‹ Davout, maréchal d'empire, duc d'Auerstaedt, prince d'EckmühlChapitre 37 sur 42 · Mazade. Con^esp. Davoul, t. II, p · texte numérisé non relu

Mazade. Con^esp. Davoul, t. II, p

après leur avoir accordé trois fois vingt-quatre heures pour mettre ordre à leurs affaires, on les a dirigés sur KQstrin, d*où on les enverra chacun chez eux. Ils sont tous partis pour cette destination hier matin. Les servantes et les femmes du bas peuple ont beaucoup pleuré; tout s'est borné là. Maintenant c'est un événement oublié et tous les gens de bien s'en sont réjouis. Ces moines mettaient le désordre dans les familles et pervertissaient les mœurs du bas peuple, sur qui ils avaient une influence réellement dangereuse et qu'aucune autre corporation ecclésiastique n'a ici. On a trouvé chez eux, à côté de beaucoup d'instruments de fanatisme, tels que disciplines, ceintures armées de pointes aiguës, etc., des remèdes contre les maladies qui sont le produit du libertinage, et beaucoup de brochures contre les Français. On a fait l'inventaire et le dépouillement de toutes ces pièces ainsi que des lettres qui ont été trouvées, j'en ferai connaître le résultat à Votre Majesté. Je mebornepour le moment à envoyer à Votre Majesté la traduction d'une des lettres du confesseur de la Reine de Saxe, qui fait voir que cette cour est entre les mains de directeurs très dangereux. Le vice-directeur Zakariewitz, dont il est question, est un exjésuite, dangereux par son intention, mais vieux et assez borné. Il a remplacé par Tinfluence de ces confesseurs l'abbé Prazmowski, homme religieux, mais très probe et très tolérant et qui ne convient pas à ces gens-là. Quant au pieux archevêque Raczinski, sa piété n'est pas de longue date; c'est un homme sans mesure, qui depuis quelque temps joue le dévot.

Investi par TEmpereur du commandement supérieur du territoire et des troupes du duché, le Maréchal allait, dans celte partie de ses attributions, rencontrer des difficultés d'autant plus sérieuses qu'il se heurtait à la fois à la détresse financière du nouvel état et à la défiance ombrageuse du prince Ponialovvski, ministre de la guerre du duché. Celui-ci, qui plus lard devait payer de sa vie son dévoue-

ment à sa patrie et à la France, tenait alors vis-à-vis des Français une conduite tout au moins fort équivoque. Il était en liaison fort intime avec une émigrée française, Madame deVauban, dont la correspondance de Davout signale à maintes reprises la dangereuse influence. Installée à Varsovie dans le palais de Poniatowski, elle y réunissait dans son safon les mécontents et les intrigants de tous les partis ; elle entretenait tant à Vienne qu'en Galicie avec le colonel de Neîpperg*, commandant du cordon autrichien, une fréquente correspondance, qui, souvent interceptée, permit au Maréchal de dévoiler et de déjouer ses intrigues. Exploitant habilement la secrète déception du ministre de la guerre, qui un moment avait rêvé de plus hautes destinées, elle n'avait pas eu beaucoup de peine à refroidir singulièrement sa première ardeur. C'est assurément à son influence qu'il faut attribuer. les hésitations, la conduite ambiguë de Poniatowski dans ses premiers rapports avec le Maréchal.

« Je vous recommande de veiller à ce que mon régiment de chevau-légers polonais de ma garde soit bien composé, avait écrit Napoléon au Maréchal le 15 août 1807 ; je n'y veux que ♦ des propriétaires nobles. Un escadron doit être arrivé à Berlin avec ma garde; informez-moi quand le régiment sera formé. »

Telle était une de ses instructions dans l'exécution de laquelle Davout allait se heurter au mauvais vouloir du prince Poniatowski.

l. Le colonel, comte do Ncippcrg, est celui qui devait, plus tard, jouer no si triste rôle dans la destinée de Napoléon. Dés le mois de septembre 180lr, Davout le signalait comme » un des intrigants les plus effrontés que l'on puisse rencontrer. »

Il n*y a pas d'obstacles, écrit à ce sujet le Maréchal àrEmpereur (9 octobre 1807), que n'éprouve le colonel Krazinski pour la formation du régiment de chevau-légers polonais, qui doit faire partie de votre garde. Comme l'opposition qu*on a éprouvée à cet égard vient du prince Poniatowski, je vais entrer dans quelques détails sur sa conduite. — Dans un moment où on lui donnait connaissance d'une lettre du Maréchal Bessières, qui annonçait que Votre Majesté autorisait à admettre dans ce régiment ceux des nobles polonais servant dans les régiments nationaux et ayant les conditions requises, qui voudraient y entrer, le prince, pour empêcher Tcffet de cette mesure, s'est permis de dire : « Peut-on, lorsqu'on se dit bon Polonais, chercher à lever des régiments pour le service de la France ? A-t-on oublié le sort qu'ont subi no^ malheureux compatriotes à Saint-Domingue ?» — Des nobles polonais dans les régiments, ayant demandé à passer dans la garde, ont été mis en prison par leurs chefs ; le colonel Krazinski ayant réclamé, il lui fut répondu officiellement par le prince qu'il y aurait lieu de craindre une trop grande diminution dans les régiments, si les demandes étaient accordées. Je me suis assuré aussi que lorsque des jeunes gens arrivent pour entrer comme simples gardes, dans le régiment de chevau-légers, le prince leur fait proposer d'entrer comme sous-lieutenants dans la ligne. — Toutes ces entraves m'ont détenniné à écrire à la commission de gouvernement. Il en est résulté des ordres qui auront, je l'espère, de bons résultats. Dans sept à huit jours, il partira un détachement de 120 chevaux, ce qui portera à 500 le nombre d'hommes montés qui sont partis pour votre garde. — Pour en revenir au prince Poniatowski, je dois dire à Votre Majesté que si sa légèreté, ses indiscrétions et le peu d'amis qu'il a, ne le rendent pas très dangereux, cependant par les conseils qu'il reçoit et les personnes qui se servent de lui, il pourrait arriver telle circonstance où il serait nuisible. J'ai lieu de le croire, en général, assez mal disposé.

Quelques jours plus tard, nouvelles difficultés, dont, le 21 octobre, le Maréchal rend compte à TEmpereur :

Le chef d'état-major du ministre de la guerre, lui écrit-il, a déclaré à un officier polonais qui venait d'être placé par mes ordres auprès du commandant de la place, que s'il acceptait, il serait rayé du tableau de Tarmée polonaise, immédiatement après notre départ. Ce propos a été tenu devant beaucoup de personnes. — La conduite du prince me parait toujours inexplicable. Il proteste sur son honneur qu'il ne voit de salut pour son pays que dans votre protection, et cependant il ne s'entoure que d'intrigants, et si ses protestations me rassurent, mille indices et ses indiscrétions déposent contre lui. — Trois cents nobles lithuaniens russes passent le Niémen pour venir prendre du service ; l'ordre de ne pas les recevoir est envoyé de Varsovie. En étant instruit, je les fais venir; ils . sont mis à la disposition du ministre de la guerre. Alors on les dégoûte par toute sorte de mauvais traitements^ et la plupart sont obligés de renoncer au service. Ce fait étant parvenu k ma connaissance, j'en ai exprimé mon mécontentement au prince, et je lui ai dit qu'il fallait qu'il fût ou dupe ou complice de ses alentours, que sa conduite était très équivoque. Sa justification me laisse toujours beaucoup de doute, d'au^ tant plus que j'ai connaissance qu'il a des relations au dehors. Madame de Vauban, intrigante bien connue, en a une assez suivie avec le colonel autrichien de Neipperg; elle en a, je crois, dans tous les pays.

Sans se laisser rebuter par ces constantes tracasseries, et tout en se conformant aux intentions de TEmpereur, qui lui avait prescrit « de s'immiscer le moins possible dans les troupes polonaises, »Davout n'en poursuivait pas moins activement Texécution de sa tâche, et le 1«' février 1808 il pouvait écrire à son souverain :

Le recrutement ordonné pour porter au complet la légion polaco-italienne est en grande partie effectué, et les recrues sont en marche. On a fait aussi, avec succès, une levée d'hommes pour compléter les légions polonaises ; ainsi, -maintenant, on peut compter qu'il y a au delà de 30,000 hommes combattants.

Quelques jours plus tard, le régiment de chevau-légers était, lui aussi, enfin organisé et le colonel Krazinski pouvait aller rejoindre les détachements déjà rendus en France.

Si les derniers recrutements avaient porté l'armée du duché à Teffectif prévu par le statut constitutionnel, elle était loin encore d'être en état de rendre les services qu'on devait en attendre. Le gouvernement du duché ne payait tout juste que la solde; les conseils d'administration des corps ne recevaient aucun fonds pour Tentretien de Téquîpement et de Thabillement. Les troupes manquaient à ce point de chaussures que, le l®"^ mars, le Maréchal devait solliciter de l'Empereur l'autorisation d'en demander 80,000 paires aux magasins français de Magdebourg ; la situation de l'armement n'était guère plus brillante.

Devant les difficultés et les lenteurs /que la détresse financière apportait à l'organisation de l'armée polonaise, Napoléon, renseigné par la correspondance journalière de Davout, se décida à venir au secours du gouvernement du duché en prenant à sa solde un nombreux corps de troupes. Dès le courant de mars il fit entamer à Dresde, par son ministre M. Bourgoing, la négociation qui devait faire passer à son service un corps de 8,000 hommes : avec le régiment de chevau-légers et la légion polaco-italienne,

cela devait porter à 48,000 hommes Teffectif des troupes polonaises à la solde de la France.

L'annonce qai a été faite dp rintention de Votre Majesté, écrit Davout le 6 mai, de compenser vos créances sur le duché avec la fourniture de vos troupes, de faire payer désormais toutes leurs dépenses, et de prendre à votre solde le tiers de Farmée dû pays, a produit les plus agréables sensations; mais il est à désirer que Texécution s'ensuive promptement, car chaque jour accroît les embarras pour les subsistances et ajoute à Tàrrièré des troupes polonaises.

Le 15 juin, la convention enfin conclue était officiellement annoncée au Maréchal par le prince, ministre de la guerre.

Le prince Poniatovvski, écrivait Davout à TEmpereur, m'a proposé plusieurs projets, entre autres de prendre dans tous les régiments, et de donner le commandement de ces troupes aux officiers surnuméraires. Tous ces projets m'ont paru n'être pas dans les plus grands intérêts du service de Votre Majesté. J'ai pensé qu'en choisissant des corps déjà formés et des colonels qui ont des noms marquants dans le pays, qui y jouissent d'une grande considération personnelle, par leur fortune et leurs qualités, comme d'ailleurs par leur attachement à la France, et qui n'ont pas servi antérieurement dans les légions, je remplirai davantage les intentions de Votre Majesté. J'ai désigné, en conséquence, le 4*" régiment de la légion du prince, commandé par le colonel Félix Potocki ; le 7* régiment de la légion Zayoncheck, colonel Sobolewski, et le 9^ de la légion Dombrowski, colonel prince Sulkowski. — La nouvelle du passage de ces 8,000 hommes au service et à la charge de Votre Majesté, connue dans le public depuis quelque temps, y a produit la plus agréable sensation, ainsi que les marques d'intérêt que vous donnez à ce pays, en faisant payer comp-

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