L. Davout
Paris, ce 21 messidor, an VIH.
Chemin faisant, il s'arrêtait à Dijon pour y passer la revue des dépôts des régiments de cavalerie de l'armée d'Italie et faire diriger sur cette armée tout ce qui se trouvait disponible.
La bataille de Marengo avait été suivie de l'armistice
conclu à Atexanctrie et le 28 juillet le comte de Saint-Julien, muni des pouvoirs de Tempereur d'Allemagne avait signé à Paris des préliminaires de paix que son souverain ne voulut pas ratifier. Pendant que de nouvelles propositions étaient faites par la Cour de Vienne, le général Bellegarde remplaçait Mêlas à la tête de l'armée autrichienne en Italie et Tarmistice prolongé de quarante-cinq jours, à compter du 20 septembre était rendu commun à cette armée. — Tout annonçait une paix prochaine, le comte de Cobenzel, plénipotentiaire d'Autriche et Joseph Bonaparte s'étant rencontrés le 9 novembre à Lunéville pour y ouvrir un congrès.
En quittant l'armée le Premier Consul Tavait confiée à Masséna, mais celui-ci dont la santé avait été fort éprouvée par les fatigues du siège de Gênes demanda, avant la reprise des hostilités, à être relevé de ces fonctions. Bonaparte remit alors le commandement en chef au général Brune sous les ordres duquel Dupont commandait la droite, Suchet le centre et Moncey la gauche de Tarmée. Le général Davout devait avoir sous ses ordres toute la cavalerie. Le général Macdonald, commandant un corps que Ton appela Tarmée des Grisons, devait en s'avançant par les sommets du Tyrol manœuvrer pour appuyer la gauche de l'armée d'Italie. Bellegarde, le nouveau commandant des forces autrichiennes, avait sous ses ordres une armée de 80,000 hommes environ, concentrés dans les environs de Ferrare et de Mantoue ; Tarmée française n'en comptait guère plus de 60,000.
Entre les deux armées françaises d'Italie et du Rhin régnait depuis longtemps une jali»usie déclarée; Davout, général de l'armée du Rhin, devait en faire l'expérience à
son arrivée à l'armée d'Italie. Sa réputation naissante, la faveur dont il jouissait auprt^s du Premier Consul, le désignaient aux critiques jalouses de ses nouveaux compagnons d'armes. Son calme imperturbable, son sang-froid, sa fermeté en imposèrent aux plus malveillants ; en peu de jours, il sut se faire accepter de tous, comme il devait bientôt s'en faire apprécier. Dans une lettre à Bonaparte, Dayout nous donne lui même d'intéressants détails sur ses débuts à l'armée d'Italie :
Milan, 13 thermidor, an VIII, (i*"^ août 18Q0).
Mon Général, j'ai Thonneur de vous rendre compte que votre arrêté qui me donne le commandement de la cavalerie de Tarmée d'Italie n'a eu son exécution qu'en partie. L'intention primitive du général Masséna a été de Texécuter, maia le général Laboissière, qui avait déjà ce commandement, a représenté qu'il était très ancien général de division : mon intention n'étant pas de faire tort à qui que ce soit, je saute tout détail. Le général Masséna m'a donné le commandement de toute la cavalerie- lorsqu'elle serait en ligne, et hors cette circonstance, il commandera et correspondra directement avec le général Laboissière, qui a sous ses ordres la grosse cavalerie qui fait la réserve de l'armée. Par ce tempérament, votre arrêté paraissant être reconnu, j'ai cru devoir m'y conformer. J'avais rejeté toute proposition qui me paraissait s'éloigner de l'exécution de vos ordres, auxquels j'attacbais plus d'importance qu'au commandement lui-môme.
On m'a représenté ici comme ne connaissant que l'infanterie: j'ai dédaigné des explications, j'ai seulement répondu que si je n'avais pas les talents nécessaires pour le commandement de la cavalerie, la jalousie en aurait d'autant pluî^ de prise sur moi.
J'ai la plus forte envie, mon Général, de mériter toute votre
estime et votre confiance, et de vous donner des preuves de mon entier dévouement ; j*ajouterai à cela le désir que je vous ai souvent témoigné de faire la guerre sous vos yeux; si elle a lieu.
Jablonowski est employé sous mes ordres ; indépendamment de Tintérét que je lui porte comme ancien camarade, il s*y mêle encore d^autres motifs. Un je ne sais quoi m*attaçhe à tout ce qui est polonais. Qui sait ce qui est écrit dans le grand rouleau? Vous avez dit, il y a quelques années : — Donnez à la République de bonnes lois organiques, et l'Europe sei*a libre. — Quelquefois je vous entends, mon Général ; ces lois organiques, vous nous les donnez, et le reste se fera ou arrivera. L'Europe vous devra sa civilisation et la destruction d'une foule de préjugés qui ne seront pas remplacés, comme cela a manqué de nous arriver, par d'autres peut être encore plus antisociaux. Mais j'en dis trop pour le temps que vous avez à me donner.
Les négociations n'allant pas au gré du Premier Consul, l'armistice fut dénoncé le 8 novembre aux avant-postes autrichiens^ les hostilités devant recommencer le 22. Cette campagne d'hiver fut courte et glorieuse pour les armes françaises. Le 2 décembre, Moreau, commandant l'armée d'Allemagne, remportait la victoire de Hohenlinden et, le 25 du même mois, il avait conclu avec l'archiduc Charles à Steyer un nouvel armistice. Quant au général Macdo* nald, traversant les glaciers des Alpes par une marche qui est un prodige de constance et de courage, il allait se trouver sur TAdige, en mesure de coopérer avec l'armée dltalie, menaçant les derrières de Bellegarde.
Brune avait porté son quartier général de Brescia à Casieloedolo; il s'approchait du Mincio pour reconnaître les positions du général Bellegarde qui semblait prendre des
mesures pour passer de la rive gauche à la rive droite de la rivière. Mais, pendant près de trois semaines encore les deux rivaux allaient se borner à une mutuelle observation. Bellegarde, avant de se porter en avant, attendait que les corps de Wukassowich et Laudon eussent débouché du Tyrol italien et que Tarmée napolitaine se fut avancée en Toscane pour assurer ses flancs. L'inaction de Farmée française tenait à des motifs du même ordre, Brune voulant donner à Macdonald le temps de prononcer son mouvement dans le Tyrol.
Le 17 décembre seulement, les véritables hostilités commencèrent par une reconnaissance générale que Bellegarde fit faire sur toute la ligne française. Brune y répondit en ordonnant à son tour de fortes reconnaissances sur la ligne autrichienne depuis Desenzano jusqu'à Borgoforte. En quelques jours les Français enlevèrent à Tennemi ses positions avancées sur la rive, droite du Mincio et se disposèrent à passer cette rivière près de Monzambano.
Le général Dupont reçut Tordre de faire, le 26 décembre, une fausse attaque vis-à-vis Pozzolo pendant que le passage s'exécuterait le même jour à Monzambano. Malheureusement le centre et Taile gauche ne furent point réunis à rheure donnée et l'attaque par Monzambano fut remise au 26. Le général Dupont, n'en ayant point été averti à temps, poussa son avant-garde au delà du Mincio, et il était déjà fortement engagé lorsqu'il reçut du général en chef l'ordre de ne rien hasarder et de se borner à protéger par le feu de ses batteries le pont qu'il avait fait jeter à Molino. C'était trop tard ; en hésitant, Dupont aurait exposé à une perte certaine les troupes qui avaient passé le pont. Le
général Suchet, venu pour conférer avec Dupont, s'élant rendu compte à la fois, et que les ordres de Brune ne pouvaient plus être liltéralement exécutés, et que les troupes de Dupont assaillies par un ennemi quatre fois supérieur couraient les plus grands dangers, lui offrit le concours de celles de ses troupes qui étaient le plus rapprochées. Les deux généraux envoyèrent donc le chef de brigade Ricard au général en chef pour le prévenir qu'ils étaient établis à Pozzolo ayant en tête le général Bellegarde avec le gros des forces autrichiennes. Pozzolo pris et repris fut le théâtre dune lutte acharnée; le centre et la droite de Dupont allaient se trouver compromis, toutes leurs réserves étant engagées.
Le général Davout avait reçu Tordre de protéger avec la cavalerie Fattaque principale qui devait avoir lieu, le lendemain 26, vers Monzambano. Accourant au bruit du canon avec quelques régiments de dragons, il en donne deux au général Rivaud et le fait passer sur la rive droite tandis qu'avec les autres il se porte lui-même sur le centre de la ligne pour soutenir une dernière attaque de Dupont sur Pozzolo. L'arrivée de ce renfort met le général Dupont à mémo, de reprendre Toffensive. Les deux demi-brigades du général Colli, chargées de Tattaque de Pozzolo, se forment sur deux colonnes soutenues chacune par un régiment de dragons et s'avancent contre les Autrichiens placés au débouché du village. L'attaque es>\ si vigoureuse que les ennemis sont rejetés dans le village ; les colonnes françaises y pénètrent à leur suite et les en délogent après un combat opiniâtre, Bellegarde, qui voit ses troupes chassées de Pozzolo, fait avancer à leur soutien sa réserve de grenadiers
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hongrois; il compte sur ce renfort pour rallier les siens et les reporter encore une fois en avant. Davout ne lui en laisse pas le temps; chargeant lui-même à la tête d'un de ses régiments de dragons, il entraîne à sa suite toute sa cavalerie, enfonce les réserves autrichiennes et les met en désordre; le sort de la journée est décidé. Culbutés sur toute la ligne, les Autrichiens abandonnent le champ de bataille vivement poursuivis par la cavalerie française. •
La nuit survint, mais les troupes françaises étaient tellement animées que leurs généraux eurent grand mal à les arrêter, Les rangs étaientà peine rétablis que les Impériaux, profitant de Tobscurité, s'avancèrent de nouveau avec des renforts qu'ils avaient reçus. Vers 8 heures du soir ils firent, mais inutilement, une dernière tentative pour reprendre Pozzolo; le feu ne cessa entièrement qu a plus de 9 heures (25 décembre 1800). Dans cette journée, les Autrichiens laissèrent plus de 4,000 hommes sur le champ de bataille, le lieutenant-général Kaim fut grièvement blessé; 2,000 prisonniers, 9 pièces de canon et plusieurs drapeaux restèrent aux mains des Français. Ceux-ci firent dans cette journée des pertes très sensibles, quoique de moindre importance, eu égard à leur infériorité numérique; le général Dupont]dans son rapport évalue ses pertes de i ,000 à 1,200 hommes tués et blessés.
Malgré ces avantages, le général firune persista dans son premier dessein de passer le Mincio plus haut, au pied des montagnes vers Monzambano. L'attention de Bellegarde étant attirée vers Pozzolo, le passage fut heureusement exécuté (26 décembre). Les Autrichiens se retirèrent sur Villafranca où ils laissèrent une arrière-garde qui, le 27 dé-
oembre, y fut cernée et forcée de mettre bas les armes, fiellegarde continua sa retraite et le 31 décembre 1800 Tarmée française, arrivée sur les bords de TAdige, se préparait à en tenter le lendemain le passage.
Le !•' janvier 1801, avant le jour, les troupes françaises étaient réunies à la gauche de Bussolengo sur le point que le général en chef avait choisi pour effectuer le passage. Aux premières lueurs du jour, les troupes de Tavantgarde passant TAdige dans des barques prirent pied sur la rive opposée et s'y établirent sans rencontrer de résistance. Surpris de ce fait et du silence qui régnait sur la rive gauche, Brune soupçonnait quelque ruse de Fennemi quand un parlementaire envoyé par le général Bellegarde se présenta aux avant-postes français. Il venait annoncer Farmistice de Steyer et proposer au général français une convention analogue. Toutefois les propositions du général Bellegarde ne pouvaient, surtout dans la situation respective des belligérants, être écoutées ; le Premier Consul en effet avait prévu cette hypothèse. « Je vous prie, avait-il écrit au ministre de la guerre, de faire connaître au général Brune qu'il ne doit point conclure d'armistice à moins que l'ennemi n'accorde Mantoue, Peschiera, Ferrare, Ancône et au muoins la partie de Porto-Legnago qui se trouve sur la rive droite de TAdige. Dans le cas que l'ennemi ne veuille pas accéder à ces conditions, le général Brune doit se porter sur la Piave. » Ces instructions étaient précises et formelles, aussi Brune, congédiant le parlementaire, continua-t-il de faire passer l'Adige à ses troupes. Le 3 janvier, Vérone, évacuée par les Autrichiens, ouvrait SCS portes aux Français; le 8, ils entraient à Vicence.
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Pendant ce temps Macdonald, à la tête de Tarmée des Grisons, descendait des Alpes se dirigeant sur Trente, pendant que le général Moncey, avec Taile gauche de Tannée dltalie, manœuvrait vers le même point afin de placer les Autrichiens entre deux feux. De leur côté les généraux Laudon et Wukassowich arrivaient à marches forcées du Tyrol italien pour se réunir à Bellegarde. Malgré tous les efforts de Laudon pour ralentir sa marche, Moncey entra le 5 janvier à Roveredo ; il y séjourna le 6. La situation du général autrichien devenait d'autant plus critique, que Macdonald étant arrivé le 6 à Trente, il se trouvait ainsi enfermé entre TAdige et les montagnes, sans autre retraite qu'un étroit sentier sur sa gauche. Voyant qu'il ne pouvait loyalement échapper par la force des armes, Laudon recourut à un moyen qui n'est pas assez noble pour mériter le nom de ruse de guerre et dont cinq ans plus tard un empereur fugitif devait aussi faire usage pour arrêter la poursuite de Davout. Comme les avant-postes français s'avançaient vers lui (7 janvier), il envoya un officier de son étatmajor au général Moncey pour lui annoncer, comme nouvelle très certaine, que les généraux Brune et Bellegarde avaient conclu un armistice pareil à celui que Moreau avait signé à Steyer pour l'armée du Rhin ; en conséquence, il proposait une suspension d'armes. Moncey, ne pouvant croire qu'une communication ainsi faite ne fut qu'un piège tendu à sa bonne foi, consentit à la suspension d'armes, mais à condition que Laudon évacuerait le château de La Pietra et lui remettrait la ville de Trente. Laudon, qui savait Macdonald maître de cette dernière place, s'empressa de souscrire cette indigne convention et le soir même.
à rinsii de Macdonald, échappant à la vigilance de Tannée française, il se relira sans obstacle sur Levico par Tétroit sentier de Caldonazzo. Le général Moncey se hâta d'occuper La Pîetra et, devançant son corps d'armée, il se rendit à Trente où il fut reçu par Macdonald qui partagea sa surprise et ses regrets. Le général Brune, informé dé cet événement, blâma hautement Moncey qui, pouvant facilement vérifier les faits, avait, par trop de confiance, manqué l'occasion glorieuse de faire mettre bas les armes à un corps d'armée aussi nombreux. Retirant à Moncey le commandement de Taile gauche de l'armée, il le donna à Davout. - Gelui^ci, trop généreux pour vouloir profiter de la disgrâce de son compagnon d'armes, le plaignant d'une faute qui annonçait sa loyauté, se borna à son commandement de la cavalerie." Cependant, pour ne point blesser les lois de la discipline, il prit sous lui pour la forme un corps d'avantgarde; mais il ne faisait rien sans prendre les ordres du général Moncey (ju'il accompagna dans sa marche par la vallée de la Brenta sur Borgo Val Sugano, jusqu'au débouché de Bassano. Les soldats de Moncey, indignés de la perfidie qui leur avait arraché tant de gloire et d'avantages, mais convaincus aussi de l'innocence de leur général, applaudirent avec enthousiasme au noble procédé de Davout.
Malgré la résistance que l'aile gauche avait éprouvée en. traversant la vallée de TAdige, malgré la difficulté des chemins et la rigueur de la saison, Moncey et Davout étaient entrés à Bassano le il janvier à la pointe du jour. En faisant éclairer les routes de Citadella et de Caslelfranco, ils atteignirent près du village de Loria l'arrière-garde de Laudon; le 12^ de hussards la chargea ethli fit quelques
prisonniers. Le passage de la Brenta ne fut point disputé, les Autrichiens essayèrent à peine d'arrêter à Ospilale di Brenta les premières troupes de Tavant-garde. Le 10* de hussards passa la rivière à gué sous la protection de l'artillerie de réserve et s'empara de Fontaniva et de Cltadella. L'ennemi voulant avoir le temps de passer la Piave, tint à Castelfranco, qui fut enlevé de vive force.
Moncey et Davout reçurent alors Tordre de marcher de Bassaiio sur Azzolo et sur Riva Secca, où la Piave sort des montagnes, de suivre la rive droite en longeant le Bosco del Mantello, et de diriger les divisions Boudet et Rochambeau surSalva et Ponte di Piave. L'objet de cette manœuvre était de couper l'arrière garde autrichienne de la Piave et de la séparer du gros de l'armée. Mais, le 14 janvier, alors que ce mouvement se dessinait, des plénipotentiaires impériaux se présentaient au quartier général, et, le 16, ils avaient signé à Trévise un armistice de 23 jours en y comprenant les 15 jours d'avertissement. Cette convention qui livrait à l'armée française les places de Peschiera, Porto Legnago, Ferrare, Ancône et les châteaux de Vérone, ne fut point approuvée par le gouvernement français, parce que Brune, au mépris de ses instructions, avait oublié de stipuler que la place de Mantoue serait aussi remise entre les mains des Français. Le Premier Consul, dans son mécontentement, déclara que l'armislice conclu par M oreau à Steyer serait de suite dénoncé si on différait plus longtemps de lui remettre Mantoue. Ce point fut la principale condition [d'un nouvel armistice qui, le 26 janvier 1801, fut conclu à Lun^ville entre Joseph Bonaparte et le Comte de CobenzeL Le 9 février suivant, le traité de paix défn
GÉNÉRAL DE DIVISION iOi
nitif fut signé à Lunéville par les mêmes piénipotentiaires. La nouvelle de ce traité étant arrivée à Tarmée d'Italie, le général Brune, qui était tombé en défaveur à la suite de 1 armistice de Trévise, demanda la permission de se rendre à Paris, ce qui lui fut accordé. Le 22 février, il remit au général Moncey, le plus ancien des généraux de division, le commandement de Tannée. Quant à DaVout, après avoir assisté à l'évacuation des possessions autrichiennes et ramené sa cavalerie sur le territoire de la République Cisalpine, il reçut de Berthier, successeur de Camot au ministère de la guerre, la lettre suivante :
Paris, i2 messidor an IX (l*"" juillet 1801). Je vous préviens, citoyen général, que n'étant pas du nombre des officiers généraux de votre grade désignés pour être employés près le corps de troupes françaises stationné sur le territoire de la République Cisalpine, vous êtes autorisé à vous retirer où bon vous semblera. Vous jouirez du traitement d'activité de votre grade conformément à Tarrôtô du 7 germinal, jusqu'à ce que le gouvernement vous fasse connaître votre destination ultérieure. Vous voudrez bien, à cet effet, m'informer exactement du lieu où vous fixerez votre résidence. Je vous salue.
Davout se hâta de profiter de cette autorisation et se mit aussitôt en route vers la France.
En se rendant à Paris, il s'arrêta quelques jours dans sa famille, à Ravières; mais la recommandation de Desaix, et, plus encore, la manière dont il avait su la justifier avaient fixé sur le jeune général l'attention du Premier Consul. A peine de retour en France, Davout fut nommé inspecteur des troupes à cheval des 1", 14% 45* et 16* divisions militaires, et rexercice de ces nouvelles fonctions, auxquelles
jl apporta son zè\e accoutumé, lui laissa peu de loisirs au cours de cet été. Ce témoignage de la satisfaction et de la confiance de Bonaparte n'était d'ailleurs que le présage des nouvelles preuves plus éclatantes encore que Davout allait être appelé, cette année même, à en recevoir. En Tunis- 5ant à Mademoiselle Leclerc, dont le frère aine avait épousé Pauline Bonaparte, le Premier Consul se réservait, par Talliance de leurs deux familles, de l'associer plus étroitement encore à sa fortune et à sa gloire.
L'institution, qu'au sortir de la Terreur, Madame Campan avait établie à Saint-Germain, n'avait pas tardé à devenir justement célèbre. La plupart des jeunes filles de la hajite bourgeoisie et de ce qui restait alors de la noblesse en France, étaient venues y chercher auprès de l'ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette le& traditions dt politesse et de bon ton qu'elle avait puisées à la cour de Versailles. C'est là qu'Aimée Leclerc compagne de Caroline Bonaparte et d'Hortense de Beauharnais s'était liée avec cette dernière d'une étroite amitié, et les relations des deux familles avaient permis à Madame Bonaparte d'apprécier les rares qualités qui chez la jeune fille s'unissaient à une beauté remarquable. Le général Leclerc était, depuis la mort de son père, le chef de la famille ; désigné pour, le commandement de l'expédition de Saint-Domingue, il désirait vivement voir sa sœur établie avant son départ. Dans le courant de l'été, il en avait parlé au Premier Consul ; le nom du général Lannes avait été prononcé entre eux, mais le refus formel de la jeune fille fit échouer l'union ainsi projetée. C'est alors que songeant à Davout, le général Leclerc soumit celte nouvelle idée à
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Bonaparte ; celui-ci l'approuva fort el se chargea même d'en faire les premières ouvertures.
Une grande beauté, Talliance de sa famille avec celle du Premier Consul, une fortune qui pour l'époque représentait \ine large aisance, tout concourait à faire de Mademoiselle Leclerc un des partis les plus désirables du moment. Aussi les ouvertures du Consul furent elles reçues avec empressement par Davout, et, de son côté, Madame Bonaparte, chargée de transmettre la demande du jeune général, n'eut aucune peine à la faire agréer.
Les Leclerc appartenaient à la bourgeoisie de Pontoise et le père de la future princesse d'Eckmiihl y avait acquis dans le commerce des grains une honorable aisance. La famille se composait alors de la veuve de Jean-Paul Leclerc, Marie-Jeanne- Louise Musquinet et de ses cinq enfants, trois fils et deux filles. L'aîné, Victoire Emmanuel, général de division, était l'époux de Marie-Paulette Bonaparte ; le se-» cond, Jean-Louis, était membre du Corps législatif, le troi-« sième Nicolas Marin, connu sous le nom de Leclerc Desessarts, était alors officier de hussards. Des deux filles, la cadette, Louise-Àimée-Julie, avait alors à peine dix-huit ans, rainée, Claire, devait trois ans plus tard épouser 1^ général Priant.
Le départ du général Leclerc pour Brest, où il devait s'embarquer, étant décidé pour le courant du mois de novembre (1801), le mariage de sa sœur fut fixé au commencement du mois *. Le contrat, reçu le 16 brumaire an 10
Paris, le 12 brumaire an X.