Du courant d'octobre à la fin de décembre
guère plus que la présence du souverain. Dès les mois de janvier et février 4808 le Maréchal se retrouva aux prises avec les mêmes difficultés; elles allaient s'aggraver encore. Dans les premiers jours de mars, Davout, qui se trouvait alors à Skierniewicz, y reçut du commandant de place de Varsovie et du chef d'escadron Saunier des rapports inquiétants sur la dépréciation de la petite monnaie ou monnaie de billon.
Cette affaire offrait dans les circonstances présentes d'autant plus de gravité que les troupes devaient recevoir en petite monnaie la moitié dé leur solde.
Davout adressa aussitôt ces rapports au major général, ils étaient du 14 mars. Le 16, un nouveau rapport présentait la situation -sous un jour plus alarmant encore. En l'envoyant au prince de Neufchâtel le Maréchal lui écrivait le 18 :
On ne peut se dissimuler que ce pays, qui éprouve déjà de grands embarras pour les dépenses et les charges auxquelles il est assujetti, va en ressentir de bien plus grands et qui donnent bien des inquiétudes pour Tavenir; on ne peut espérer d'en sortir avec un gouvernement d'une ineptie bien rare, car je ne crois pas que l'histoire offre beaucoup d'exemples que des gouvernements aient fait sortir de leur pays du bon argent pour le remplacer par la fausse monnaie.
Nous voilà arrivés, lui écrivait-il encore le 21, à l'époque où les habitants et les militaires vont se ressentir des opérations de nos fmanciers; si la plus crasse ignorance ne les excusait pas, on pourrait les accuser d'une grande malveillance. Rien ne ressemble tant à leurs opérations de finances que celles des écoliers qui croient faire une bonne spéculation en convertissant de l'or en petite monnaie. Si ces scandaleux
266 T)AVOUT, MARÉCHAL D'EMPlttE
permis ont enrichi quelques misérables, ils nous ont bien donn^ le droit à nous, chefs militaires, de les apprécier, puisqu'il nous mettent dans des cas dont ne manquent jamais de profiter quelques mauvais esprits pour troubler la discipline. Je craindrais que cette circonstance n'en offrit des exemples, si le bon esprit des officiers et des troupes ne me rassurait parfaitement à cet égard. Je suis donc tranquille sur les mesures que vous prescrirez à nos officiers ; il me reste à vous demander de presser le gouvernement de prendre des mesures pour que le soldat ne soit point lésé et qu'il n'ait aucun prétexte de plaintes majeures.
Le même jour, écrivant à l'Empereur, Davout lui disak :
Le gouvernement de ce pays n'emploie dans ces circonstances que des palliatifs, qui ne remédient point au mal et qui le rendront majeur dans la suite. — On accrédite dans le public que cette crise a été occasionnée par les autorités françaises. L'arrivée d'un million en billon venant de Berlin pour lé payeur du corps d'armée les a parfaitement servis dans cette circonstance. Il est de fait que cela ne doit être attribué qu*à Tineptie du gouvernement, qui non seulement lorsqu'il voyait la dépréciation qui avait lieu dans les pays voisins, ne prenait aucune mesure, mais a fait exporter la plus grande partie de l'argent courant qui rentrait dans le trésor par les contributions, pour avoir de la petite monnaie qui leur servait à payer les troupes et les employés. On sait positivement que le ministre des finances a accordé des permissions pour plus de 1.200.000 thalers à un banquier nommé Frankel. — Il n'y a pas de doute qu'indépendamment de ces exportations permises, il ne s'en soit fait de bien plus considérables par fraudes; on ne doit pas être étonné après de pareilles mesures de la rareté de la bonne monnaie et de l'affluence du billon. Les rapports d'hier de Varsovie, annoncent que les marchands ne veulent plus recevoir de billon à aucun taux. Il pourrait bien
arriver quelque événement, mais la tranquillité publique n'en sera pas troublée.
Soit incurie, soit malveillance, le gouvernement du duché ne prenait aucune mesure efficace pour conjurer la crise. « D'un côté, écrivait le Maréchal au résident M. Serra, il publie de ne plus recevoir que du courant dans les caisses, de l'autre il veut obliger les bouchers et les boulangers à recevoir du billon. » Une action énergique du résident de France devenait indispensable pour prévenir les plus grands désordres. Davout fit donc intervenir M. Serra et l'appuya de son autorité personnelle; c'est ce dont il rend compte à l'Empereur, le 28 mars. Après lui avoir exposé les intrigues étrangères qui s'ourdissent dans le duché et les fausses mesures du gouvernement, il ajoute :
Depuis la lettre que j'ai eu Thonneur d'écrire à Votre Majesté le22,relativement àladépréciationde la petite monnaie, chaque jour n'a fait que me convaincre non seulement de Tineptie de ceux qui sont à la tête des alTaires, mais de la malveillance de plusieurs d'entre eux, et qu'il y a très certainement des intrigues étrangères dans tout ceci, que le temps dévoilera. On n'a rien négligé pour exciter dans le pays de grands mécontentements et des troubles môme. — Je vais entretenir Votre Majesté de ce qui s'est passé depuis le 22 jusqu'à ce jour. Ma leUre au prince Poniatowski * n'ayant pas produit l'effet que j'en attendais, j'ai adressé au résident de Votre Majesté, le 24, la lettre dont copie est ci-jointe*. Il a demandé séance près du Conseil des ministres et a demandé une séance extraordinaire. Il s'y est transporté et en est sorti avec la promesse formelle d'une