‹ De A à ZChapitre 10 sur 95 · BERLIOZ · texte numérisé non relu

BERLIOZ

Il paraît que j*ai été un peu dur pour Berlioz clans une de mes chroniques.

Je croyais cependant avoir fait les réserves les plus respectueuses pour son talent, — je n'ai pas hésité à prononcer le mot de génie.

Je me suis contenté de nier son martyre ou, du moins, d'en contester l'intensité. J'ai cherché également à justifier en partie ses contemporains du reproche d'injustice à son égard.

J'aurais pu accuser davantage les côtés joyeux d'un homme en qui l'on s'obstine à ne voir qu'un Prométhée occupé à se laisser complaisamment ronger le foie par une horde de A'autours.

On oublie trop qu'Hector Berlioz a écrit le volume des Grotesques de la Musique, qui est surtout un recueil de calembredaines.

Par malheur, ces calembredaines sont fréquemment d'une lourdeur et d'un goût déplorables. Si vous voulez en juger, lisez cette anecdote, — qui vise M. Ofïenbach :

« M. X... dirige à Paris un affreux petit théâtre que la pudeur me défend de nommer. Ce théâtre et son directeur sont tous les àQw^jettatori, c'està-dire qu'ils jettent des sorts, qu'on meurt ordinairement dans le cours de l'année si l'on serre la

main au directeur, et qu'on est infailliblement atteint d'une diarrhée si l'on entre dans le théâtre.

» Dans une maison où je me trouvais ces jours-cî, l'amphytrion, qui pousse la simplicité et Tincrédulité jusqu'à douter de l'influence des Jettaiori, s'avisa, j^our tourmenter un de ses invités, homme de beaucoup d'esprit et de foi au contraire, de lui jouer le tour suivant. Le nom de chaque convive était écrit, selon l'usage, sur un carré de papier placé devant sa serviette. Il s'arrangea pour que le carré de papier du croyant fiit retourné, et indiquant delà main son siège à celui-ci :

» — Voilà votre place, lui dit-il.

» Le malheureux s'assied sans méfiance, déploie sa serviette, retourne machinalement le papier qu'il croyait porter son nom, et y découvre celui de M. X..., écrit sur un coupon de loge du théâtre jettatore. L'homme d'esprit fait un bond en arrière, et aussitôt, sans crier gare, est pris de vomissements violenls... avant dîner. »

Il est impossible, je crois, d'écrire plus mal et avec moins d'esprit.

CHARLES DE BESSELIEVRE

Villemessant aimait beaucoup Charles de Besselièvre, qui vient de mourir. Il l'aimait, d'abord parce qu'il était noble et que Villemessant a toujours eu un tendre pour la noblesse; il se plaisait dans la compagnie de René de Rovigo, de Roger de Beauvoir, de Xavier de Montépin, de d'Artois, de M"^ de Renneville, de la comtesse Dash, du vicomte Walsh, du prince de Valory, du duc de Quélus. Non pas que ses allures à lui, Villemessant, fussent précisément celles d'un gentilhomme; on aime surtout les gens pour les côtés qu'on n'a pas.

Il aimait surtout Charles de Besselièvre parce que Charles de Besselièvre était un taciturne et le laissait parler tout à son aise. Or, Villemessant avait le prurit du monologue. Il lui fallait des intelligences passives, des mines approbatives, des sourires complaisants. Cet Agamemnon n'aurait pas su se passer d'Arcas. Il en eut de toute main; il les traînait avec lui à déjeuner, sur le boulevard, dans les cercles, où il jouait ferme ; dans les théâtres, où il pleurait comme un bon bourgeois.

Entre tous, Besselièvre était son homme. Il ne savait pas trop si c'était un écrivain, cela lui importait peu. Son plus grand titre à ses yeux était d'être légitimiste et d'avoir approché le comte de

Chambord à Frohsdorf. Les collectionneurs de journaux se souviennent d'un article de M. Charles de Besselièvre, publié dans la Chronique de Paris de 1849 et qui commence de cette étrange façon :

« Ferd. J. D. C. Ausiri, împ. liung. Boh. r. li. n. V. 1842. Rex. Loinl). et Ven. Daim. Tall. Lod. Jll. a. a.

» Tout ceci se trouve écrit sur la face et le revers d'une pièce de monnaie étrangère gagnée par moi, un certain soir, au whist, à M. le comte de Chambord.

» Bonne petite pièce ! je ne fai pas dépensée; je t'aime trop pour te laisser courir le monde !... Tu es à moi pour toujours !... Tu dois te trouver bien... Tu ne voyageras que si je voyage, et tu ne seras qu'où je serai pendant toute ma vie ! Et comment consentirais-je jamais à me séparer de toi, charmante petite pièce, dont la vue suffit pour me rappeler le plaisir... le bonheur! A quelle bonne soirée tu me reportes! quel délicieux souvenir tu perpétues en moi ! et que tu m'arrivas d'une manière aimable ! »

Suit la relation de la soirée passée par M. de Besselièvre à Frohsdorf.

« La conversation s'engage, une demi-heure environ, sur la France et la politique... Quant à moi, je m'efliice et n'ouvre pas la bouche... Le l)rince exprime avec chaleur son amour pour la France; il croit fermement qu'il est nécessaire à son bonheur.

» — Je l'aime trop pour ne pas la rendre heu-

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