Chancelier Pasquier. Mémoires, I, p
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retraite. Friedland fui évacué le 17, sans d'ailleurs que l'ennemi tentât d'inquiéter nos soldats. Le 19 février, Davout était à Heilsberg, le 22 à Allenstein.
Il y trouva les instructions du major général relatives aux cantonnements définitivement attribués aux troupes du 3^ corps entre Hohenstein et Gilgenburg.
A Paris, où Ton s'était habitué aux victoires foudroyantes par lesquelles en une journée l'Empereur terrassait ses ennemis, la sanglante bataille du 8, suivie de la retraite de l'armée sur la Passarge, avait produit une surprise douloureuse, voisine de l'iniquiélude. La correspondance de la maréchale avait reflété ce sentiment ; c'est à quoi répond la lettre suivante que, de Detlerwalde, Davout, le 13 mars, adressait à sa femme :
Cette bataille du 8, lui écrit-il, a produit, à en juger par ta lettre, un elTet que je remarque sur bien des figures trop habituées à faire des campagnes jusque-là peu meurtrières. Maintenant on n'est point satisfait d*une bataille à moins que tout un pays, beaucoup de places fortes et 100,000 prisonniers n*en soient le résultat. L'Empereur, ma bien bonne Aimée, nous a gâtés par tous ses prodiges ; dans cette journée il avait assez bien manœuvré pour pouvoir espérer ce résultat, mais les tempêtes, les plus grandes contrariétés et le destin en avaient autrement décidé. Cette bataille devait être gagnée après avoir été bien disputée, mais le gain devait se borner au champ de bataille. Cependant ce n'est point peu de chose, car plus le champ de bataille a été disputé, plus Tarmée qui est forcée à Tabandonner après des pertes immenses, doit renoncer à l'espoir de vaincre k l'avenir. Chaque jour nous nous apercevons que les Russes ont perdu cet espoir et qu'ils ne se relèveront pas de sitôt des pertes majeures qu'ils y ont faites; nous au contraire nous les réparons chaque jour. Jamais les Russes
n*ODt plus désiré la paix et il est vraisemblable que leur empereur finira par céder à ce vœu. — J'ai reçu une lettre de Leclerc où il me fait part de son projet de mariage qu'il me prie de communiquer à Sa Majesté. J'ai déjà eu l'occasion de lui en dire quelques mots à mon passage à Osterode, j'ai vu que l'Empereur portait toujours la plus grande bienveillance à la famille.
Le mariage auquel le Maréchal fail ici allusion est celui qui, quelques mois plus tard, devait unir son beau-frère Leclerc Desessarts à la veuve du général d'Hautpoulv tué à Eylau.
Pendant les six semaines qui précèdent la reprise des hostilités, nous trouvons Davout successivement à Liebstadt, à Detterwalde, à Osterode, toujours au milieu de ses troupes parmi lesquelles, au prix d'exemples sévères mais nécessaires, il sait maintenir la plus exacte discipline. Pour le 3*^ corps d'ailleurs, cette rude campagne commencée aux premiers jours d'octobre se termine de fait avec Eylau.
Durant les mois de mars, avril et mai, la correspondance de Davout avec TEmpereur et le prince de Neufchàtel, ne signale que quelques reconnaissances sur la ligne ennemie, quelques fourrages ; il n'y a pas d'engagement sérieux.
Malgré la prise de Dantzig, qui venait de se rendre au maréchal Lefebvre, les alliés ayant dans les derniers jours de mai rompu les pourparlers, on se prépara de part et d'autre à recourir aux armes. Pendant cette dernière partie de la campagne que Téclatante victoire de Friedland allait terminer si rapidement, le 3^ corps, tout en contribuant efficacement au succès de Tensenible des manœuvres de l'Empereur, n'eut pas un rôle bien considérable. Le 8 juin,
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apprenant que le maréchal Ney est attaqué, TEmpereur, à 2 heures après raidi, écrit à Davout:
Je reçois au moment même une lettre du maréchal Ney qui m'annonce qu'il a été attaqué ce matin à 6 heures. Est-ce une attaque sérieuse, ou n'est-ce qu'une escarmouche? Il faut toutefois se préparer. Le maréchal Ney, s'il voit qu'il ait à faire avec des forces trop- considérables, doit se retirer sur Deppen. Vous avez sans doute déjà appelé votre cavalerie légère. Dans le cas de la retraite du maréchal Ney, je désire que vous souteniez son flanc droit et que vous preniez toutes les mesures pour que son mouvement sur Deppen se fasse sans désordre et sans perte.
Le lendemain, à 8 heures du soir, l'Empereur adressait directement à Davout, avec ses instructions, des nouvelles de Tarmée :
L'ennemi, lui écrivait-il, a été repoussé hier devant le prince de Ponte Cor\'o et devant le maréchal Soult. II a alors pris le parti de se dégarnir devant eux pour se porter avec plus de forces sur le maréchal Ney. Le maréchal Ney est vis-à-vis Deppen. Le prince de Ponte Corvo et le maréchal Soult occupent encore leurs fctes de pont ordinaires. Dans cette situation des choses, vous comprenez facilement qu'il est bien urgent que vous soyez réuni à Osterode avec toutes vos forces et les deux divisions de dragons, à la rencontre desquelles il faut envoyer, et que vous puissiez appuyer ainsi la droite du maréchal Ney. — Que fera l'ennemi ? continuera-t-il à marcher sur Allenstein, quand nous occupons encore Deppen et Liebsladt? Tout cela peut donner lieu à des événements fort singuliers. — Toute ma cavalerie et mon infanterie de réserve se réunissent à Saalfeld et Mohrungen; moi-même je serai à Saalfeld dans une heure^ bien désireux d'avoir de vos nouvelles deux ou trois fois dans la nuit, si c'est possible. Il faut ne rien laisser à Allenstein et faire tout évacuer sur Marienwerder, car c'est
par Marienwerder, Marienburg et Dantzig qu'est ma ligne d'opération. L'ennemi manœuvre comme si ma ligne était sur Thorn. — Vous aurezxhoisi des positions à Osterode, qui en offre de si avantageuses, pour retenir l'ennemi, s'il avance jusque-là. Vous êtes l'extrémité de ma droite; jusqu'à cette heure mon intention est de pivoter sur vous. Je compte sur le courage de votre corps d'armée, sur votre fermeté; mais beaucoup de canons et de bonnes positions, afm, à tout événement, de gagner tout le temps possible. Je n'entends par cette lettre rien contremander à l'ordre que vous avez de soutenir Alt- Ramten; c'est la tête d'Osterode.
C'est à Neu Schonenberg que cette lettre vint trouver le Maréchal, le 7 juin au matin ; il y répondit aussitôt :
Sire^ je reçois à l'instant (9 h. du matin) à Neu Schonenberg, où je suis avec le 3« corps, la lettre de V. M. en date de Finkenstein 6 juin à 8 heures du soir. Je suis ici depuis 4 heures du matin, dans le cas où Tennemi eût continué a se jeter sur le maréchal Ney ; mais on n'a entendu que 5 à 6 coups de canon, qui paraissaient venir du côté de Liebstadt. Je n'ai point de nouvelles de M. le maréchal Ney, tous les officiers que je lui ai envoyés n'ayant pu parvenir jusqu'à lui. Point de nouvelles de l'ennemi. Hier soir, il parait que ses grandes forces étaient du côté de Deppen. — Pour exécuter les intentions de V. M., je vais porter la division du général Friant à Alt Ramten et à Looken, la division du général Morand à Languth, et la division du général Gudin à Podleiken, occupant Detterswalde. Demain je viendrai occuper la position d'Osterode ; j'aurai d'ailleurs dans la journée des nouvelles du maréchal Ney.
Ainsi qu'il l'annonçait à TEmpereur, le Maréchal passant par Podleiken se portait à Alt Ramten et le lendemain il occupait Osterode.
Le 9 juin Davout arrivait à Knopen, et le 10, tout le
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3"* corps était réuni sous sa main à Âltkirch. Il en partit le H, se portant directement sur la route d'Heilsberg à Prussich Eylau pour prendre position à Grossendorf et menacer ainsi la droite de Tarmée de Benningsen. Le 13 juin, Murât marchant droit sur Kœnigsberg, Davout reçut Tordre de suivre la même direction pour soutenir le prince, en cas de besoin; mais, ce même jour, ayant dans l'aprèsmidi reçu avis d'avoir à se rapprocher de Tarmée en marche sur Friediand, il dut laisser aux troupes du maréchal Soult les positions qu'il occupait.
Le 16 juin, deux jours après la bataille de Friedland, Davout passait la Pregel se dirigeant sur Labiau. L'ennemi ne Ty attendit pas et le 17 le Maréchal n'y trouva plus qu'une arrière-garde qui, après un court engagement, se replia laissant 200 prisonniers entre ses mains. Ce combat devait être le dernier de la campagne.
Le 19 juin, l'Empereur Napoléon entrait à Tilsit et le jour même un plénipotentiaire russe se présentait aux avant-postes pour proposer un armistice, qui fut signé le 21 . Trois jours plus tard, après leur fameuse entrevue sur le radeau du Niémen, les deux empereurs de France et de Russie entraient ensemble dans Tilsit, neutralisée pour la durée des négociations; ils s'y établissaient et le roi de Prusse ne tardait pas à les y rejoindre.
Poussées avec la plus grande activité, les négociations aboutirent, le 8 juillet, au double traité de Tilsit, l'un entre la France et la Russie, l'autre entre la France et la Prusse. Par l'article 13 de ce dernier traité, le roi de Prusse abandonnait toutes ses provinces polonaises, qui, sauf un territoire peu important rattaché à la Russie, devaient, sous le
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sceptre du roi de Saxe Frédéric Auguste, former le Duché de Varsovie. Le 12 juillet, le major général Berthier et le feld maréchal Kalkreuth déterminèrent par une convention spéciale les délimitations du nouveau duché ainsi que les dates et les conditions de Tévacuation par les troupes françaises des territoires restitués à la Prusse.
Dès la conclusion de Tarmistice, TEmpereur avait rappelé à lui ses divers corps d'armée et les soldats avaient établi autour de Tilsit des camps dans le genre de ceux qu'ils avaient, trois ans auparavant, occupés à Boulogne. Là, fraternisant avec leurs ennemis de la veille, ils recevaient la visite de leurs camarades de Tarmée russe, et, réunis autour du même banquet^ les soldats des deux nations portaient joyeusement la santé des deux empereurs, aujourd'hui alliés.
C'est pendant son séjour à Tilsit, au commencement de juillet, que des lettres de sa belle-mère vinrent apprendre à Da vont l'heureuse délivrance de la maréchale, qui, dans les derniers jours de juin, avait mis au monde une seconde fille*.
i NapoléoDie Àdèlei depais comtesse de Cauibacérès.
Au moment de quitter Tilsît, l'Empereur confia à Davout un commandement semi militaire, semi politique de la plus haute importance. Il avait apprécié les qualités d'administrateur du Maréchal, sa rigide probité S Tdxacte discipline qu'il savait faire régner autour de lui. Toutes ces considérations le déterminèrent à désigner le 3* corps pour Toccupation du Grand Duché de Varsovie et à choisir son chef pour présider à la résurrection de ce fantôme de Pologne.
Des difficultés de tout genre avec lesquelles Davout allait se trouver aux prises, la première, la plus sérieuse de toutes, tenait à la nature même de l'esprit public en Pologne. Les Polonais avaient acclamé les Français comme des libérateurs dont les victoires allaient restaurer leur indépendance; très vif dans le peuple et la bour-
1. M. le comte de Narbonne ayant un joar, en causant avec TEmpercur, fait allusion aux énormes dotations du maréchal Davout : » 11 faut bien que je lui donne, à celui-là, répondit Napoléon, il ne prend rien. »
geoisie, l'enthousiasme était beaucoup moindre parmi la noblesse. L'extrême réserve avec laquelle Napoléon avait d'abord accueilli les premiers mouvements des Polonais, puis évité de s'engager sur la question de leur indépendance, n'avait pas tardé à refroidir leur élan ; si le peuple et les classes moyennes restaient quand même pleins d'espérance et d'ardeur, les tendances de la plupart des grands décelaient une froideur voisine de l'hostilité. Telles étaient les dispositions dans lesquelles les traités de Tîlsil trouvèrent les Polonais.
Le brusque revirement par lequel la politique impériale se l'approchait ainsi de la Russie fut donc pour eux un amer désappointement. La création du duché de Varsovie, par laquelle Napoléon avait pensé reconnaître leurs sacrifices et satisfaire à leurs aspirations, ne fut pour la plupart qu'une déception ; ceux même qui semblèrent l'accueillir avec faveur ne voulurent y voir qu'un acheminement vers la reconstitution complète de la patrie. Gette restauration, Vespérance et le rêve de tous, les Polonais, ne pouvant plus désormais l'attendre que d'une nouvelle guerre, comptaient bien par l'intrigue en fournir l'occasion.
Davont allait donc avoir à présider à l'installation d'un gouvernement nouveau, imparfaitement soutenu par les sympathies populaires, à contenir les Polonais sans les décourager, enfin à surveiller vers la Galicie les agissements de l'Autriche, que le traité de Tilsit inquiétait sur l'avenir de ses provinces polonaises. C'est au travers de cette tache laborieuse que la correspondance du Maréchal permet de le suivre pour ainsi dire pas à pas.
Le 12 juillet, l'Empereur avait adressé au major-général
OCCUPATION DU GRAND DUCHÉ DE VARSOVIE 2od
les ordres suivants : «Tout le territoire du duché de Var sovie sera sous le commandement de M. le marécha Davout. Il aura le commandement des troupes, défense des places, artillerie, génie, administration, etc. ; il sera chargé de tout; à cet effet, il aura sous ses ordres les troupes polonaises, les saxonnes, le 3"^ corps d'armée, la division de dragons du général Lahoussaye, la brigade de cavalerie légère du général Pajol et celle du général Wathier; ces deux brigades seront commandées par le général de division Lasalle. »
Tandis que Davout, après avoir le 20 juillet, remis la ville deTilsitauxPrussiens,acheminaitle3'corps vers Varsovie, pour y réunir toutes ses divisions du 9 au 20 août, l'Empereur, en route pour la France, s'arrêtait quelques jours à Dresde. C'est pendant son séjour à la cour de Saxe que, le 22 juillet 4807, fut promulgué le statut constitutionnel du Grand Duché de Varsovie. Par l'article 8 de la convention conclue le même jour, pour régler la remise du duché aux commissaires du roi de Saxe, celui-ci acceptait l'offre de l'Empereur d'y laisser un corps d'armée français « pour en faire respecter les frontières jusqu'à ce que le nouveau gouvernement soit pleinement établi et l'armée (portée par le statut à 30,000 hommes) complètement organisée. » On voit ainsi combien étaient complexes les attributions du Maréchal ; sans autre titre officiel que celui de commandant en chef du corps d'armée français, il se trouvait de fait chargé de présider à Torganisation politique et militaire du nouvel État oîi tout était à créer.
De Skierniewicz, propriété qu'il venait de recevoir de l'Empereur et où il s arrêta quelques jours en se ren-
danl à Varsovie, Davout, le 15 août, écrivait à Napoléon :
La consiitulion que Votre Majesté a donnée au duché de Varsovie n'est encore connue du public que d'une manière imparfaite, mais ce qui en a transpiré a suffi pour rallier au parti de la France ceux que les premières nouvelles avaient aliénés. L'opinion de la classe influente a beaucoup varié à cet égard, immédiatement après le traité de Tilsit, on a manifesté le plus vif mécontentement; il y eut beaucoup de bavardages. Quelques lettres de Dresde parurent apaiser les esprits; mais ce ne fut que lorsqu'on connut les principales bases de la constitution qu'on en revint généralement à trouver que V otre Majesté avait fait pour les Polonais tout ce que les circonstances lui permettaient de faire. La masse des habitants est composée de véritables Polonais, qui n'oublieront jamais que c'est Votre Majesté qui leur a rendu une patrie. Quant aux grandes familles qui ont leurs parents ou une partie de leurs propriétés en Galicie ou en Russie, il faut s'attendre à ne les voir jamais embrasser une conduite franche et loyale ; elles chercheront à flotter entre tous les partis pour surnager avec celui qui obtiendra l'avantage. Ces grandes familles voient d'un mauvais œil la mesure adoptée par Votre Majesté pour créer un peuple en Pologne ; elles comprennent que du moment que ce peuple existera, leur influence devra naturellement diminuer
Sans se laisser attarder aux fêtes et aux réjouissances populaires qui, le 47 août, avaient salué son entrée à Varsovie, Davout, frappé de rinexpérience et de la faiblesse de la commission de gouvernement, de la désorganisation de toub les services*, se mit aussitôt à l'œuvre.
Dans ce pays, travaillé à la fois par les factions intérieures et par les intrigues étrangères, la police était nulle;
• 1 . Mazade, Correspond, Davout^ t. H, p. 31. Lettre au ministre Maret.
c'était le principal, pour ne pas dire Tunique moyen de contrôle et d'information qui faisait ainsi défaut. L'organisation de la police fut donc l'objet des premiers soins du Maréchal. Les officiers étrangers, qui jusque-là arrivaient, séjournaient à Varsovie sans surveillance aucune, furent astreints à se présenter, dès leur arrivée, au commandant de place, les aubergistes et les habitants tenus de déclarer le nom de leurs locataires, enfin tous les règlements militaires et de bonne police remis en vigueur sous la surveillance vigilante du général en chef,
La question des subsistances de l'armée, qu'il lui fallait assurer avec le concours du gouvernement du duché, était une de celles qui préoccupaient le plus Je Maréchal et qui devaient lui causer le plus de difficultés. Le 21 septembre, après avoir exposé à l'Empereur la situation des différents services, il ajoutait: « Jene dois pas dissimuler ,à Votre Majesté que quelles que soient les belles promesses faites parle gouvernement, promesses au surplus qui lui sont arrachées par l'urgence des demandes que la nécessité nous force à faire, je ne pense pas qu'il puisse nous procurer de quoi exister quinze jours. D'ailleurs, ce gouvernement n'a ni fonds, ni crédit, ni volonté. Il ne veut rien faire sans consulter le ministère du Roi de Saxe et ne reçoit aucune réponse. »
Le lendemain, il lui écrivait encore :
Il serait difficile de donner une idée de Tétat de désorganisation de ce pays. Non seulement les Chambres, mais môme les simples commissions ne sont pas subordonnées. Il règne un arbitraire qui donne lieu à des exactions qui finiront par être portées au comble et par devenir insupportables. Il n'y a
aucune espèce d'organisation dans les dilTérents ministères : on ne pourrait croire tout ce qu'il serait possible de dire à cet égard, sans s'écarter de la plus rigoureuse vérité. Il n'y a pas dans le gouvernement ce qu'on peut appeler des malintentionnés, mais il n'y a pas de caractère. Une caricature qui court dans le public représente les membres du gouvernement sous différents costumes, mais tous sans tôte. Plus on a de relations avec eux, plus on se persuade que cette peinture est exacte. Le président (M. de Malachowski) est un homme respectable par ses vertus et sa probité, mais il baisse tous les jours. La remise du duché de Varsovie n'est pas encore faite... C'est surtout sous le rapport des subsistances que cet état de désorganisation devient dangereux. Le ministre de l'intérieur donne les promesses les plus fortes, et non seulement elles ne se réalisent jamais, mais souvent on découvre qu'on n'a rien ordonné, rien essayé pour leur exécution. Ses conseillers étaient des hommes dangereux sous tous les rapports; il a été obligé de s'en défaire; il a pris à leur place des hommes nuls, ce qui aura le môme résultat. — Dans tous les cas, ce pays a besoin d'une prompte organisation et qu'on y envoie des hommes capables de la faire dans l'esprit de la Constitution. J'ai cru devoir entrer dans tous ces détails et faire connaître à Votre Majesté comment je juge les choses dans ce pays-ci. Il peut se faire que je les voie trop en noir, peut-être parce que les difficultés qu'elles présentent sont au-dessus de mes forces. Avant d'arriver ici, j'en ai eu la crainte, et chaque jour elle augmente; mais ici, comme dans toutes les occasions, je ferai ce qui dépendra de moi pour remplir vos volontés.
Afin de mettre un terme aux malversations les plus scandaleuses, Davout, dès les premiers temps de son séjour à Varsovie, avait ordonné la remise de tous les servi'îes aux agents polonais sous la surveillance des commissaires des guerres et des employés français. Avant la
remise, les scellés furent apposés sur tous les magasins et un inventaire fut fait de toutes les denrées qu'ils renfermaient; en même temps défense] formelle avait été faite aux habitants d'acheter quoi que ce fût provenant des magasins français autrement que dans les ventes publiques faites avec l'autorisation de Tinlendant général. « Ces mesures, écrivait le Maréchal à l'Empereur, le 25 septembre, ont réussi au delà de toute espérance. Les gardemagasins surpris n'ont pu se défaire de ce qu'ils avaient soustrait, et le résultat des inventaires a été de faire trouver dans les magasins des quantités considérables de denrées, au delà de ce qui était porté dans les états de situation. On ne peut douter que l'intentiou des gardemagasins ne fût de vendre ces excédants, puisqu'ils n'en étaient pas chargés. On ne peut expliquer ces bonis que par le désordre qui existait. Les denrées étaient versées dans les magasins sans procès-verbaux, ou sur des procèsverbaux de fausses avaries. J'ai cru pouvoir entretenir Votre Majesté de ces objets, quelque désagréables qu'ils soient, pour lui donner connaissance dçs motifs qui m'ont déterminé à une mesure qu'EUe aurait pu désapprouver, les ignorant. »
Sur ces entrefaites, des rapports du général Friant étaient venus confirmer les craintes que le Maréchal avait exposées à l'Empereur. Il se rendit aussitôt auprès de la commission de gouvernement qui, sur ses vives représentations, se décida à nommer un comité de subsistances. « Ce choix, écrivait Davout à l'Empereur, me fait espérer au moins que je trouverai de la bonne foi, de la probité et une grande volonté. »
Le 9 octobre, M. de Schoenfeld arrivait à Varsovie chargé par le Roi de Saxe de supprimer la commission de gouvernement et de la remplacer par un conseil des ministres sous la présidence de M. de Malachowski; « mais, écrivait le Maréchal à FEmpereur, ce conseil, déclaré provisoire, a reçu Tordre de référer des plus petites choses au Roi de Saxe, d'attendre son arrivée et de ne rien organiser. »
Au surplus, la détresse des finances du duché non moins que Tincurie de son gouvernement rendaient constamment illusoires la plupart de ses engagements, et, vers la fin de novembre, le service des subsistances de l'armée courait les plus sérieux dangers. Davout, qui déjà à la fin d'octobre avait, sur sa caution personnelle, fait avancer une somme de 100,000 francs à la commission des subsistances pour assurer le service de la viande, à la veille de manquer, signala à Napoléon, dans sa lettre du 25 novembre, la gravité de la situation.
Je crois, écrivait-il en terminant, qu'une somme de iSO à 200,000 francs par mois assurerait ce service, sauf à faire entrer ce qui serait avancé dans les liquidations à faire avec ce gouvernement. Je ne ferai rien donner au surplus sans nécessité, mais je conjure Votre Majesté de prendre en considération cet état de choses. Je joins ici un état des magasins à répoque du !•' septembre et à celle du iO novembre; Votre Majesté verra que ce qu'on nous a laissé n'a pas été gaspillé et que les consommations sont remplacées.
La présence du Roi de Saxe ' avait donné une certaine impulsion au gouvernement du duché, mais elle ne dura