‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 22 sur 42 · Manuie. Corresponfî. Davout^ 1. 1*'', p · texte numérisé non relu

Manuie. Corresponfî. Davout^ 1. 1*'', p

132 DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIHE

pour en faire une justice sévère. On m'assure qu'il y a dans voire armée quelques officiers du !•' régiment de chasseurs qui nourrissent des sentiments de faction. Il y en a qui prétendent même que le colonel est un homme sur lequel lé gouvernement ne peut pas exclusivement compl<}r.

C'est la présence au l*^de chasseurs de Hulot, beau-frère de Moreau, qui avait provoqué ces inquiétudes dcJ Bonaparte surTesprit du corps d'officiers de ce régiment; quant au colonel, c'était Montbrun, et on sait quelle glorieuse carrière devait répondre de sa fidélité et de. son dévouement.

La première nouvelle de ces événements avait été transmise à Davout par une lettre (Ju général Bessières, qui n'arriva point ou tout au moins tardivement à son adresse. Davout en effet écrit à sa femme, en date du 24 pluviôse : « Je n'ai point re(;u sa lettré dont t'a parlé le général Bessières, peut-être que le courrier de demain me l'apportera ; je l'attends avec bien de l'impatience pour les détails exacts qu'elle doit renfermer. Je n'aime pas trop arrêter mes idées sur tous les dangers auxquels la fureur des Anglais et des Bourbons expose le Premier Consul ; il n'y a que Texpédilion qui y mettra une fin, aussi est-ce une des principales raisons qui me la font désirer bien vivement. »

Le 25 pluviôse (15 février), Berlhier, ministre de ia guerre, inform:iit officiellement Davout de la découverte de la conspiration :

Je crois devoir vous prévenir, citoyen général, lui écriraitil, de ce que tramaient les ennemis de la République et qui heureusement a entièrement échoué. — Georges et trenteautres brigands de la Vendée venant d'Angleterre, étuient*

successivement débarqués entre Béville et Dieppe dans le courant de fructidor, vendémiaire, brumaire, frimaire et nivôse. Dans le dernier débarquement, qui a eu lieu en pluviôse courant, se sont trouvés Tex-général Pichegru, l'exgénéral Lajollai et Georges du Morbihan* — Les déclaration^ donnent à connaître que Tex-général Pichegru réuni au général Moreau se trouve compromis dans un plan qui était la suite d'un attentat contre la vie du Premier Consul. Cette trame a été déjouée. Treize des brigands, parmi lesquels se trouvent les plus intimes amis de Georges ont été arrêtés. Le général Lajollài a été arrêté avec tous les papiers relatifs à la conspiration. Un mandat d'arrêta été lancé contre le général Moreau, qui est arrêté. Sont également arrêtés un grand nombre d'individus qui avaient servi dans la correspondance de Londres. — Le gouvernement a donné ce matin, en présence des ministres, communication confidentielle aux chefs des différents corps constitués des détails, qui sont à sa connaissance, sur ^cetté horrible affaire. L'instruction se fait par les ti*ibunaux compétents avec la plus grande activité et tous les instants apportent de nouvelles lumières. Jusqu'à cette heure la conspiration n'avait eu pour but principal que de tuer le Premier Consul et n'avait pas paru présenter des ramifications en grand nombre. J'ai cru dans cette circonstance devoir vous instruire; cependant vous ne devez donner aucune publi<iité à ma lettre, elle doit vous servir à calmer les inquiétudes du peuple et de l'armée. L'amour de la France entière, les bras de l'armée et le génie de la République mettront le Premier Consul à l'abri des horribles complota de l'Angleterre. — On ne pense pas qu'il se trouve parmi les officiers aucun individu, quelles que soient les relations qu'il puisse avoir avec les généraux coupables, qui ait besoin d'une surveillance particulière. On n'en doit pas moins porter une attention active s«ir tout ce qui peut tenir aux intrigues de ces ennemis de la République.

Je vous salue.

Davout n'avait pas attendu ces communications pour assurer le Consul du bon esprit de son armée. Le 26 pluviôse, il lui en avait rendu compte ainsi que des mesures de surveillance extraordinaire qu'il avait prescrites, tant sur les côtes que dans Tintérieur de Tarmée.

Ce même jour, 26 pluviôse, Duroc faisait part au général d'un événement qui produisait dans tous les rangs de Tarmée une douloureuse stupeur, l'arrestation du général Moreau :

Moreau est arrêté, lui écrivait-il, on espère avoir Pichegra aujourd'hui; si Ton peut tenir Georges on n'aura rien k désirer* Toutes nos conspirations précédentes n'étaient que jeux d'enfants auprès de celle-ci; le Premier Consul en doit la découverte à sa bonne étoile. On ne conçoit pas comment Moreau a pu s'allier avec des scélérats ; il se conduisait trop mal pour ne pas finir de môme. Des complices arrêtés ont tout déclaré, d'autres que l'on a sauvés au moment où ils voulaient se donner la mort pour ne pas périr sur Téchafaud ont fait des révélations importantes. — Jusqu'à présent, hormis Moreau, il n'y a aucun militaire distingué, ni membre d'autorité civile qui soit impliqué dans l'aflaire. C'est tout bonnement une bande des plus grands scélérats de la chouannerie, venus d'Angleterre et rassemblés à Paris, qui voulaient assassiner le Premier Consul. Moreau voulait être dictateur pendant quelque temps pour rallier, disait-il, les militaires et remettre ensuite nos illustres princes sur le trône. Tout parait avoir été bien concerté pour exécuter la première partie. Depuis six mois ces coquins faisaient leur manège, arrivaient et se préparaient. Ils se seraient déguisés en chasseurs à cheval, tenus sur une roule comme piquet qui doit relever, et eussent attaqué le Premier Consul à son passage, ou bien ils l'auraient tué dans son palais ou au spectacle. — Voilà un grand événement qui se prend

CAMP DE BRUGES t3a

bien tranquillemeDt à Paris, vous aurez bien des observationf à faire dans vetre armée, quoique je pense qu'il n'y ait guère que la même façon de penser. Depuis quelque temps tout le monde tournait le dos à Moreau, comme depuis longtemps i 1 ne regardait plus aucune des personnes attachées au gouvernement. Je vous embrasse bien.

Les événements de Paris, en produisant sur Tarmée une profonde et douloureuse impression, y avaient fait éclater les transports de Tamour et du dévouement le plus absolu pour le Premier Consul :

J'ai ITionneur, lui écrit Davout, le 1" ventôse (21 février), de vous rendre compte qu'ayant donné connaissance à l'armée du rapport du Grand Juge, l'indignation la plus générale s'est prononcée. Les généraux et les colonels m'ont demandé, en leur nom et en celui de. leurs troupes, mon agrément pour vous réitérer en. cette circonstance les assurances de leur dévoue* ment et de leur fidélité ; je vous les adresse. Elles sont spontanées et nullement le fruit d'aucune espèce de solliciation.

A mesure que la belle saison approche, et avec elle les probabilités de l'expédition, les ordres de toute nature se multiplient; le 3 ventôse, Davout soumet au Premier ConsqI les réflexions qui lui suggèrent les derniers qu*il vient de recevoir :

Lorsque vous m'enverrez, lui écrit-il l'ordre de réunir toutes }e8 troupes pour l'embarquement, alors toute la côte depuis Breskens jusqu'à Calais sera sans aucune surveillance; les Anglais ne manqueront pas d'en être bientôt instruits et ils vomiront encore par là des brigands ; 300 chevaux et une centaine d'hommes d'infanterie seraient suffisants pour empêcher c^a sortes de communications. — La plus grande surveillance est apportée pour empêcher la désertion des matelots et elle se

fait avec le plus grand succès. Depuis^ trois senfiaines l6 petit nombre de ceux qui se sont évadés ont été arrêtés et réconduits à la marine. La désertion dans les troupes est presque nulle, depuis trois mois il n'y a pas eu plus de 10 h i^ déserteurs sur toute l'armée.

Stir ces entrefaites, Pichegru était enfin arrêté le 9 ventôse; le 10, Bonaparte en fit part aux commandanls de ses •camps et c'est au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer, qu'il en adressa la nouvelle en le chargeant de la faire parvenir à Davout.

Les préparatifs de l'expédition ne s'en continuaient pas moins avec la plus grande activité et l'amiral Verhuel rivalisait avec les généraux français de zèle et de dévouement à la cause commune. Dans une lettre du 16 ventôse au Premier Consul, Davout lui rend le compte le plus élogieux de la conduite et des succès de l'amiral hollandais*. C'est en répondant à celte lettre du générai, le 18*, par un postscriptum daté de 9 heures du soir, que le Premier Consul lui apprit l'arrestation de Georges, qui avait eu lieu ce jour même à 7 heures du soir. Le 19, Duroc en adressant à Davout la relation officielle de celle importante capture, l'accompagna de la lettre suivante :

Vous avez appris par un courrier extraordinaire, mon cher Général, Tarrestation de Georges; je vous envoie les détails. Cette nouvelle est venue à p;ropos pour réveiller les apathiques Parisiens et faire enrager tous ceux qui pensent mal, et il y en a beaucoup. On Ta interrogé toute la nuit, on l'a conduit éti Temple à sept heures du matin aux acclamations de 4,000 iiidi*

. i . Mazade. Correspond. Davout, t. l•^ p. 63. 2. C^rrespçnd. Napoléon. U IX, p. 278. . •» i

.yidus de toute espèce qui Xarsaient son cortège. L'opinion, ces jours passés, était détestable, on a fait des applications dans ,un spectacle en faveur de Moreau. Madame Moreau a toujours reçu, elle a pris un habit de deuil ; on prétend que c*est Tusage dans les cas pareils. On aura bon parti de ce qui reste de ces brigands k prendre. — A présent que rafîaire prend grande tournure et qu'il n*estplus question que du procès, on parle dans Paris de notre expédition. Je vous dirai de vous à moi que Lacuée n'est plus aide-de-camp du Premier Consul, peut ôlre même il perdra son régiment et aura une mission à Constantijiople. Ses camarades lui ont demandé sa démission ; il en a tiré conséquence d'aller faire une visite à Madame Moreau. Vous le connaissez un peu original. Quand nous vous verrons, chacun de nous satisfera votre curiosité ; vous aurez bien des choses à nous demander, et nous bien des choses à vous dire, Madame Davout s'arrondit bien ; elle est sujette à des maux de nerfs, du reste elle va très bien.

Je vous embrasse.

Les déclarations de Georges, relatives à l'appoint que les conjurés attendaient de la présence d un prince de la maison de Bourbon sur le sol français, avaient malheureusement produit sur Tesprit de Bonaparte la plus funeste impression; une maladroite confusion de noms devait l'aggraver encore. Le nom de M. de Thumery, émigré français qui se trouvait alors à Ettenheim, résidence de M. le Duc d'Enghien, estropié par la prononciation alsacienne d'un officier de gendarmerie, avait fait croire à la présence de Dumouriez sur nos frontières. Cette malheureuse méprise, rapprochée des déclarations formelles de Georges et des aula*es prisonniers, ne fut certainement pas étrangère à la sanglante catastrophe qui termina les jours de Tinforluné Duc d'Enghien. On le voit par la lettre suivante que, le

21 ventôse (12 mars), le Premier Consul adressait à Davout :

Depuis Tarrestation de Georges, lui écrivait-il, nous avons arrêté quelques brigands subalternes. Nous avons encore à prendre Villeneuve, Saint- Vincent et Bareo, ce qui nous oblige à maintenir encore le blocus de Paris. Ecrivez au général Mon* net que, s*il arrive des individus de Londres, il prenne des ren* seignements sur Dumouriez. On le dit sur les frontières ; si ce qu*on m*assure est vrai, il sera possible sous peu de jours de l'avoir dans nos mains. Vous devez avoir autour de vous beaucoup d'espions, ne les épargnez pas. — Le Corps Législatif se terminera le 30 ou dans les premiers jours de germinal. Je compte qu'à cette époque les affaires de la conspiration seront finies; j'aurai bien du plaisir à vous voir. Je désire fort passer la revue des 9 bataillons de corvettes de pèche qui sont en rade à Dunkerque, et des 20 bataillons de la flottille batave qui sont à Ostende. Je désire aussi que pour lors les écuries et les bateaux de transports destinés pour Boulogne et Calais soient partis.

Ce même jour, 21 ventôse, Tamiral Verhuel avait avec les Anglais un brillant engagement ^

C'est une lettre de Duroc, du 30 ventôse (21 mars), qui apprit à Davout le tragique événement qui venait de s'accomplir dans les fossés de Vincennes :

Je vous remercie bien, lui écrivait-il, de la bonne nouvelle que vous nous avez donnée du combat du contre- amiral Verhuel; c'est de bien bon augure. — On a fusillé ce matin le duc d'Enghien. Sur les renseignements que le Premier Consul avaient reçus, Caulaincourt et Ordener étaient partis pour arrêter quelques émigrés qui se rassemblaient sur la rive droite

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