V DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE
la Légion d'honneur, FEmpereur sut augmenter encore par ses paroles le prix de ses récompenses. Ayant fait former en cercle les officiers et les sous-officiers : « Officiers et sous-officiers du 3* corps d'armée, leur dil-il, j'ai voulu vous réunir pour vous témoigner moi-même toute ma satisfaction de la belle conduite que vous avez tenue à la bataille du 14. J'ai perdu des braves, je les regrette comme mes propres enfants, mais ils sont morts au champ d'honneur. Vous m'avez rendu un service signalé dans cette circonstance marquante ; c'est particulièrement à la brillante conduite du 3* corps d'armée que sont dûs les résultats que vous voyez. Officiers et sous-officiers, vous avez acquis pour jamais des droits à ma reconnaissance et à mes bienfaits! » Ces paroles du souverain portèrent à son comble l'enthousiasme général et Davout, se faisant l'inl.M-prèle de tous, répondît à l'Empereur : « Sire, nous sommes votre 10' légion ! Le 3« corps sera partout et toujours pour vous ce que cette légion fut à, César ! »
« Rien dans ce rapprochement, dit le général de Ségur dans ses Mémoires, quelque élevé qu'il fût ne parût trop ambitieux ; on trouva même qu'il convenait à ce maréchal. Ceux qui Tont connu le mieux disent qu'il y avait en efiet quelque chose d'antique dans sa probe inflexibilité, sévère à lui-même comme aux autres ; et surtout dans cette simplicité stoïque, au-dessus de toute vanité avec laquelle on le voyait marcher toujours tout droit et tout entier à Taccomplissement de son devoir. »
La revue de FEmpereur marqua pour le 3* corps la fin de cette campagne de Prusse, où en moins de trois semaines il avait acquis tant de gloire; le lendemain s'ouvrit pour lui la campagne de Pologne. Dès le 29 octobre, en effet, Davout reçut du major général Tordre de diriger ses troupes le lendemain, à la pointe du jour, vers Francfort-sur-rOder, d'y passer TOder et de jeter des partis vers la Pologne et vers Kœnigsberg. Le Maréchal en fit aussitôt part aux troupes par Tordre du jour suivant : « Ordre du 29 octobre. L'armée se mettra en marche, demain 30 à 6 heures du matin pour se porter vers Francfort-sur-TOder. La 1" division prendra position en avant de Tempelberg, Le 17* régiment avec deux pièces de canon partira à quatre heures précises du matin et se portera le plus loin qu'il pourra en avant de Tempelberg, il réglera sa marche de manière à pouvoir être rendu à Francfort le 31, à huit heures du malin La 2" division prendra position en
avant d'Eggersdorf ; la 3* à Hoppegarten. Le parc de réserve en arrière de Hoppegarten. >>
Ce même jour TEmpereur recevant la nouvelle de la victoire de Prenzlow s'empressait d'en donner les détails à Davout :
« Mon Cousin, lui écrivait-il, vous avez reçu du major général les ordres de votre mouvement de demain ; mais je ne veux pas perdre un moment pour vous instruire de la nouvelle du beau combat de cavalerie de Prenzlow. Le prince de Hohenlohe a mis bas les armes avec 46.000 hommes d'infanterie et 4,000 de cavalerie, 45 drapeaux, 84 pièces d'artillerie attelées; le prince Auguste de Prusse, le prince de Schwerin sont prisonniers et d'autres généraux prussiens, tous les Gardes du Roi. Ces 4,000 hommes de cavalerie arrivent demain à Spandau, et comme tous mes dragons h pied sont déjà montés, envoyez tous vos hommes de cavalerie qui sont à pied pour y avoir des chevaux; les chevaux sont sellés et en état. — La colonne de Blïicher sera prise probablement demain ; j'attends des nouvelles de Soult, qui aura aussi pu prendre celle du duc de Weimar. Communiquez cela au corps d'armée. »
C'est en réponse à ces importantes nouvelles que le Maréchal écrivait à l'Empereur:
Friedrichsfeld, 29 octobre.
Sire, je me suis empressé de faire connaître à votre 3' corps les nouvelles importantes qu'il a plu à Votre Majesté de me transmettre. Il part comblé de ses bienfaits et plein du désir de lui donner de nouvelles preuves de sa fidélité et de son dévouement.
La division Gudin, que Davout avait dirigée par Seelow el Tuchenband sur Kûslrin, rencoQlra Tenneini le 31 octobre en avant de Manschenow. Celui-ci s'étant aussitôt replié derrière les digues qui couvraient le faubourg de Kûstrin, le général Gudiii l'y fit attaquer. En moins d'une demi-heure la position fut enlevée et Fennemi poursuivi jusqu'au fort qui couvre le pont de l'Oder. Malgré le feu de la place ce dernier retranchement* fut forcé, mais l'ennemi se retirant leva les ponts-levis du pont de l'Oder et y mit le feu, ce qui empêcha les Français de pousser plus loin, ce jour-là du moins, leurs avantages. Le lendemain d'ailleurs, grâce aux bonnes dispositions du général Gudin et à la ruse habile par laquelle les généraux Gaulthier et Petit surent intimider le vieux gouverneur, la place de Kustrin était au pouvoir de nos troupes; le 1" novembre, à minuit, Davout l'annonçait au major général.
Les félicitations de l'Empereur ne se firent pas attendre :
Je vous félicite de la prise de Kustrin, écrivit-il, le 2 novembre au Maréchal; j'attends avec impatience Tétat des magasins que vous y avez trouvés. Sur le plan que j'ai, je vois qu'il y a un petit fortin sur la rive gauche de TOder, formant tête de pont. Faites-le rétablir ; ayez là une bonne tète de pont qui nous rende maître de l'Oder et de la Warta. Faitesmoi connaître ce qu'il y a de fours et ce que l'on peut faire de pain. Voilà un bon appui pour l'armée.
Ce jour même Davout s'était rendu de Francfort à Kustrin. Après avoir visité les fortifications et les magasins, il donna ses ordres pour la construction d'un grand nombre de fours et surtout pour la restauration des nombreux ponts qui tous avaient été plus ou moins brûlés par les Prussiens.
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Laissant le général Gaulthier à Klistrin avec le 85* régiment, le Maréchal ramena le reste de sa 3* division à Franctort.
Çest de cette ville, où il séjourna quelques jours encore, que Davout dirigea sur Posen le 4" régiment de chasseurs, sous les ordres du colonel Exelmans. Celuî-ci y fit son entrée le 4 novembre, à six heures du soir, au milieu des acclamations des habitants. « Les rues, écrit Davout au major général, (5 novembre), étaient tellement pleines de monde qu'à peine les Français pouvaient les traverser. Les Polonais sont très disposés à se soulever et voulaient déjà prendre les armes à notre arrivée. Le général Dombrowskî arrive à l'instant; il m'a communiqué ses proclamations et continue sa route sur Posen. Il m'a demandé si, voyant les dispositions de la nation polonaise à se soulever, il pouvait commencer à faire remplacer les autorités prussiennes par des individus polonais. J'ai autorisé pro^ visoirement le colonel Exelmans à n'y mettre aucune opposition et à seconder le général Dombrowski. Je prie Votre Altesse de me faire connaître la décision de Sa Majesté à cet égard. »
Le 7 novembre, en réponse aux ordres du major général, Davout lui annonçait qu'il dirigeait ses troupes par Meseritz et Pinne sur Posen, que la division Priant y serait le 9 et le reste du 3' corps le 10.
Le 8 novembre Davout était à Meseritz, logé dans un château de M. de Lucchesinî, ainsi que nous l'apprend sa lettre à la maréchale :
. Je suis ici, lui écrit-il, dans une propriété de M. de Luc-
CAMPAGxNE DE POLOGNE 235
cbesini, que nous ménageons le plus possible. Très certainement cet ambassadeur sachant TEmpereur le 25 septembre, à Paris, ne se serait pas attendu que les armées seraient en Pologne dans les premiers jours de novembre. Aussi cette campagne est-elle miraculeuse^ même en comparaison des autres. Les Polonais nous reçoivent comme des libérateurs ; il n'existe point d*armée ennemie pour comprimer leurs sentiments, aussi s'y livrent-ils avec enthousiasme.
Sur ces entrefaites Magdebourg et Li'ibeck, el avec ces deux places les derniers débris de Tarmée prussienne, venaient de tomber au pouvoir des Français ; aussitôt TEmpereur conmiunique à Davout ces importantes nouvelles : « Magdebourg s'est rendu, lui écrit-il de Berlin le 9 novembre. II y avait 16,000 hommes et 800 pièces de canon. Lûbeck a été pris d'assaut par le grand duc de Berg, le prince de Ponte Corvo et le maréchal Soult. Le carnage y a été affreux. Le lendemain le corps de Blucher s*est rendu par capitulation. II y avait 18,000 hommes dont 3,000 dé cavalerie ; les 2,000 Suédois qui gardaient le Lauenbourg ont été pris. »
Au milieu de Tenthousiasme de toute la population polonaise, Davout entrait le 9 novembre à Posen.
Sire, écrivait-il ce même jour à Napoléon, j'ai Thonneur de rendre compte à Votre Majesté qu^en entrant dans cette ville, j'ai été à même de reconnaître que c'est de toutes les classes de la société que part le vœu de secouer le joug des Prussiens. Demain je reconnaîtrai la position en avant de Posen, pour la faire prendre au corps d'armée. Les routes étant très fatigantes à raison des sables et dos distances, les divisions Beaumont, Morand et Gudin n'arriveront ici que le 11, la division Priant y est arrivée aujourd'hui... Le général ftombrowski
est fort aimé ici et jouit de la considération générale ; tout le monde lui fait des offres de le seconder ; déjà une centaine de jeunes ^ens des meilleures familles se sont réunis à lui et font faire des uniformes.
Le 11 novembre, tout le 3* corps était réuni en avant de Posen ; ses troupes légères étaient à Sulpcé et Gnesen, s'éclairant du côté deThorn, la division de dragons était sur la rive droite de la Wartha, ayant à Szrem la tête de ses cantonnements. « Plus je reçois de rapports des partis des troupes légères, écrit Davout à l'Empereur le 12 novembre, plus j'acquiers la conviction de runanimité qui existe dans ce pays pour secouer le joug des Prussiens, des Russes et des Autrichiens. Partout nos détachements sont accueillis avec le plus vif enthousiasme, par les nobles comme par le peuple. Posen est encombré de tous les Polonais et des premières familles nobles de la Pologne qui se sont réunis pour venir au-devant de Votre Majesté. »
Le lendemain du jour où Davout dépeignait ainsi à Napoléon le courant qui poussait vers lui la nation polonaise tout entière, on trouve dans unelçtlre de l'Empereur au Maréchal le passage suivant :
Voici la conduite qu'il faut tenir avec les Polonais. Du mo* ment que vos 3,000 fusils seront arrivés à Posen, vous les remettrez au général Dombrowski et vous lui direz qu*il peut lever 6 bataillons de jeunes gens, en choisissant le plus possible les ofûciejs parmi ceux qui ont servi dans les légions polonaises et parmi les gens les plus considérables du pays. Ces 3,000 fusils peuvent former le fonds de 6 bataillons. Faiteslui connaître qu'il y a 40,000 fusils à Kustrin, et qu'on les
emmagasinera à Posen où ils seront à sa disposition. On m'avait d*abord annoncé des députés de Varsovie,je ne les ai point vus. Sans écrire, faites part aux Polonais du mouvement que vous faites et faites leur dire que s'ils veulent s'insurger contre les Prussiens et désarmer la garnison de Varsovie, ils en sont les maîtres et que vous les soutiendrez avec votre cavalerie. Si Varsovie s'insurgeait, il serait bon d'y envoyer sur-le-champ le général Dombrowski pour organiser de suite les gardes nationales et armer des bataillons de jeunes gens. »
Répondant à la lettre du Maréchal, qu'il a reçue sur ces entrefaites, TËmpereur, le 44 novembre, revient sur ce sujet :
Je vous ai écrit, hier, lui dit-il, ce que vous deviez faire des Polonais... Je ne vois pas non plus d'inconvénient à ce que l'on donne permission aux deux plus riches du pays de former des régiments de uhlans à leurs frais, à ce qu'on organise des gardes nationales à Posen et dans les autres villes, et qu'on forme un comité, composé des hommes les plus considérables, pour organiser l'insurrection administrative et militaire. Ne prenez part à tout cela que par vos conseils et par des encouragements verbaux, et faites connaître que je ne puis me décider que lorsque je verrai les Polonais organisés et armés. II doit y avoir une gazette à Posen; j'imagine qu'on commence h y imprimer les nouvelles et tout ce qui peut mettre du mouvement dans le pays. Je désire beaucoup savoir positivement sur quoi l'on peut compter, et si, dans ce pays, on est assez décidé pour que les hommes armés nous soient d'une assistance réelle.
A Posen, où Davout a pour quelques jours son quartier général, les lettres de la maréchale le rejoignent; elles étaient écrites encore sous le coup de Témotion joyeuse que la gloire de son époux et les félicitations impériales
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lui avaient procurée. On en peut juger par la réponse du Maréchal.
Je suis très flatté, ma petite Aimée, lui écrit-il le 13 novembre, de Timpression qu'ont fait sur toi les éloges que TEmpereur a bien voulu donner à ma conduite. Je serai toujours électrisé et supérieur à moi-môme toutes les fois qu'il sera question de mériter les faveurs dont il me comble et sa bienveillance, enfin de le servir. J'aurai plus besoin que jamais de sa bienveillance ; ceci n'est pas trop en fiaveur de mes collègues, mais enfin c'est une vérité; peu me pardonneront le bonheur que le 3"" corps a eu de battre l'armée. du Roi de Prusse, enfin d'avoir enlevé la gloire à tout ce qui restait des anciens compagnons de gloire du Grand Frédéric. Si je me réjouis de cet événement, je te le jure, quelque gloire que cela me donne, c'est plus parce qu'ila été utile à mon Souverain que pour tout autre motif; je m'en serais réjoui de bien bon cœur si cela était arrivé à un de mes camarades. Mais brisons surces misères; je n'exciterai jamais l'envie par des jactances, jamais je ne me citerai, et, si malgré cela elle s'exerce sur moi, je la mépriserai. La bienveillance démon Souverain, que j'aurai toujours^ parce que je la mériterai par mon jsèle, mon dévouement pour son service et sa personne^ et l'attachement de ma petite Aimée, voilà plus qu'il ne m'en faut pour mépriser ces misères.
Le 16 novembre, Davout, qui d'après les ordres de Napoléon, devait se diriger sur Thom et Varsovie, quittait Posen à la tête du 3* Corps, avec les deux divisions de dragons Klein et Beaumont et^lâ division de cavalerie Nansouty, mises provisoirement sous ses ordres. Le 18 il était à Sempolno, et de là il écrivait à TEmpereur :
J'ai rempli les intentions de Votre Majesté. Je n'ai rien écrit, mais j'ai cherché à monter les Polonais. Suivant les rapports de
tous les partis, Tesprit des bourgeois, des petits nobles et du peuple est très monté. La grande noblesse fait des vœux, mais elle est timide, cependant il y a quelques exceptions.
L'aide de camp du Maréchal, le capitaine Perrin, avec un détachement de 200 hommes, était entré le 18 novembre dans la forteresse de Lenczica et avait aussitôt mis en état de défense celte petite place où l'Empereur avait résolu d'établir un grand dépôt pour Tarmée. Le 20 novembre le fort de Czenstochowo était enlevé par un détachement du 12* chasseurs. Le chef d'escadron Deschamps, qui commandait les 120 chevaux de ce parti, fit preuve en cette occasion de beaucoup d'intelligence et d'adresse. Il se présenta de nuit devant la forteresse après avoir allumé tout à Fentour des feux nombreux et fait mettre pied à terre à ses hommes. Ce stratagème, lui ayant fait croire à la présence de forces considérables d'infanterie, détermina le commandant à rendre la place ; 4 à 500 hommes se trouvèrent ainsi prisonniers de 120 chasseurs et ceux-ci se saisirent dans le fort de 25 pièces de canon. Prévenu par le colonel du 12* de chasseurs du succès de ce hardi coup de main, le Maréchal lui expédia aussitôt l'ordre de se jeter avec tout son régiment dans le fort en attendant l'arrivée de Tiofanterie, d'armer les Polonais sûrs avec les fusils de la garnison, et de rassembler dans le fort les approvisionnements nécessaires pour y tenir le plus longtemps possible contre un retour offensif des Prussiens. Le 22 novembre, un parti de cavalerie du 3* Corps, fort d'environ 130 chevaux, qui se trouvait à Lowicz, fut attaqué par 5 à 600 Cosaques ; l'engagement, fort vif, dura jusqu'au soir. Malgré l'extrême
disproportion des forces, les Français restèrent maîtres de ce point înoportant où il y avait de très grands magasins.
Le 23, bavout, qui venait d'arriver à KIodawa, y était rejoint par Murât. Le Grand Duc de Berg venait, en Tabsence de l'Empereur qui ne quittait Berlin que quarante-huit heures plus tard, prendre provisoirement le commandement des corps des maréchaux Lannes, Augereau, Ney et Davout, et reprendre celui des 3 divisions de cavalerie, qui se trouvaient depuis quelque temps détachées au 3* Corps. Continuant sa marche sur la Bzura, Murât était le 26 novem* bre à Lowicz ; le lendemain son avant-garde avait à Blonie un engagement avec un détachement de cavalerie ennemie qui, après une courte résistance, se repliait sur Praga en détruisant le porit sur la Vistule, et le 28 au soir il entrait à Varsovie.
Davout y arriva le 30, sa première division fut casernée dans la ville, la seconde cantonnée dans les villages voisins, la troisième à Blonie avec le parc. « L'esprit est excellent à Varsovie, écrit-il le 1'' décembre au major général, mais les grands se servent de leur influence pour calmer Tardeur qui est générale dans les classes moyennes. L'incertitude de l'avenir les effraye et ils laissent assez entendre qu'ils ne se déclareront ouvertement que, lorsqu'on déclarant leur indépendance, on aura contracté l'engagement tacite de la garantir. »
L'ennemi ayant évacué Praga le l*^"^ décembre, Davcul y fil aussitôt passer une brigade d'infanterie ; Ton travailla de suite à en réparer les retranchements et à y établir une tête de pont. Le 4 décembre au soir, le Grand Duc de Berg donna ordre au 3^ Corps de traverser la Vistule, et dès le
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lendemain Davout fil commencer le passage. La crue de la Vislule, qui n'avait point permis de réparer le pont, obligea les troupes à la traverser dans des bateaux, prolongeant ainsi la dui'ée du passage; mais le 8 décembre, tout le corps de Davout et la cavalerie de Murât se trouvaient sur la rive droite à Jablona.
Le 10 décembre, le général Gaulthier, à qui Davout avait ordonné de franchir le Bug, en força le passage à Okunin à la tête du So'^ régiment, sans rencontrer d'ailleurs une bien vive résistance. Suivi aussitôt du reste de sa brigade, le général Gaulthier s'empara de Pomichowo, tandis qu'à sa gauche le général Milhaud entrait à Modlin. En rendant compte de cette affaire au Grand Duc de Berg, Davout lui écrivait le 11, à 3 h. 1/2 du matin : « Le général Gaulthier est très bien établi en avant de Okunin, où il a passé le Bug, couvert par de forts abatis. On travaille toute la nuit, et demain au soir il faudrait 20,000 hommes pour attaquer le général Gaulthier, et avant ce temps rien ne fait supposer que l'ennemi puisse faire une attaque sérieuse. » Grâce à l'activité avec laquelle le Maréchal avait poussé les travaux, les troupes françaises purent le lendemain résister sans peine à une tentative que l'ennemi fit, en forces, pour les rejeter sur la rive gauche du Bug.
Arrivé le 19 décembre à Varsovie, l'Empereur donna, le 22, l'ordre à Davout de forcer le passage de la Narew; et le 23 au point du jour, il était rendu de sa personne au pont où le Maréchal effectuait son passage. Après avoir visité le camp retranché, reconnu l'Ukra jusqu'à son embouchure et examiné le terrain à plusieurs reprises, Napoléon dicta sur place ses ordres au colonel Hervô, sous
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242 DAVOUT, MARÉCHAL D'ENtPIRÊ
chef d'étal-major du 3" Corps. En conséquence, le général Morand, formant 3 colonnes d'attaque, confia le commandement de la première (2* bataillon du 13" léger) au colonel Guyardet, de la seconde (voltigeurs du 17" et du 30° régiment) au chef de bataillon Marti n-Lagarde, delà troisième (voltigeurs du 51' et du 61*" régiment) à son frère le capitaine Morand; 3 pièces de canon étaient attachées à chaque colonne.
Il était sept heures du soir quand les colonnes d'attaque, après avoir passé le premier bras de l'Ukra et traversé l'île, arrivèrent au second bras de la rivière en face de Czarnowo. Deux compagnies de voltigeurs, se jetant dans des barques amenées par le génie, abordèrent sur la rive ennemie et y prirent position, non sans avoir éprouvé une vigoureuse résistance. Pendant ce temps, le génie établissait un pont, sur lequel passèrent aussitôt la cavalerie et l'artillerie. Le colonel Lanusse, à la tête de 17* régiment d'infanterie, marcha droit aux batteries qui défendaient les approches de Czarnowo ; déjà il s'en était rendu maître, quand l'ennemi, débouchant en force sur sa gauche, le força à se replier sur sa droite. Cependant toute la 1"^ division et les brigades de cavalerie La Tour-Maubourg et Marulaz ayant effectué leur passage, Davout ordonna au général Morand de marcher avec toute sa division sur Czarnowo, tandis que le général Petit, avec 400 hommes du 12^ de ligne, attaquait ce village sur la droite. Après une résistance opiniâtre et des combats acharnés, qu'éclairait seul au milieu des ténèbres le feu de l'artillerie et de la mousqueterie, le général Morand enleva les retranchements et le village de Czarnowo et s'établit sur le plateau
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en avant du village. Il était quatre heures du matin quand le général Ostermann, désespérant après plusieurs tentatives malheureuses de reconquérir ses positions, commença sa retraite dans la direction de Nasielsk. Pendant ce temps, le général Petit, que le Maréchal fit successivement renforcer d'une compagnie de voltigeurs du 85®, de deux compagnies d'élite du 21* et d'un escadron du !*''' chasseurs, sous les ordres du colonel Exelmans, s'était emparé des retranchements que les Russes occupaient sur les hauteurs vis-à-vis de Pomichowo. Ce long combat de nuit, pour lequel TEmpereur adressa sur le terrain même ses félicitations au général Morand, coûta aux Russes plus d'un millier des leurs, tant tués et blessés que prisonniers, et cinq pièces de canon.
Dès le 24 décembre, le 3^ corps et la réserve de cavalerie se mirent à la poursuite de l'ennemi. L'avant-garde du Maréchal, dont le général Rapp, aide de camp de l'Empereur, avait pris le commandement, eut à Nasielsk un engagement assez vif avec l'ennemi ; soutenue par la division Priant, elle en délogea les Russes, et le jour même le quartier-général de l'Empereur y remplaçait celui du général Benningsen. Le 25, de nouveaux ordres du majorgénéral, modifiant les instructions d'abord données à Davout, dirigèrent ce maréchal vers Strzegocin, où l'ennemi s'était retiré. A l'arrivée du Maréchal, les Russes avaient déjà évacué cette position; il n'y trouva que quelques traînards de leur arrière-garde, mais il y ramassa deux cents voiti^res de bagages que la pénurie de chevaux et le mauvais état des chemins ne leur avaient pas permis d'emmener.
2i4 DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE
Tandis qu'avec deux divisions le maréchal Davout s'avançait par Slrzegocin sur Golymin, sa 3* division (Gudin), momentanément aux ordres du général Daultanne, ayant appuyé trop à droite, se trouva le 26 décembre au village de Moszyn, vis-à-vis la droite de Tarmée russe, que le maréchal Lannes attaquait en ce moment devant Pultusk. Cette division prit donc part à ce combat acharné et indécis, qui se prolongea jusqu'à la nuit sans que le maréchal Lannes pût forcer les positions ennemies. Cependant, la nuit suivante, bien qu'ils ne craignissent pas de s'attribuer la victoire, les Russes évacuèrent Pultusk, mais en bon ordre, et se retirèrent vers Ostrolenka.
Le 26 décembre, les maréchaux Augereau et Davout attaquèrent à Golymin le corps du prince Galitzih ; les forces russes s'élevaient à 28 bataillons et 45 escadrons. Malgré l'infériorité du nombre et de la position, les troupes du maréchal Augereau, engagées depuis le matin, conservaient leurs positions, quand le général Marulaz, qui commandait la cavalerie légère du maréchal Davout, ayant fait vers Ostarzewo sa jonction avec la cavalerie de Murât, vint se déployer en avant des bois de Golymin el força la cavalerie russe à se retirer sur le village. Il était trois heures et demie quand Davout, débouchant avec les divisions Morand et Priant, lança la 1'** division en colonnes d'attaque par bataillons contre lïnfanterie russe qui gardait le bois. L'ennemi opposa une vigoureuse résistance, il jeta môme ses sacs pour charger à la baïonnette, mais arrêté par le feu violent des bataillons français, il fut repoussé du bois et du champ de bataille, sur lequel on ramassa au milieu des morts 4,000 sacs Rejeté dans
Golymin, le prince Galiizin dut le salut de ses troupes à l'obscurité de la nuit, qui lui permit de faire, dans le plus grand désordre, sa retraite sur Makow et Norwawies. A la nuit close, la division Morand prit position à portée de fusil de la route de Golymin à Pultusk, ainsi interceptée à l'ennemi.
Ce combat fut le dernier de cette première partie de la campagne. Napoléon, arrivé le 28 à Golymin, arrêta alors le mouvement de ses troupes. Il leur fit prendre des cantonnements provisoires resserrés entre la Narew, l'Orezye et l'Ukra; l'établissement des quartiers d'hiver ne devant être définitivement arrêté qu'à sa rentrée à Varsovie.
Le 7 janvier, le major-général adressait au Maréchal les ordres suivants pour les cantonnements définitifs du 3° corps : « Le maréchal Davout occupera la rive gauche de rUkra, depuis son confluent jusqu'à la petite rivière de Ziclino ; il suivra la rive gauche de cette rivière jusqu'à une lieue devant Golymin, et de là, par une ligne droite, jusqu'à Pultusk, c'est-à-dire à une lieue de cette ville, en remontant l'Orezye, et ensuite toute la presqu'île entre la Narew et le Bug jusqu'à Ostrolenka; Sierock et tous les villages à une lieue aux environs restant à la disposition du maréchal Lannes, ainsi que la rive droite du Bug, depuis le confluent de la Narew jusqu'à Brok. Le maréchal Davout s'étendra jusqu'à Ostrolenka, si l'ennemi l'a évacué; il cantonnera dans cette partie sa cavalerie légère et la division de dragons du général Beker; Nasielsk etZegrz se trouvent par ces dispositions dans les cantonnements du maréchal Davout. Le quartier général, la manutention,
les ateliers de réparation et de confection seront établis à Pultusk. »
Loin d'ajouter aux cantonnements déjà insuffisants du 3' corps, la nouvelle délimitation lui enlevait encore bon nombre de villages. Pultusk et ses environs, qui avant la bataille du 26 décembre auraient pu offrir quelques ressources, étaient complètement ruinés. Même avec de l'argent, on n'aurait pu s'y procurer ce qui était indispensable à la création des établissements dont la lettre du prince de Neufchâtel prescrivait la formation. Il fallait tout faire venir de Varsovie, et il en était de même pour tous les approvisionnements de l'armée. C'est ce que Davout exposa au major-général dans une longue lettre, datée du 10 janvier *.
Ce fut donc au milieu de privations de tous genres, que l'épuisement du pays, la difficulté croissante d'assurer les subsistances rendaient de jour en jour plus sensibles, que Davout, avec les divisions Morand et Priant, passa à Pultusk le mois de janvier; la division Gudin, appelée le 15 à Varsovie par l'Empereur, eut bien moins à souffrir.
Cependant, les Russes, auxquels l'inaction de l'armée française rendait courage, se ralliaient et recevaient des renforts. Malgré la rigueur de la saison, l'armée alliée, forte d'environ 80,000 hommes, partit le 18 janvier des environs d'Arys et arriva le 24 autour d'Heilsberg.
A la première nouvelle des mouvements de l'ennemi, Napoléon avait fait lever les quartiers d'hiver. Le 3^ corps avait opéré sa réunion à Myszyniec, et toute la ligne fran-