L. Davout
Pendant le printemps et Tété de l'année 1 802, nous trouvons Davout tantôt à la Malmaison, tantôt à Paris, constamment appelé par son service auprès du Premier Consul, tandis que les fatigues d'une première et laborieuse grossesse retenaient le plus souvent sa jeune femme à Paris ou à Pontoise auprèjs de sa mère. Le général Leclerc devait être le parrain de Tenfant qu'attendait sa sœur. « Je serai avec plaisir le parrain de votre enfant, écri\^it-il à Davout. Qu'il porte le nom de mon respectable père. Si c'est un homme, qu'il suive sa trace et il n aura jamais une seule action à se reprocher, » Le fils dont Madame Davout accoucha au mois d'août reçut en effet le prénom de Paul, il ne devait vivre que quelques mois. Ce fut à cette époque, le 30 thermidor, an 10, que Davout, connaissant le goût très prononcé de sa femme pour la campagne, se rendit acquéreur, moyennant 760,000 francs, de la terre de Savigny-sur-Orge *, qui appartenait alors à la famille Hamelin. Cachât de ce beau domaine était une lourde brèche. dans une fortune encore modeste, aussi, pour satisfaire cette véritable folie d amoureux, le général prit-il avec Madame Harpelin des engagements qui lui permirent de se libérer p^ir annuités.
Seules, au cours de rété et de l'aulomne, les nouvelles
1. A la mort de la Maréchale (1808), Savigny échut à M. le comttî Yigicr, qui le vendit, en 1872, à M. de Durlndol. Il est, actuellement, la pi-ojpriété de M. Duparchy.
GÉNÉBAL DE DIVISION 111
de Saint-Doraingue vinrent assombrir le complet bonheur du ménage.
Le général Leclerc s'était embarqué à Brest, le 6 frimaire an X; Pauline raccompagnait avec son jeune fils, auquel le Premier Consul, son parrain, avait donné le nom de Dermide. Ses débuts à Saint-Domingue avaient été heureux; par l'habilité de ses dispositions, la sagesse de ses mesures^ la fermeté de son attitude, Leclerc avait tout d'abord ramené la soumission dans la plus grande partie de la colonie. Si les renforts, qui lui avaient été promis, eusi&ent été expédiés à Saint-Domingue, nul doute qu'il n'eût rétabli dans l'île entière la domination française. C'est ce que flu Cap il écrivait à Davout : « La colonie est très tranquille ici, et sous deux mois j'espère qu'il n'y aura plus rien à craindre sur sa possession absolue pour la France. Ceux qui se. sont égayés sur mon compte, lors de mon départ, doivent présentement avoir un peu changé de langage, car j'ai réussi ici plus complètement avec le peu de moyens que j'avais que je ne pouvais l'espérer raisonnablement. » Malheureusement les renforts ne venaient point combler les vides affreux que, sous ce climat meurtrier, la fièvre jaune cfausaitdans sa petite armée, et les appels du malheureux capitaine général au Premier Consul, aux ministres de la guerre et de la marine se succédaient pressants, désespérés.
« La maladie fait ici des progrès affreux, écrivait-il à Davout, j'ai déjà perdu quatre de mes aides de camp, plusieurs chefs de corps, nombre d'officiers, de soldats et d'employés. C'était à cette époque que Toussaint et les autres m'attendaient, mais je ne leur ai pas periiiis d'at-
tendre. On me laisse ici sans argent, sans effets d-hôpitaux, je n'ai rien reçu depuis mon arrivée à Saint-Do-* mingue que des farines. » Et le 5 vendémiaire (28 sepiem* bre 1802), déjà frappé des premières atteintes du toirible fléau, Leclerc écrivait encore à Davout : « Mon armée entière est morte ou mourante. Tous les jours on vient tirer à mes oreilles au Gap, et je ne puis que repousser les coquins et rester sur une défensive pénible. Les hommes qu6 je combats sont braves et fanatisés. L'arrêté du générai Richepance. qui rétablit Tesclavage à la Guadeloupe, les a tous insurgés ; ils se font tuer plutôt que de se soumettre et ils me tuent ceux que la maladie avait épargnés. » — Tant qu'il lui resta un souffle de vie l'infortuné général lutta contre les hommes et contre la maladie avec une énergie désespérée ; terrassé par le mal il succomba enfin, le iO brumaire an XI (2 novembre 1802). Pauline ramena en France les tristes restes de l'époux qu'elle avait adoré; ils furent inhumés dans sa terre de Montgobert, dans le département de l'Aisne.
Madame Davout avait pour ce frère atné l'affection la plus profonde. Sa perte la plongea dans un profond désespoir; elle eut du moins la triste consolation de voir s^, peine comprise et sincèrement partagée par son époux. Onze ans plus tard, à la mort de Duroc, Davout évoquera la mort de son beau-frère comme un de ses plus cruels souvenirs '.
Avant de s'engager contre l'Angleterre dans une nouvelle lutte que cette puissance semblait vouloir provoquer, Bonaparte voulut visiter les nouveaux départements français
l. Marquise de Blocqucvillci Russie et Hambourg, p. 321 • Lcttfe à la Maréchale»
GÉNÉRAL DE DIVISION 4i3
de la Belgique et reconnaître lui-même sur nos cotes du Nord les points où il se préparait à réunir une armée d'invasion. Après un premier voyage en Normandie, le Premier Cbnsul, menant avec lui Madame Bonaparte, quitta Paris le 4 messidor (26 juin 1803), et cette fois, Davout, qui était de service, raccompagna *.
Le 24 thermidor (12 août), Bonaparte était de retour à Paris;. Davout Tavait précédé de quelques jours, rappelé auprès de sa femme par la mort de leur enfant, enlevé en quelques heures par des convulsions.
1. Marquise de Blocqueville. Années de commandement^ p. 86 et sui-> vantes. Lettres à M™« Davout.
CAMP DE BRUGES Septembre 1803 à Septembre 1806
Le traité d'Amiens n'avait été qu'une trêve et de fait les hostilités existaient à Tétat latent avant que Fexplication violente, qui eut lieu entre le Premier Consul et l'ambassadeur d'Angleterre, lord Witworth, eut officiellement rompu les relations entre les deux pays. Cette rupture était trop prévue pour avoir pris Bonaparte au dépourvu; ses dispositions étaient faites pour compléter et augmenter sur nos côtes cet appareil formidable, qui dix-huit mois plus tôt avait déjà jeté l'effroi dans Londres.
En peu de temps les ports de la Manche furent encombrés de bâtiments destinés à transporter les troupes; et, pendant que la marine déployait une activité sans [exemple a ce jour, l'armée achevait de se compléter. Les régiments^ composés aux deux tiers de conscrits, quittèrent leurs garnisons et allèrent former des camps d'instruction qui s*étendaient d'Utrecht à l'embouchure de la Somme.
Le camp d'Utrecht était commandé par le général Mar-
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mont, qui avait été remplacé dans ses fonctions d'inspecteur général de Tartillerie par le général Songis. Il s'étendait jusqu'à Flessingue exclusivement et avait le no 2, parce que le corps de Hanovre, que commandait le général Bernadotte, avait pris le n^ 1 .
Le 3', aux ordres du général Davout, avait son centre à Ostende et s'étendait depuis Flessingue jusqu'à Dunkerquc inclusivement; c'était le camp de Bruges. Le général Dumas enétait le chef d'étal-major, le général Sorbier y commandait l'artillerie ; le général Andreossy le génie ; Chambon était ordonnateur en chef. Le camp de Bruges devait se composer de trois divisions : la première sous le général Oudinot, généraux de brigade Debilly, Eppler, Petit; la deuxième sous le général Durutte, généraux de brigade Bonnet et Reille ; la troisième sous le général Priant, généraux de brigade Grandeau et Serras. Le général Walther commandait la cavalerie, le général de brigade Vialannes était sous ses ordres.
Le général Soult commandait le quatrième camp qui était établi à Boulogne et s'étendait depuis Gravelines jusqu'à la gauche de Dunkerque.
Le 5% commandé par le général Ney, comprenait Montreuil et Étaples. Il prit plus tard le n» 6, parce qu'on forma un nouveau corps à Boulogne, auquel 'on donna le n* 5 ; celui-ci fut placé sous le commandement du général Lannes, qui revenait de son ambassade en Portugal.
Une réserve formée de 12 bataillons de grenadiers se rassembla à Arras sous les ordres du général Junot, qui quitta le gouvernement de Paris pour prendre le commandement de cette division. Les régiments de dragons qui étaient en
CAMP DE BUCGES 117
France furent réunis en divisions, chacune de 4 régiments, et ,cantonnés depuis Tembouchure de l'Escaut jusqu'aux bords de FOise et de l'Aisne. 'Les chasseurs et hussards furent réunis à Saint-Omer et à Ardres.
Le 11 fructidor an XI, le ministre de la guerre, Berthier, il t part à Davout de la distinction flatteuse dont il avait été jj'objet dans la répartition des grands commandements et ^ui traça ses premières instructions '. Le 18 fructidor (5 septembre 1803) une nouvelle lettre du ministre ayant complété ses ordres d'u 11, Davout se mil en route pour sa destination. C'est au camp de Bruges qu'il commença à montrer l'importance qu'il attachait au maintien de la discipline, à l'organisation des troupes; c*est là qu'il fit connaître ces talents dans l'administration militaire, ces soins, ces prévisions, par lesquels il préparait les avantages qu'il ^ si souvent obtenus sur le champ de bataille. Sa fréquente correspondance avec le Premier Consul, ses lettres presque journalières à sa femme, permettent de le suivre pour ainsi dire pas à pas au travers des deux années que dura ce laborieux commandement.
Après avoir consacré les premiers jours de son arrivée à une minutieuse inspection, Davout, le 28 fructidor, put rendre au Premier Consul un compte exact de l'état dans lequel il avait trouvé les troupes et les lieux, sur lesquels allait s'exercer son commandement *.
Le !•' vendémiaire an Xli (24 septembre), répondant à une lettre de Bonaparte, du 4^ jour complémentaire, pleine d'instr.uctions variées et de recommandations pressantes
1. Mazade. Corresp. Davout, t. !«••, p. 3. .2. Mazade. Corresp. Davout, t. l»'", p. 9.
relatives à la santé des troupes, Davout lue adresse avec le plan d'une baraque de soldat et d'une baraque d'offlciec celui des deux camps d'Ostende.
Vos intentions, lui écrit-il, sont remplies pour remplacement des camps; ils sont assis dans les endroits les plus sains de la côte; et en outre, le corps le plus éloigné du chenal peut y être rendu en moins de 20 minutes : en creusant dans le bas des dunes, on trouve sur toute la ligne de Teau meilleure que celle d'Ostende. Le colonel du génie Touzard nous ^ été fort utile pour le détail du tracé du camp. Il nous a au^si indiqué un moyen prompt de purifier Teau la plus corrompue ; il consiste à la faire filtrer à travers du charbon pilé dans une chausse de flanelle : Texpérience faite sous mes yeux ayant pleinement réussi, je Tai adopté comme dernière précaution, fût-elle surabondante. Je ferai délivrer une de ces chausses à chaque ordinaire de baraque.
Effrayé des rapports, d'ailleurs exagérés, qui lui avaient été faits sur Tétat sanitaire des troupes, Bonaparte, le 5 vendémiaire, insiste sur ce point :
Citoyen général Davout, écrit-il, j'ai reçu vos dernières lettres. On m*assure que vous avez mis une demi brigade dans rile de Cadzandt. Si cela est, je désire que vous la retiriez, car ces troupes tomberont malades. Si les Anglais tentaient une attaque sur Tile de Walcheren, vous seriez à temps pour venir à son secours. Je vous recommande par dessus tout la santé des troupes. Si on les place dans des lieux malsains, Tarrnée se fondra et se réduira à rien. C'est là la première^ de toutes les considérations militaires. Vous voyez ce que nous a coûté la malheureuse situation de Tile de Walcheren; mais, comme c'est une île, cette considération m*a obligé d'y mettre beaucoup de troupes; et il est douteux, si, en donnant cet
CAMP m BRUGES US-
ordre, je n'ai pas fait une faute, car vous voyez qu'elles sont toutes malades.
Aussitôt Davout s'empresse de le rassurer et de rétablir les faits dans leur exactitude :
Mon Général, écrit-il au Consul le 8 vendémiaire, j'ai Thonneur de vous assurer qu*il n'existe dans l'ile de Cadzandt que 250 hommes de la 13* légère, et qui y sont par Tordre du général Belliard. J'ai seulement pris des mesures pour, dans vingl-quatre heures, pouvoir porter 3 à 4 000 hommes dans cette île. Voilà, mon Général, Vexacte vérité. Vous pouvez être certain qu'en cherchant à remplir vos intentions de mon mieux, celle de veiller à la santé de vos soldats excitera toujours mes soins particuliers. J'ai le plaisir de vous annoncer que les maladies ne sont pas h beaucoup près aussi considérables qu'on s'y attendait.
Un sloop français ayant été pris par l'ennemi entre Nieuport et Dunkerque, Bonaparte, le 13 vendémiaire, renouvelle à Davout ses prescriptions pour la défense des côtes. Préoccupé, moins du fait lui-même que de l'effet produit par cet événement, il y revient dans une lettre, du 19 vendémiaire, où il précise ses ordres à ce sujet.
Je désire, écritril à Davout, que vous vous fassiez rendre compte de la prise du sloop, que je regarde comme un événement important, vu que, si les ordres avaient été exécutés, il n*auraitpas été pris. Tenez constamment 6 escadrons de cavalerie sur l'estran, depuis Ostende jusqu'à Calais, afin que tout bâtiment qui s*échouerait sur la plage soit sur le champ protégé par un grand nombre d'hommes qui le mettraient à l'abri des insultes des péniches anglaises. L'officier général ou supérieur, que vous avez nommé inspecteur de la côte, doit être tout le jour à cheval; il doit, toutes les semaines, avoir fait
•lao DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPJRE
faire Texercice à toatos les batteries de la côte. Il doit mêmp exercer la cavalerie aux manœuvres du caiion, afin que des compagnies paissent se porter aux batteries attaquées aatg" menter le nombre des servants. Choisissez de préférence de ^vieux sodats, qui ont nécessairement plus de sang-froid et de courage que de nouvelles levées. C'est par de semblables mesures que, sur la côte de Normandie, nous n'avons plus d'exemple de semblables événements ; des pièces de canon et des détachements, de cavalerie sont en mesure de se porter au galop sur tout les points menacés... A ma prochaine revue, je ferai manœuvrer les troupes en grand, quelque temps qu'^l fasse.
Dés le 21 vendémiaire, Davoul adresse au Consul les détails , demandés : .
D'après les comptes qui m'ont été rendus de la prise du sloop le Sans-façon^ lui écrit -il^ et par les renseignements que j'ai pris moi-même sur les lieux vingt* quatre heures après l'événement, il résulte que le sloop le Sans-Façon, ayant apporté de Dunkerque à Ostende de l'artillerie et voulant retourner dans ce premier port sur son lest, rencontra entre Nieuport et Dunkerque un brick anglais qui lui donn^ la chasse et qui mit à la mer son canot pour l'atteindre plus promptement. Ce sloop était armé de 4 pièces de 12; mais n'ayant que 4 hommes d'équipage dont un mousse, le capitaine du sloop, se voyant joindre par le canot anglais armé d'un obusier et de 30 hommes, prit le parti d'échouer et de se sauver avec son monde dans son canot. La marée, qui déjà commençait à monter, mit bientôt le sloop à flot, et les Anglais s'en rendirent maîtres au moment où quelques hommes venaient pour le défendre. — Le 7' régiment de hussard vient d'arriver seulement aujourd'hui. Demain, je me rends à Bruges pour en passer la revue et ensuite je le répandrai sur la côte. Jusqu'à ce moment, je n'ai pu y avoir, qu'un très
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yeAît nombre de cavalerie, n*ayant à ma disposition que le 4*^ régiment de chasseurs qui se trouve assez faible. Tous vo8^ ordres pour ce genre de service seront ponctuellement Hiis à exécution.
^ En venant prendre le commandement du camp de Bruges, Davout avait laissé sa femme à Savigny encore sous le coup de la mort de son premier né et assez éprouvée par le commencement d'une nouvelle grossesse. Aussi voyant la saison s'avancer, se préoccupe-t-il de lui voir prolonger son séjour dans cette grande et belle demeure dont l'aménagement est encore bien incomplet. Il redoute pour elle Tisolemënt et craint que la solitude, dans laquelle elle se complaît, n'ait sur son moral et sur sa santé une fâcheuse influence. Épouse irréprochable, mère accomplie, Madame Davout ne goûtait réellement que les joies intimes de son foyer; le monde, la représentation n'étaient pour elle que corvées, et elle mettait à les fuir autant de soins que d'autres aies rechercher. 11 y a cependant des visites auxquelles la situation de son mari^ sa quasi parenté avec la famille Bonaparte, ne lui permettent pas de se soustraire; c'est de tous ses devoirs celui qui lui pèse le plus et à l'accomplissement duquel Davout doit la rappeler sans cesse*. Une vive et solide amitié, que la mort seule devait rompre, s'était établie entre Davout et le général Duroc. Leur commun dévouement à Bonaparte les avait d'abord rapprochés, et ces deux. hommes, d'une égale franchise et d'une -même loyauté, n'avaient pas tardé à éprouver l'un pour l'autre la plus vive sympathie. De leur fréquente corres-
t. Miiit(iiise de BlocqQèville. Années' de commandemenLPansiùi,
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pondance, il ne nous est malheureuseraenl guère parvenu que quelques lettres de Duroc * ; elles sont pour la plupart de Tépoque du camp de Bruges et, bien qu'elles ne portent généralement pas de date complète, les faits auxquels elles font allusion permettent de les classer. La première est du mois d'octobre 1803 (fin vendémiaire ou commeneenieiit de brumaire).
J'ai reçu plusieurs lettres de vous, mon cher général, écritil à Davout. Je vais envoyer à Ostende une baraque en bois pour le Premier Consul. Elle doit lui servir dans certaines occasions, par exemple lors d'un embarquement, une manœuvre, une attaque, etc, qui exigerait sa présence sur la rade et qui ne lui permettrait pas de retourner à son logement aux Ecluses, comme aussi pour se mettre à Tabri d'une pluie qui arrivera subitement. Cette baraque est distribuée de manière qu'il y trouvera son cabinet, chambre à coucher, salle à manger, etc.
Le Premier Consul désire qu'elle soit placée près de la rade de manière à la placer sans éviter le boulet ou la bombe ; il ne faut pas cependant trop l'y exposer. Il me semble moi, que son emplacement doit être sur le côté du port en face du fanal, car pour être du côté de la ville, il vaudrait autant prendre une maison.
Déjà nos chevaux de selle et nos bagages avec unej partie de la maison sont partis; ils arriveront à Ostende et autres points de la côte, où ils sont dirigés, avant la fin du mois. Ce ne sera pas cependant avant le commencement du mois prochain que je crois que le Premier Consul partira.
Tout le monde pense comme vous à l'égard des feux. Le Premier Consul a bien senti une partie de leurs inconvénients, car dans la dernière manœuvre on ne les a pas pratiqués. Les
1 . Plusieurs des lettres de Davout ont été publiées par M. de Maïade.
troupes de la division étant parties pour Farinée, le Premier Consul s'occupe beaucoup de raménagement de la flottille. Il fait aussi exercer les hommes de la garde à manœuvrer et à ramer. Le bataillon des matelots se forme.
Nous avons vu Madame Davout quelques jours à Paris, elle est retournée à la campagne. Cependant la saison est triste et froide et nous annonce Thiver.
Mille amitiés.
Le 8 brumaire Duroc annonce au commandant du camp de Bruges la prochaine arrivée de Bonaparte sur la côte :
J'ignore encore, mon cher général, quand le Premier Consul partira ; ce devait être dans le courant de la semaine dernière, ce sera peut-être dans le courant où la fin de celle-ci. Si cela est si prompt je ne serai pas du voyage, je suis en convalescence d'une indisposition que j'ai eue. Si je ne vous dis pas où j'ai été incommodé, vous le devinerez ; eh bien ! je me suis fait mal en montant à cheval, j'ai été en guérison, je me suis brûlé et j'ai été plus mal et alité pendant plusieurs jours. Heureusement qu'à présent et pour toujours j'espère, cette chère partie est saine et sauve. — Le Premier Consul ira d*abord à Boulogne où il restera une huitaine de jours pour inspecter et faire manœuvrer, ensuite 'il ira chez vous faire la même chose. On a mis quelques péniches à la disposition de la garde et à présent on rame à force ; voilà malheureusement le mauvais temps qui revient à grands pas. Le ministre de. la guerre dit que la marine est en arrière, nous voyons nous mômes ici comme cela va lentement. — Paris et Saint-Cloud sont toujours c(»mme vous les avez laissés. Madame Davout se porte à merveille, je voudrais bien être à même de vous porter ses baisers tout chauds.
Mille amitiés.
A propos du départ annoncé puis encore ajourné duCon-
J2I DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIUE
sul, une lettre, du moisde brumaire, donne à Davout quelques nouvelles de Paris et de la vie qu'on mène à la cour consulaire :
Nous avons, lui écrit Duroc^ un temps bien triste, de la pluie et de la neige qui fond. Tout cela nous dit que vous avez plus mauvais temps encore et que nos pauvres soldats souffrent, quoique nous sachions que vous les avez bien baraqués. Notre départ annoncé pour le i*i ou le 15 de ce qiois parait retardé^ du moins on n'en parle plus. Peut-être le Premier Consul le différera-t-il, jusqu'à ce que la saison soit plus prononcée et que la belle gelée remplace le temps pluvieux. Nous habitons Paris et nous avons pour tout travail Tordre à midi, et pour tout divertissement le spectacle le soir. Lemarois est sur les côtes, Çaffarelli en Piémont, Rapp à Toulon, et le reste de notre monde ici. L'hiver à Paris ne s'annonce pas pour être aussi gai que les autres années. On ne parle ni de fêtes ni de bals, quelques maussades dîners et voilà tout. Dimanche dernier, jour de parade, le Premier Consul a remplacé le grac^d dîner par un souper à petites tables, précédé d'un pas des meilleures danseuses. Moi, comme bien d'autres j'ai trouvé les danseuses bien jolies. Vous voilà^ mon cher général, au courant de notre vie de Paris, lorsque nous serons près de vous nous entrerons dans les détails.
Je vous embrasse.
Davout connaissait trop bien Texlrême réserve, on pourrait presque dire la sauvagerie, de sa femme pour ne pas saisir toutes les occasions de lui rappeler ses devoirs mondains, dont raccomplissement semblait lui coûter tanï d'efforts. Le voyage du Premier Consul lui fournit un pré'-' texte, il revient à la charge : * '
Tu ignorais encore le 12 le départ du Premier Consul, lui écrit-il lo 15 brumaire ; il est probable que lorsque tu raturas
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SU, ta seras allée tenir compagnie à Madaine Bonaparte. Parlemoi donc d*elle, dans toutes mes lettres je te fais cette recommandation inutilement, ce qui m'étonne d'autant plus que je connais l'attachement et la reconnaissance que tu hiî portes. Prie-la d'agréer mes hommages respectueux, je n'oufilierai jamais que je lui dois mon Aimée. — Je satisfais ta petite curiosité en t'envoyant moi-même la note de ce que J*ai en linge de table. J'ai été bien heureux de faire faire à Paris une batterie de cuisine, on ne trouve et on ne prèle rien ici. Le troisième cuisinier demandé est nécessaire, parce que Souvent en courses je suis obligé de nie faire apprêter k manger là où je me trouve ; je déjeûne à 5» 10 et 15 lieues de l'endroit où je dine, il faut que dans ces deux endroits j'aie mon cuisinier. Sois tranquille au surplus» il y a de l'ordre ; Laforest, qui est à la tète de tout, y en met ainsi que de la probité, j'en suis très co'ntent.
L'arrivée de Bonaparte à Boulogne fil croire à Davoat qu'îî profilerait du voisinage pour pousser jusqu'au camp de Bruges. Comptant que la présence et les ordres du tout puissant Consul sauraient en triompher, il lui exposa, le 16 brumaire, les difficultés que l'inexactitude et la lenteur de Tadministration de la guerre lui suscitaient dans TaccompHssemenl de sa tache '. L'espérance que Davout caressait d'une visite du Premier Consul ne devait pas se réaliser alors. Après quelques jours passés à Boulogne, Bonaparte rentrait à Saint-CIoud et, le 26 brumaire, il écrivait à Davout : « Citoyen général Davout, je suis de de retour à Paris. Je ne compte voir votre armée que lorsque la flottille hollandaise sera prête à Flessingue. Le ministre de la guerre, qui se rend à Ostende, prendra cqn-