Î76 DAVOUT, MARÉCHAL D'EMPIRE
tant la viande et les autres serrices, ce qui fera cesser le système des réquisitions, qui doonait lieu à mille abus.
En dépit des assurances pacifiques que les divers cabinets prodiguaient à i'envi, la situation au cours de Tété de 1808 semblait prendre une tournure assez belliiqueuse. L'Autriche surtout, sachant l'Empereur sérieusement engagé au delà des Pyrénées, voyait poindre Toccasion de ressaisir ce que ses dernières défaites lui avaient coûté. Malgré ses démentis officiels et la peine qu'elle prenait à dissimuler ses préparatifs, l'activité de ses armements n'échappait point à la vigilante observation de Davout. Tout en évitant soigneusement d'exciter par le moindre mouvement de ses troupes, aussi bien les inquiétudes des Autrichiens que les dispositions déjà trop belliqueuses des Polonais, le Marécha] tenait Napoléon exactement au courant des mouvements des uns et des agitations des autres.
C'est ainsi que Poniatowski ayant demandé à mettre immédiatement à exécution le décret relatif à la conscription, Davout, qui redoutait les effets de cette mesure sur les têtes inflammables des Polonais, invita le Résident à s'opposer formellement à cette demande jusqu'à ce qu'il eût pris à cet égard les ordres de l'Empereur. Le 9 juillet, il écrivit donc à ce sujet à Napoléon, lui exposant les raisons qui lui faisaient souhaiter l'ajournement de cette mesure, raisons de finance vu la pénurie du trésor du duché, raisons politiques basées sur l'effet que l'exécution du décret ne manquerait pas de produire sur les puissances voisines.
•Je viens de dire à Votre Majesté, ajoutait-il, que la simple pu-
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blication de ce décret dans les journaux avait fait beaucoup de mal. C*est que dans le fait, si Ton avait eu l'intention de faire une loi qui blesse toutes les idées, tous les préjugés de la seule partie influente de cette nation, qui est la noblesse, on n'aurait pu mieux faire. Depuis trois mois au surplus, on ne travaille que dans ce sens; si ce peuple eut été susceptible d'une guerre de religion, si toute Tinfluence du clergé n'avait pas été détruite par les Prussiens qui lui ont enlevé toute sa fortune, il n'y a pas de doute qu'on eût fait une Vendée.
Envoyant à TEmpereur la traduction de ce décret, le 16 juillet, Davout lui écrivait:
J'ai rbonneur devons l'adresser avec quelques observations. Ce ne sont pas celles des habitants, puisque ce n'est pas les articles de détail qu'ils . censurent, mais L'ensemble. Leurs préjugés les empêchent d'être encore à la hauteur de cette mesure. Il est de fait que tous les nobles grands et petits* et même les Juifs, sont indisposés contre ce décret. Je sais par mille voix qu'il a fait le plus mauvais effet dans les pays limitrophes. La princesse Gzartoryska m'en a parlé en me disant qu'il y a de ces décrets qui refroidissent bien des têtes. Indépendamment des vues de détail, il est certain qu'il est intempestif et qu'il est à désirer qu'on en ajourne indéfiniment l'exécution. Je regarde comme de mon devoir d'en instruire Votre Majesté, puisqu'il est évident que 'ceux qui soumettent ces décrets à Dresde méconnaissent l'esprit du pays, ou sont guidés par la malveillance.
I^ conduite, pleine de prudence et de tact, du Maréchal, devait finir par triompher des hésitations de Poniatowski et par l'enlever aux influences hostiles qui s'exerçaient autour de lui. Le 26 août, en accusant réception à l'Empereur des ordres, qui, l'appelant à Breslau, allaient mettre fin à sa mission en Pologne, Davout ajoutait: « Je ne puis queren-
dre le meilleur témoignage à Voire Majesté du prince Poniatowski. Depuis longtemps je Tétudiais et peut-être, par la disposition de mon esprit, je concevais des soupçons ; mais depuis que les affaires paraissent devenir sérieuses, il met dans sa conduite une franchise qui m'inspire beaucoup de confiance et me persuade qu'il servira avec fidélité Voire Majeslé. On lui a bien reproché de la légèreté, de la faiblesse dans le caractère, mais il est honnête homme et a de rhonneur. Je lui ai donné le commandement des troupes qui restent dans les environs de Varsovie ». En confiant à Poniatowski ce commandemenl, Davout lui écrivait, le 3 septembre ;
Le commandement important que je donne à Votre \ltesse, de mon propre mouvement, sera appris avec plaisir par TEmpereur. Je vous prie de lo regarder comme une preuve de ma confiance absolue, ainsi que de Testime que je vous ai vouée et que rien n'altérera ; Votre Altesse peut en être convaincue, car je n'ai conçu ces sentiments qu'après avoir reconnu les principes de délicatesse et de loyauté qui sont la base de votre caractère.
Le Roi de Saxe était venu dans le courant du mois d'octobre 1807 prendre possession du duché, dont la remise avait été faite, le 9, à M, de Schoenféld. Il fit son entrée à Varsovie le 21. Le Maréchal, entouré d'un nombreux et brillant état-major, s'était porté à sa rencontre en dehors de la ville; toutes les troupes en grande tenue faisaient la haie sur le parcours du cortège royal, au son des salves d'arlillerie et de toutes les cloches de la ville. Le séjour du monarque à Varsovie se prolongea jusqu'à la fin de Tannée. Le 2 décembre, le Maréchal donna un bal pour fêter l'anni-
versaire du couronnement de TEmpereur; il fut très brillant, loute la société de Varsovie avait répondu à son appel et y entourait la famille royale de Saxe.
Hier, écrivait-il le 3 à la maréchale, nous avons célébré ici par un très beau bal l'anniversaire du Couronnement de TEmpereur. Je t'asgure que dans aucune ville de France il n'a régné plus de cordialité, de satisfaction que dans cette fête qui a été honorée de la présence du Roi de Saxe et de sa famille. Ce souverain mérite Testime et Tamitié que le nôtre lui porte. Comme les journaux donneront probablement une description de cette fête, je te renvoie à celle-là. — Tu as déjà reçu mes lettres relativement aux 300,000 francs que Sa Majesté met à ma disposition pour acheter un hôtel à Paris ; tu regardais ce moment comme favorable, ainsi ce nouveau bienfait sera venu bien à propos. *
Une longue lettre de Davout à l'Empereur, en date du 15 décembre 4807, emprunte un vif intérêt aux détails qu'elle contient, tant sur Tétat des esprits à Varsovie, que sur le caractère du Roi de Saxe et Tattitude du Maréchal à son égard \
C'est en réponse à cette lettre que, le 4 janvier 1808, l'Empereur écrivait à Davout :
J'ai vu avec plaisir tout ce que vous avez fait pour le Roi de Saxe, et la bonne opinion que vous avez de ce souverain. Pendant le peu de temps que j'ai [passé à Dresde, j'ai conçu pour lui une grande estime.
Le Roi quitta Varsovie le 27 décembre au milieu de la même pompe officielle qui avait accueilli son entrée, et
i, Mazade. Corresp. DavotU, t. II, p. 127.
Davout' s'empressa d'aller aussitôt goûter à la campagne quelques jours d'un repos, dont sa santé commençait à avoir besoin. Quelques difficultés relatives à la délimitation des cantonnements du 3* corps, les soins de son commandement et le mariage du général Morand le rappelèrent à Varsovie aux premiers jours de janvier, mais dès la seconde quinzaine du mois il était de retour à Skierniewicz.
J^apprends avec plaisir, écrivait-il de là à la maréchale, le 3i janvier, que tout est terminé pour Tacquisition de Thôtel Monaco et qu*i) n'y a plus qu'à désirer que l'ambassadeur turc prenne un autre logement pour que Ton puisse travailler aux réparations et aux décors. J'ai écrit au maréchal Duroc pour réclamer ses bons offices à cet égard, je suis persuadé qu'il fera ce qui dépendra de lui. — Je ne suis point du tout convaincu de ce dont tu es convenue avec l'Empereur, qu'il était difûcile et rare de me plaire et que Ton devait s'estimer heureux de m'inspirerces sentiments. Pour ce qui me concerne, rien n'est plus facile; lorsqu'il s'agit précisément du service de l'Empe* reur, je conviens que la chose est plus difficile. Mais, lorsqu'on le sert bien, on est sûr, quels que soient les sentiments qu'on me porte, d'avoir mon suffrage. Peut-être que le temps donnera à l'Empereur la conviction que je ne me suis fait des ennemis que par ce motif; mais, dût-il n'en être pas convaincu, que je ne m'en comporterai pas moins de cette manière. Lorsque je n'aurai plus de commandement, l'expérience apprendra que l'on me plaît facilement.
Davout, qui depuis les quelques jours passés à Paris au mois de septembre 1806, n'avait pas revu les siens, avait, au mois de février 1808, profité des apparences pacifiques que semblait présenter l'Europe continentale, pour solliciter un congé. Sa présence en Pologne était trop indispen-
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sable pour y assurer rinfluence française, pour que l'Empereur pût se rendre à ses vœux. Napoléon cependant, tout en refusant le congé, en avait apprécié les motifs et il autorisa la maréchale à aller rejoindre son époux à Varsovie.
Vous voulez que je reste, lui écrivait Davout, le 22 mars, puisque Votre Majesté, au lieu de m'accorder un congé, a autorisé ma femme h venir me rejoindre. Le désir que j'avais de quitter ce pays est basé sur la crainte, que j'ai manifestée depuis Tilsit, d'être au-deâsous des difflcuUés qui naissent des circonstances et des intrigues de toutes les tètes, chez qui le mouvement et la légèreté sont de nécessité. Je n'écoutais dans ce désir que le bien de jotre service; mais puisque votre intention est que je reste, je ferai de mon mieux.
Par un décret du 1*' mars 1808, Napoléon venait de constituer tout le système de la noblesse impériale ; à la suite de ce décret, il avait fait parmi ses lieutenants une nombreuse distribution de titres et le nom de Davout y figurait au premier rang. « En le nommant duc d'Auerslaedt, écrit le général de Ségur, Napoléon acheva de restituer à son lieutenant la bataille qui lui appartenait, la plus belle, la plus décisive des deux victoires. » Bien que les lettres patentes du duché d'Auerstaedt * ne dussent être datées que « de Bayonne, le 2 juillet », Napoléon, par une recherche de faveur, voulant que la maréchale Davout pût jouir en Pologne du glorieux titre de son époux, chargea le prince archichancelier de notifier aussitôt au Maréchal celte preuve nouvelle de sa bienveillance et de sa gratitude. Celte lettre de Cambacérès parvint à Varsovie le 6 avril :