce sont les habitants de la campagne et leurs déserteurs qui nous ont affirmé cette perte. »

Dumouriez, après avoir délivré la France de Tinvasion prussienne, revenait vers les Pays-Bas. La seule approche de son armée avait fait lever le siège de Lille au duc de Saxe Teschen et permis aux garnisons de nos places de passer à leur tour de la défensive à l'offensive . Tandis que le général en chef se préparait à marcher vers Jemmapes, où, le 6 novembre, il allait remporter une victoire complète sur Tarmée autrichienne, le général O'Morand se porta, avec la garnison de Condé, sur l'ermitage du mont Péruwelz, qu'occupait l'ennemi. Cette entreprise eut un plein succès; le chef de bataillon Davout, qui commandait la colonne du centre, s'y fit particulièrement remarquer.

Une lettre, du 12 décembre, Tan IV de la liberté (1792), certifiée véritable par Davout et signée de lui, relate un trait de courage d'un des volontaires du bataillon, au jour de cette affaire :

Le 24 octobre dernier, dans Vaffaire qui eut lieu près. de

Condé, un détachement du 3* bataillon de l'Yonne, sous la conduite d'un des lieutenants-colonels (Louis Davout), fut chargé de s'emparer du poste du château de THermitager occupé par une centaine d'ennemis. On s'acquitta avec succès de cette commission. Les Autrichiens furent battus et dissipés. L'exp'édition étant finie, on s'occupa d'envoyer différentes patrouilles dans les bois, afin de détruire et faire prisonniers les fuyards. Une patrouille de 30 volontaires se met en marche, fusillant çà et là ceux qu'ils rencontrent; l'un d'eux, dans l'ardeur de la poursuite, s'écarte de ses camarades^ il aperçoit à quelque (listance un ennemi. Il commençait à charger son fusil, lorsque tout au proche il en aperçoit une dizaine d'autres qui venaient directement sur lui. Se montrer à eux eût été imprudent; en conséquence, il se glisse habilement derrière une touffe de bois où il se tapit de son mieux, sans faire aucun mouvement. L'ennemi passe sans rien découvrir. Notre homme alors sort de son réduit et se met en devoir de charger son fusil ^ besogne que le danger d'être découvert ne lui avait pas permis d'achever, mais alors que voit-il? Un Autrichien qui, s'étant également écarté de sa troupe, se livrait aussi à la môme occupation. L'aller surprendre par derrière et le tuer d'un coup de baïonnette était chose facile, mais notre brave soldat est plus généreux^ il veut lui laisser la vie et le faire prisonnier; il s'avance donc sans bruit^ le saisit hardiment au collet et le somme de se rendre. Par cette manœuvre, il s'était ôté un grand avantage, car ainsi serré contre son ennemi il ne pouvait plus se servir de son arme. Celui-ci, qui s'en aperçoit, se défend et veut lui-même faire prisonnier le Français, qui, bien entendu, n'y consent pas. Ils se prennent au corps, se poussent, se pressent, se renversent. L'Autrichien accable par sa masse le volontaire et, les deux pieds sur sa poitrine, d'une main il lui serre la gorge, de l'autre il saisit le bout de son fusil, cherchant à en détacher la baïonnette pour le percer. Le danger était imminent, le courage et le sang-froid n'abandonnent pas le volontaire. Il porte sa main dans son g^ousaet, en tire un cou*

ieau, rouvre avec ses dents, le plonge dans le sein de son adversaire et le renverse, il redouble le coup, prend ses armes et, chargé des dépouilles du vaincu qu'il a laissé sur le champ de bataille, il vient faire part de sa victoire à ses camarades. -^L'Autrichien n'était pas entièrement mort, il futramassé par d'autres volontaires, qui le portèrent à l'hôpital. Etant revenu à lui, il a raconté l'histoire telle qu'elle est ici écrite et que son vainqueur l'avait lui-même racontée. — Le nom de ce volontaire est François Jacquesson * de Danemoine, proche Tonnerre, département de l'Yonne, et recru depuis deux mois au 3« bataillon.

Certifié véritable : Louis Davout.

La conquête de la Belgique tout entière avait été le ^ résultat de la victoire de Jemmapes. De Malines, le 19 novembre Tan T' de la République, Davout fait ainsi part à l'Administration de l'Yonne des rapides progrès de l'armée française : « Je me hâte de vous apprendre que le citoyen Xavier Colin, tambour de la 6** compagnie, dont je vous avais annoncé la mort, est plein de santé, et au lieu d'avoir été tué par les ennemis, avait été fait prisonnier par eux. Il était dans la prîsoo de Bruxelles, avec 5 ou 600 autres Français, lorsque nous sommes entrés dans cette ville, et on l'a rendu à la liberté, à sa patrie et à son bataillon. Ignorant la demeure de ses parents, je vous prierai de leur faire parvenir cette heureuse nouvelle le plus tôt possible. A l'égard du citoyen Pernot, il n'est que trop vrai qu'il a

i. Aa départ ppur l'expédition d'Egypte, en passante Malle, Davout y trouva un compatriote qui y résidait comme frère servant, Jacquesson de Vauvignol. (Était-ce un parent du volontaire?) Davout n'avait que peu d'argent; Jacquesson lui avança 2,400 francs. La reconnaissance et la protection de Davout lui valurent, plus tard, une inspection importante dans la poste aux chevaux.

3ft DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE

été lue tout à côté du tambour. — Il y a déjà un certain temps, citoyens, que j'ai cessé toute correspondance avec vous, mais je vous prie de croire qu'il m'a été impossible de le faire, car depuis cette époque j'ai été continueHement, soit avec une partie du bataillon, soit avec tout le bataillon en détachement dans les bois, et en routes dans les boues, avec d'autant plus de besogne que je suis seul, mon collègue étant malade et hors d'état de soutenir les fatigues de la campagne. — Gand, Bruxelles, Malines, Tournai, Mons, Ath, Namur et tout le territoire sont en notre pouvoir. Suivant toute apparence nous serons demain à Louvain. Il ne nous restera plus qu'Anvers à prendre qui a une forte citadelle. La colonne, où est notre bataillon, marche demain sur Anvers, où ils ont une petite armée. Suivant toute apparence, il y aura une affaire chaude, et je ne crois pas m'avancer en vous affirmant que, si le bataillon donne, il s'en tirera avec honneur. Diverses petites affaires, où il s'est trouvé seul, me donnent cette idée; entre autres la dernière où il fallait chasser d'un poste assez fqrt l'ennemi, qui était au nombre de 400 à 120 hommes. Il fallait, dis-je, chasser cette force avec 300 hommes, mais nous étions entre trois postes ennemis, dont le moindre était aussi fort en hommes que nous. Arrivés dans le plus grand silence au poste, nous recevons des coups de feu qui n'ont fait qu'accélérer notre marche, car au lieu de conserver le pas accéléré, nous avons pris le pas de course ; ce qui a si fort intimidé l'ennemi, qu'il a pris sur le champ le pas de fuite. Nous avons fait quelques prisonniers, tué un certain nombre et déterminé la retraite des autres postes, qui étaient attaqués, mais à la vérité avec peu de succès... »

Après avoir fait prendre leurs quartiers d'hiver à ses troupes victorieuses, Dumouriez, qui s'était rendu à Paris pendant le procès du Roi, vint rejoindre son armée dans les derniers jours de janvier (1793). La République ayant déclaré la guerre au Stadthouder, Tarmée française envahit la Hollande et y fit d'abord de rapides progrès. Malheureusement, nos revers en Allemagne mettant la Belgique à découvert, y rappelèrent Dumouriez. Le 18 mars, celui-ci livra au prince de Cobourg la sanglante bataille de Neerwinden ; les volontaires de l'Yonne y prirent part et Davout s'y fit distinguer de ses chefs. Victorieuse au centre et vers la droite, l'armée française échoua complètement sur sa gauche, dut abandonner le champ de bataille et se replier sur Louvain.

C'est de ce moment que datent les premières relations de Dumouriez avec l'ennemi ; ses projets contre la Convention remontaient plus loin, il les avait conçus lors de son dernier séjour k Paris. Il comptait alors vaincre la coalition et marcher ensuite sur Paris à la tête de son armée victorieuse. L'échec de Neerwinden le forçant à renoncer à cette espérance, il résolut de tenter avec le concours de l'ennemi ce qu'il ne pouvait plus attendre de la victoire. Dès le 22 mars, le général français était, par l'entremise du général Mack, entré en pourparlers avec le prince de Cobourg; il fut convenu entre eux que Bruxelles serait évacuée et qae l'armée autrichienne n'attaquerait pas les Français. Le 29, Dumouriez envoya une partie de son armée au camp de Maulde et, le 30, il conduisit le reste de ses troupes à Saint-Amand, se rapprochant ainsi de Condé, qu'il devait livrer aux Autrichiens.

3i DAVOUT, MARÉCHAL D EMPIRE

Quelque secrètes qu'eussent été les démarches de Dumouriez, les soupçons de la Convention avaient été éveillés; il fut décrété d*accusation, mandé à la barre de l'Assemblée et quatre commissaires, dont le ministre delà Guerre Beurnonville, furent envoyés à l'armée. Prévenant son arrestation par la leur, Dumouriez les fit saisir et livrer aux Autrichiens. Cependant des représentants du peuple, en mission à Lille, poussèrent jusqu'à Valencienne et de là firent connaître à l'armée le décret contre Dumouriez.

Levant alors le masque celui-ci, par un ordre du jour^ déclara aux troupes qu'il allait marcher avec elles sur Paris, tandis que l'armée autrichienne garderaiC nos frontières. Dans l'armée l'indignation fut extrême ; les officiers des volontaires chargèrent Davout d'aller à Valenciennes s'aboucher avec les représentants. Mais ce fut en vain qu'il observa aux députés l'exaspération des troupes, qu'il les conjura de venir au camp donner au mouvement qui se dessinait l'appui de leur présence et l'autorité de leur caractère ; craignant de subir le sort des commissaires, ils opposèrent un lâche refus aux ardentes sollicitations du jeune officier. Ainsi éconduit, Davout ne se découragea pas; rentrant au camp il réunit ses camarades et après leur avoir fait part de la prudente réserve des représentants, il s'offrit pour faire avec les volontaires la besogne à laquelle ils s'étaient soustraits.

Le 4 avril de grand matin, il fit prendre les armes à son bataillon et le porta à l'intersection des routes de Saint- Amand et de Condé, où il savait que Dumouriez devait passer. Celui-ci en effet ne tarda pas à paraître, entouré d'un état-major dans lequel se trouvait le Duc de Chartres;

fattitude du bataillon ne lui laissa aucun doute sur les ititentiôns dont il était animé. Ne voyant de salut que dans la fuite, il s'élança au galop dans la direction de TEscaut, avec ceux qui l'accompagnaient, poursuivis par Davout et ses volontaires. Un moment ceux-ci crurent qu'ils allaient saisir le général ; eh effet, le cheval de Dumouriez avait refusé un fossé, mais il s'élança sur un cheval de main du Duc de Chartres et la troupe fugitive parvint à passer TEscaul, non sans avoit entendu siffler les balles des volontaires. Ceux-ci du moins ramenèrent au camp les chevaux et un secrétaire du général qui était tombé entre leurs mains.

C'est le 2 juin seulement, du camp sous Cambrai, que Davout informe de ces faits les administrateurs de l'Yonne :

« J'ai à me justifier auprès de mes concitoyens, écrit-il, d'un long silence, et de ne leur avoir surtout donné ^ncore aucun détail sur un événement qui honorera à jamais le 3* bataillon de l'Yonne; je veux parler de la poursuite que nous avons faite au scélérat Dumouriez et qui nous a valu un décret honorable de la Convention et une lettre de félicitations du département de l'Yonne. Tous les volontaires ont eu connaissance de toutes ces pièces, et il m'est impossible de dire leur joie en voyant les marques d'estime que leur donnaient à l'envi leurs concitoyens. Ils m'avaient même prié d'y répondre en leur nom ; mais, malgré le désir que j'en avais personnellement, je n'ai pu en trouver le temps, et cela ne vous étonnera pas, lorsque vous saurez que nous avons été constamment d'avant-garde jusqu'à ces jours derniers, que pour nous faire reposer on nous a fait

rentrer au corps de l'armée campée près de Cambray. Alors seulement il m'a été possible de remplir le désir de mes braves frères d'armes.

« Un autre motif m'a empêché de vous donner des détails sur la fusillade de Dumouriez, le voici : c'est que j'eusse été obligé de blâmer la conduite de quelques individus, qui ont fait manquer en partie le projet que j'avais conçu pour sauver la République de la crise où la jetaient les trahisons de ce monstre. La vérité m'eût forcé de dire que si on n'avait pas ralenti l'ardeur des volontaires, si on n'avait pas crié : « En retraite ! » nous tenions Dumouriez^; son cheval avait été blessé sous lui, H chevaux de sa suite étaient pris, l'Escaut était là qui lui fermait toute retraite ; nous étions sur le point de le joindre, puisque nos baUes l'atteignaient, et c'est ce moment que Ton a choisi pour crier : « En retraite! » Les volontaires, ignorant ce qui se passait derrière eux n'ont pu faire autrement que d'ob^r à cet ordre, et Dumouriez nous a échappé.

« J'en ai déjà dit plus que je ne voulais sur cette affaire, je laisse à ceux qui le voudront, au conseil d'administration s'il le désire, à instruire nos concitoyens de ceux qui, dans cette occasion, et dans bien d'autres, ont bien mérité ou démérité de la Patrie. Moi, je vous dirai que le bataillon est républicain, brave et intrépide au feu; surtout depuis quelque temps, il y règne une discipline sévère et répubHcaine, qui parait vouloir s'établir dans toute l'armée âep«îs l'arrivée de Custine. Si l'on pouvait répondre de quelqu'un, je me rendrais caution delà loyauté de Custine; je le crois républicain, il a de grands talents militaires, qui pourront être d'une grande utilité à la cause de la liberté. ~ Nous

sommes maintenant occupés à débrouiller les finances du bataillon, qu'une administration illégale, de six semaines seulement a plongées dans un chaos qui, forsqu'il sera débrouillé, mettra au grand jour le brigandage; et, suivant toute apparence, quelques individus, qui se sont^ justement acquis la réputation de lâches,* pourront fort bien aussi mériter celle de fripons, ces deux qualités coïncidant parfaitement. »

En récompense de sa conduite, Davout, le 1*' mai 1793, avait été nommé chef de brigade, adjudant général provisoire, avec le commandement du 2^ bataillon du 104' régiment d'infanterie, du 3' bataillon de l'Aube et du 3* bataillon de l'Yonne. C'est en celte qualité qu'il pril part au combat du camp de Famars et à ceux que l'armée eut à soutenir dans sa retraite vers Cambrai ; la demi-brigade de Davout, sous les ordres du général Kilmaine, fut constamment aux avant-postes.

La dernière lettre que Davout ait adressée de l'armée du Nord aux administrateurs de l'Yonne, est datée de Cambrai, 12 juin : « Citoyens administrateurs, écrit-il, en attendant que le conseil d'administration du 3® bataillon de l'Yonne vous fasse connaître les traits d'héroïsme et de courage qui sont particuliers à plusieurs volontaires, je vous ferai part d'un trait de bienfaisance et d'humanité auquel tout le bataillon a participé, et. qui est bien propre à lui concilier l'estime de tous les amis de l'humanité. Dernièrement, un vHlage, tout près de l'endroit où nous sommes campés, a été incendié en partie. Plusieurs volontaires du bataillon ont été témoins de tout le désespoir, des malheurs et de

tous ces tableaux horribles que présentent les suites d'un incendie, lorsque surtout les citoyens en sont les malheureuses victimes* Le cœur navré de chagrin, ils se sont hâtés de venir en faire part à leurs camarades* Il a été résolu spontanément de faire une quête en faveur des citoyens les. plus indigents, qui avaient été les victimes de cet incendie. Cette quête a produit la somme de 1,277 francs. Pour vous mettre à même de juger du prix de ce don, je vous observerai que nous ne sommes pas plus de 300 hommes. Plusieurs bataillons, le double plus nombreux, ont donné le plus 400 francs. Aussi, je vous le dis franchement, c'est avec les plus grands sacrifices de la part de ceux qui composent le bataillon, que cette somme a été formée; plusieurs ont donné ce qu'ils avaient et n'exprimaient qu'un regret, celui de n'avoir pas davantage. Il serait impossible de vous exprimer les divers sentiments qui présidèrent à ces dons, un républicain les ressent plus facilement qu'il ne les rend. Les volontaires qui ont fait ces sacrifices sont cependant dénués d'habillements ; mais en revanche ils sont remplis du plus pur patriotisme, du républicanisme le plus énergique, et jamais cette espèce d'hommes-là ne seront les partisans d'une faction qui a été heureusement terrassée le 31 mai. Puissent les patriotes ne jamais la laisser relever! »

Pendant que ces événements se déroulaienli dans le nord de la France, dans l'ouest l'insurrection vendéenne faisait chaque jour d'effrayants progrès et il devenait indispensable d'y envoyer des renforts aux troupes républicaines; l'armée du Nord y fournit son contingent. Davout, nommé le 8 juillet chef de brigade adjudant général, fut affecté à

rarmée des côtes de TOcéan et rejoignit rarnoée la veille même du combat de Yihiers. L'inexpérience et la présomption de. Santerre assurèrent la victoire à Tannée royale ; mais Davout, à la tête d'un faible corps de cavalerie, sut par sa ferme contenance ralentir la poursuite des Vendéens et permit ainsi à l'armée vaincue de mettre un certain ordre dans sa retraite. A quelques jours de là, envoyé à Niort avec Tadjudant général Marceau pour y conduire des renforts au général Tuncq, il y reçut le brevet qui lui conférait le grade de général de division et TafTectait de nouveau à Tarmée du Nord.

A son passage à Paris, Davout apprit que le commande* ment du camp de la Madeleine, sous Lille, lui était destiné. Loin d'être ébloui de l'honneur d'un pareil commandement, avec son juste et précoce bon sens, il en embrassa de suite les responsabilités et jugea son expérience au-dessous de la tâche. D'ailleurs, à ce moment même, la Convention était saisie d'une proposition de loi tendant à expulser tous les ci-devant nobles de l'armée. Sans en attendre la promulgation, Davout, le 29 août, adressa sa démission à Bouchotte, le ministre de la guerre.

« Citoyen ministre, lui écrivit-il, le conseil exécutif provisoire, par un arrêté pris dans le courant de juillet de cette année, m'ayant nommé général de division auprès de l'armée du Nord, je déclare que je ne puis accepter cette place parce que j'ai été noble. Je donne par la même raison ma démission d'adjudant général chef de brigade, à laquelle j'avais été promu par les représentants du peuple, près l'armée des côtes de La Rochelle, étant chef du 3"^ bataillon de l'Yonne,

40 DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPffiE

qui était à Tannée du Nord. Je vous prierai, citoyen, de me donner un reçu du contenu de la présente lettre. »

La réponse du ministre est du 31 août : « J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 29 par laquelle vous déclarez que vous m pouvez accepter le grade de général de division, auquel le conseil exécutif provisoire vous avait nommé, parce que vous avez été noble. Vous donnez par la même raison votre démission de la place d'adjudant général chef de brigade, à l'armée des côtes de La Rochelle, à laquelle vous avez été promu par les représentants du Peuple près Tarmée du Nord, étant chef de bataillon au 3* de l'Yonne. La manière distinguée dont vous vous êtes conduit dans ce bataillon, le républicanisme et l'énergie que vous y ayez développés contre le traître Dumouriez, qui n'a échappé que par hasard au teu que vous avez fait faire sur lui ; tout nous faisait espérer que vous pouviez rendre de bons services à la Patrie dans ce moment. Mais vous avez pensé que l'opinion générale et le vœu des sociétés populaires, fortement prononcées pour l'exclusion des ci-devant nobles des premières fonctions militaires, ne vous permettaient pas quant à présent d'aspirer dans l'armée au degré de confiance nécessaire pour y être aussi utile que vous le désirez. Je me rends avec beaucoup de regrets à la résolution que vous avez prise de vous retirer chez vous, en applaudissant à votre projet de vous y livrer à l'élude militaire et à la pratique des vertus civiques, jusqu'à ce que le souvenir de votre origine ne soit plus un obstacle à la confiance publique, qui vous est due personnellement à tant de titres. »

Ainsi qu'il en avait fait prévenir le ministre par son ami,

ie général Pille, Tancien commandant du 1" bataillon de la Côle-d'Or, Davout se retira à Ravières, où il se trouvait à la distance des armées, des frontières et de Paris que la nouvelle loi assignait aux anciens nobles. Le repos qu'il y goûtait et dont il occupait les loisirs par Tétude des écrivains militaires, de Polybe surtout qu'il affectionnait particulièrement, ne fut pas de longue durée. - A peine était-il depuis quelques mois à Ravières, qu'un agent municipal, accompagné de gendarmes, se présenta au château, porteur d'un mandat d'arrestation contre sa mère. Aussitôt les scellés apposés, on fit monter Madame Davout dans une voiture pour la .conduire à Auxerre ; son fils obtint la faveur de raccompagner. A Tonnerre, où l'on s'arrêta pour coucher, Davout parvint à apprendre le motif de celte arrestation ; sa mère avait été dénoncée comme entretenant avec des émigrés une correspondance suspecte. De fait, pour conserver partie de leurs biens à des amis émigrés (de la famille de La Rochefoucauld), elle s'était prêtée à une vente fictive et les pièces de cette affaire se trouvaient dans son secrétaire. Cette correspondance aux mains de l'accusateur public , c'était la mort pour elle ; il n'y avait pas un moment à perdre pour la sauver.

Trouvant moyen de sortir sans être vu de l'auberge de Tonnerre, Davout gagna à pied Ravières; il éveilla sa sœur en frappant à sa fenêtre et pénétra ainsi dans la maison, sans qu'aucun des serviteurs put se douter de sa présence. Adroitement, il fit sauter une planche de derrière du secrétaire, il y trouva les papiers compromettants, les brûla, replaça la planche et regagna Tonnerre sans que son absence y eut été soupçonnée. Le lendemain il accompagna

sa mère à Âuxerre, où, quelques jours plus tard, elle comparut devant le tribunal révolutionnaire. Mais, à la stupéfaction de Taccusateur public, la levée des scellés n'avait pas fourni les preuves qu'il en attendait, aucune charge n'étant relevée contre l'accusée, elle fut acquittée. Elle aurait dû être aussitôt remise en liberté, mais sa qualité de ci-devant, les relations qu'on lui supposait avec les émigrés la firent retenir comme suspecte. Son fils partagea sa captivité de plus de trois mois ; il fallut le 9 thermidor pour les rendre à la liberté.

Pendant qu'avec des chances diverses les armées de la République combattaient sur nos frontières, les loisirs forcés de Raviëres pesaient lourdement au patriotisme de Davout, à son ardent amour de la chose militaire. Aussi, à peine eut-il recouvré sa liberté, qu'il s'empressa de solliciter sa réintégration dans l'armée. Grâce aux protections qu'il avait su se ménager auprès des membres du gouvernement et à l'appui de Turreau, qui venait d'être envoyé comme représentant du peuple à l'armée des Alpes, ses démarches furent couronnées de succès. Le brevet qui le rappelle à l'activité avec le grade de général de brigade, près l'armée des côtes de Brest, est du cinquième jour complémentaire de l'an II (21 septembre 1794).

Plusieurs jours s'étant écoulés sans lui apporter ni un ordre, ni même la confirmation officielle d'une nouvelle, qu'il ne connaissait encore que par ses amis, Davout, le 10 vendémiaire, an 111(2 octobre 1794), s'était adressé à son ami Pille, alors commissaire des mouvements de l'armée de terre, au ministère de la guerre :

« Mon cher camarade, écrivait-il, je vais te hasarder une lettre, malgré tes occupations,* à l'effet de te rappeler celte que Turreau t'a écrite il y a quelques jours et que l'on a dû te remettre.

«( Ce représentant te mandait son étonnement de voir que, malgré ce que Carnot lui avait dît, j'étais encore dans mes foyers : il te priait de vouloir bien faire ton possible pour faire disparaître les longueurs, et de communiquer, à cet effet, la lettre qu'il t'écrivait à quelques membres du Comité de Salut public.

a Eh bien ! mon ami, aucune lettre d'avis, ni d'ordre ne m'est encore parvenue. Seulement, un de mes amis de Paris m'a confirmé ce que Turreau m'avait assuré : je veux dire que j'étais destiné pour l'armée des côtes de TOuest»

« Voilà tout ce que j'en sais, les délais que j'éprouve font que je n'ose pas croire à ce bonheur, je crains même d'être obligé de végéter encore longtemps. Je mets ma plus grande espérance dans un homme qui a été à portée de me connaître, qui a vu ma conduite et mes principes dans plusieurs crises de la Révolution, qui sait qu'il ne serait pas facile de trouver un citoyen plus dévoué à la cause de la liberté et de l'égalité, oui, plus franchement dévoué. Cet homme qui me connaît, c'est toi ; je te remets mes intérêts, et j'ose assez compter sur ton amitié et ton ardent républicanisme pour être persuadé que je ne tarderai pas à être rappelé. Je ne suis ni intrigant, ni n'aime l'intrigue; aussi, si mes amis qui me connaissent ne me servent point, je cours grand risque de rester dans mes foyers. Je dois te dire que j'ai mis à profit, le mieux qu'il m'a été possible, l'année que j'ai déjà passée dans l'inactivité; ne poavtDl

me livrer à la pratique militaire, je me suis adonné à la théorie.

« Adieu mon ami; pour que tu puisses mè lire, je vais terminer, mais songe qu'on laisse dans Toubli celui qui a fait fusiller Dumouriez. Il est vrai qu'il n'y a guère que ceux qui étaient sur les lieux qui connaissent cette particularité : toi, tu y étîaiis, tu sais combien la crise était violente.

« On me laisse ici, sous le prétexteque j'ai été ci-devant, mais obser\^e que depuis le commencement de la Révolution, sans aucun décret, j'ai abjuré ces sottises, à l'âge de dix-neuf ans; j*ai remis une pension de 200 livres * que Ton m'avait donnée comme cadet gentilhomme. Observe que Maman , bien loin d'être en possession de droits féodaux nulle part, y était soumise au contraire à Ravières, ainsi que tout le reste des habitants; elle était tenue d'aller au moulin et au four banal. Mais au reste qu'importe tout cela ! Que l'on regarde mes principes et ma conduite depuis la Révolution, dans les archives de l'hôtel de la Guerre. On y trouvera la lettre de cachet que mon ardent patriotisme, alors, m'a attirée. Mais j'allais entrer dans des détails trop longs. Adieu, mon cher camarade, crois que partout où je serai, je te porterai estime et amitié. Salut et fraternité. »

De son côté, Turreau n'était pas resté inactif et pour hâter l'exécution des promesses qu'il avait obtenues avant son départ, il avait de l'armée des Alpes, écrit la lettre suir vaote :

1 . Cette pension fignre sur les contrôles de Royal Champagne, k Tarticfe « Gff&cdS, » à la date da 14 orars 1189.

46 DAVOUT, MARÉCHAL D^MPIRE

Au citoyen Pille, commissaire des mouvements de Tarmée de terre.

Maison de la Guerre, rue Grange-Batelière, près des Italiens. Le 20 vendëmiaire, an III de la République. Tu te rappelles sans doute, Citoyen, qu'avant mon départ pour Tarmée d'Italie, je t'ai entretenu du citoyen Davout, ancien lieutenant-colonel du 3"" bataillon de l'Yonne, et ton camarade à l'armée du Nord. Camot, à qui j'ai remis les notes les plus avantageuses sur son compte, m'a dit qu'il était au nombre des citoyens mis en réquisition, et que son intention était de l'employer à l'armée des côtes de Cherbourg. Ne perds pas un instant à rappeler à Camot cette aflaire, qu'il m'a assuré être terminée. — Sous tous les rapports, Davout, que tu connais, a des droits acquis à l'honneur de la réquisition. Ses droits sont révolutionnaires, et tant qu'il y aura un cidevant noble dans les armées, celui-ci qui n*a eu que le malheur de la naissance sans avoir jamais exercé les droits iniques qu'elle assurait, qui en était au contraire la victime, ne doit pas être condamné à une inactivité nuisible à la chose publique qu'il peut défendre et injuste pour lui. Si Camot n'a point encore assuré sa destination, dis lui que la seule crainte de Davout serait d'être employé à une armée où il n'aurait pas une grande activité. — Je crois avoir oublié, dans les notes que j'ai remises sur son compte, sa demeure, la voici : Davout, à Raviôres, par Ancy-le-Franc, département de l'Yonne. — Je n'ai pas besoin d'exciter davantage ta sollicitude sur une affaire qui, je le répète, tient beaucoup plus à l'intérêt de la République, quà celui de Tindividu. Vois Carnot, vois Delmas; ce dernier connaît particulièrement Davout. Communique leur ma lettre, et fais avec eux disparaître toutes les longueurs qui pourraient exister.

Je t'embrasse et te salue fraternellement,

TURREAUt

Représentant du peuple près les armées des Alpes et de lltalie.

Le brevet, si impatiemment attendu, s'était croisé avec ces lettres et avait apporté à Davout sa nomination à Farmée des côtes de Brest. Ce qu'il avait vu de la guerre civile, pendant son court passage en Vendée, lui faisait ardemment désirer d'être plutôt employé aux frontières, aussi, comme ancien officier de cavalerie, soUicita-t-il d'être envoyé à Tarmée de la Moselle, où cette arme était beaucoup plus nombreuse. Il fut fait droit à sa demande, ainsi qu'en témoigne le rapport suivant :

22 vendémiaire an III.

Rapport au Comité de "salut public.

Le général de brigade Davout, ci-devant employé à Tarmée de rOuest, qui vient de recevoir Tordre de passer en ce grade à celle des côtes de Brest, conformément à Tarrété du Comité de salut public du premier jour des Sans-Culotides, représente qu'ayant précédemment servi dans Tarme de la cavalerie, et que cette arme étant beaucoup plus nombreuse dans Tarmée de la Moselle, il pense qu'il y serait infiniment plus utile qu'aux côtes de Brest» le service des troupes à cheval lui étant plus familier que celui de Tinfanterie. C'est uniquement d'après ces considérations qu'il demande son changement.

Observations

Il existe à l'armée de la Moselle neuf généraux de division, et il n'y a, compris le chef d'état major, que dix-sept généraux de brigade, ce qui parait nécessiter une augmentation de deux officiers généraux de ce dernier grade. La force de cette armée le nécessite aussi.

D'après cela le commissaire pense que le Comité peut donner de nouveaux ordres à l'eflet de faire passer à l'armée de la Moselle le général de brigade Davout, destiné pour celle des côtes de Brest.

Le commissaire : L.-A. Pille.

En conséquence, Davout, fut définitivement affecté à Tarmée de la Moselle qui sous les ordres du général Moreaux, allait entreprendre le blocus de Luxeibbourg.

Le 2 novembre 1794, la prise du fort de Rheinfels avait rendu Tarmée française maîtresse de la rive gauche du Rhin, sauf les deux places de Luxembourg et de Mayence que les Impériaux tenaient encore. Tandis que Moreaux, avec l'armée de la Moselle, recevait Tordre de se diriger sur Luxembourg, Michaud, avec Farmée du Rhin devait investir Mayence. La République attachait à la conquête de Luxembourg d'autant plus de prix que cette place, outre qu'elle était réputée une des plus fortes de l'Europe, était à la fois le dépôt des armées autrichiennes et la base de leurs opérations sur celte frontière.

Le 21 novembre, Davout se trouvait avec le général Debrun quand celui-ci fit attaquer les retranchements que l'ennemi avait élevés à Grûnwald. L'élan des Français fut tel que les Autrichiens, malgré les avantages' de. la position leur abandonnèrent avec leurs retranchements, 4 pièces de canon et de nombreux prisonniers, et qu'ils ne purent se rallier que sous le canon de Luxembourg. Le général Moreaux, qui arriva le lendemain de celte affaire, profita de Teffet qu'elle avait produit sur les défenseurs de Luxembourg, pour former aussitôt le blocus de la place, en ayant soin de placer ses troupes hors de la portée des 500 bouches à feu qui la défendaient.

L'armée autrichienne était sous les ordres du feld-maréchal Bender; les sorties qu'elle tenta contre les lignes françaises échouèrent successivement et de jour en jour la place fut plus étroitement resserrée. Mais, si l'ennemi

avait en provisions de guerre et de bouché d'abondantes ressources, il était loin d'en être de même au camp français, et, pendant ces mois d'un hiver exceptionnellement rigoureux, on se fait difficilement idée des privations et des souffrances que dût supporter Tarmée assiégeante. Moreaux lui-même en fut une dés victimes, il succomba au commèncenient de février et le général Ambert le remplaça dans son commandement.

A une réunion chez ce général, Da vont lui entend dire que le seul moulin d'Eich , situé dans la ville basse à Tintérieur des ouvrages, est maintenant laissé à la disposition de la population et que, s'il pouvait être détruit, là famine ne manquerait pas de déterminer rapidement la reddition de la place. Il se propose, si le général Vy autorise, pour aller l'incendier, son offre est aussitôt acceptée.

Le 4 mars, vers minuit, par un brouillard qui rend la nuit plus sombre encore, Davout se met en marche avec la compagnie de grenadiers du 1" bataillon des Vosges, aux ordres du capitaine Mercier. Un déserteur Joseph Gund, de Detwiller, dirige la petite troupe vers une brèche qui donne accès au chemin couvert. Gund, le capitaine Mercier, Tadjudarit Delru, Davout y sautent les premiers et reçoivent les fusils des grenadiers qui y descendent à leur tour. Dans un profond silence on approche du moulin; tandis que Davout avec le reste de la troupe forme la réserve, le capitaine et 16 grenadiers suivent le déserteur. La sentinelle tuée par Gund, les grenadiers se précipitent dans le poste et surprennent d'abord les Autrichiens. Ceux-ci sautent sur leurs armes et repoussent les agrès* seurs, Davout accourt pour soutenir les siens. Recon-

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