‹ De A à ZChapitre 11 sur 95 · CHARLES DE BESSELIÈVRE OO · texte numérisé non relu

CHARLES DE BESSELIÈVRE OO

reuse ! s'écrie-t-il ; toujours on rend heiueiises les personnes qu'on aime !

» La comtesse de Chambord- rougit, levant les yeux au ciel comme pour attester la vérité de ces paroles. »

Loin de moi l'idée de vouloir railler les sentiments respectables de M. Charles de Besselièvre. Je me contente de citer, laissant le lecteur faire les réflexions qu'il voudra.

« On entame l'histoire l'histoire de France,

bien entendu; on discute le mérite des rois. Le prince cite aussitôt Charles V, qui, rentré à Paris malgré les rebelles, rétablit les affaires du roj'aume, dirige les armées du fond de son cabinet et, secondé de son Adèle général Duguesclin, chasse les ennemis du royaume.

» — Bon ! me dis-je, il aura la sagesse de Charles V !

» Sans s'arrêter, il saute à Charles VII, lorsqu'un souverain d'Angleterre était couronné roi de France à Notre-Dame. Avec quel contentement, quelle félicité il nous montre le roi légitime réintégré dans tous ses droits, réparant les maux de la guerre, s'efforçant de limiter la puissance des papes et de rétablir la liberté des églises par la pragmatique sanction.

» — Très bien ! repris-je tout bas ; le prince a une religion aussi éclairée que ferme et sincère.. .. elle lui servira sans jamais lui nuire. >■>

J'abrège, pour arriver au moment où, après une partie de whist, le comte de Chambord remet à

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M. de Besselièvre la petite pièce de monnaie dont il* vient d'être question,

« — Jamais, dit le prince, je n'ai payé une dette avec autant de plaisir ! Recevez donc cette petite pièce avec la même joie que je vous la donne ; souvenez-vous que vous la devez à l'amour que j'ai pour la France... Qu'elle soit la pièce de votre mariage avec la royauté, et songez bien que le divorce est défendu ! »

Voilà bien de Tentortillage pour une altesse royale.

Mais peut-être M. de Besselièvre, qui était un peu vaudevilliste, y a-t-il ajouté quelques traits de sa façon.

CHARLES BLANC

Il y a un livre exceptionnel dans l'œuvre de Charles Blanc, un livre qui est comme la détente de ce bon esprit. C'est un petit volume peu connu, intitulé : De Paris à Venise, notes au crayon. Aucun apprêt dans cette narration d'un voyage de gaie humeur, accompli vers 185G. L'auteur avait pour compagnon de route Paul de Saint-Victor, un raffiné d'art et de littérature. « C'est un esprit brillant, toujours vif, toujours prêt; il est sobre dans ses jugements et magnifique dans ses paroles. »

Écrit au jour le jour, sur place, à la fortune du crayon, comme il le dit lui-même, le récit de Charles Blanc est empreint d'une sincérité qui en fait le principal mérite. On y rencontre telle page où le directeur des Beaux-Arts disparaît entièrement pour laisser place à l'homme, au bon enfant. Témoin la rencontre avec M. Armand Baschet, à Venise, et la promenade nocturne qui s'ensuivit à travers trois ou quatre cents ponts et autant de ruelles. Charles Blanc, émoustillé, écrit sur son journal :

«... Non, on n'imagine pas toutes les adorables bêtises que peut soulever à pareille heure la conversation de trois Parisiens égarés dans les corri-

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dors de cette ville étrange. Paul de Saint-Victor étincelait de bons mots. Armand Bascliet, qui n'avait pas ri depuis trois ans, se rattrapait à cœur joie... L'ancien Prudliomme était revenu je ne sais comment sur le tapis, et il me souvient que je posai à mes compagnons cette 'question redoutable :

» — Quelle serait la folie de M. Prudhomme, s'il devenait fou ?

» Voici la meilleure des trois réponses : Prudliomme est devenu un puissant roi d'Egypte ; il dessine sur toutes les murailles, avec la pointe de son sabre d'honneur, des ibis, des serpents, des hiéroglyphes. Il assure que la source du Nil est dans ses reins; que lorsqu'il n'a pas la pierre il inonde l'Egypte et le Delta ; qu'autrement ces riches contrées sont condamnées à une stérilité désolante. »

Je ne nie pas qu'il y ait beaucoup d'enfantillage là-dedans ; l'abandon est poussé trop loin ; mais j'aime à surprendre les gens sérieux en flagrant délit d'humanité.

D'ailleurs, Charles Blanc n'a jamais été sérieux outre mesure, pas plus dans ses écrits que dans ses actes. Il laisse un ouvrage plus agréable que profond avec son Histoire des peintres de toutes les écoles, ouvrage pour lequel plusieurs collaborations lui ont été nécessaires. C'est cette Histoire qui lui a valu d'être reçu à l'Académie des beauxarts. Peut-être cette récompense était-elle suffisante, et n'y avait-il pas lieu à y joindre, quelques années plus tard, le titre de membre de l'Académie

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française. Charles Blanc n'avait aucune des qualités qui font l'écrivain supérieur ; c'était un talent honnête, rien de plus. Insistons sur cette honnêteté.

Insistons aussi sur l'aménité qui formait le fond de son caractère et qui, à toutes les époques, lui a rendu l'existence facile. Républicain, il n'avait rien de farouche. La multiplicité des emplois et des dignités n'effrayait pas sa bonne volonté ; quoique deux fois académicien et pourvu d'un logement à l'Institut, il avait encore accepté, en ces derniers temps, une place au Collège de France. Il aimait le travail et ses fruits.

Cet hiver, il y a peu de semaines, en présence d'une foule lettrée, Charles Blanc, sous le porche de Saint-Germain des Prés, prononçait l'oraison funèbre de Paul de Saint- Victor. Il adressait le dernier adieu à son brillant compagnon de voyage, à l'homme enjoué des nuits de Venise. Rien ne faisait prévoir alors qu'il dût aller si tôt le rejoindre à la gare de l'éternité.

BLAQUIERE

Au moment où la vogue semble revenir aux chansonnettes excentriques, il n'est peut-être pas sans intérêt d'évoquer le souvenir d'un des fondateurs du genre : Paul Blaquière, l'auteur de la Femme à barbe et de la Vénus aux Cai'oltes.

Paul Blaquière était, il j a une dizaine d'années, une des physionomies des i^lus populaires du boulevard parisien. Toute l'expansion du Midi se reflétait sur son brun visage, dans ses j^eux joyeux et ombragés de sourcils épais, dans sa bouche toujours ouverte à la gaieté. Un accent fortement imprégné de terroir (il était de Clairac, dans le Lot-et-Garonne) ajoutait à sa jovialité habituelle. Sa taille était haute. Ses vêtements simples et longs, la canne dont il se servait, en marchant, lui donnaient l'apparence de ce qu'il était en réalité : un campagnard à son aise.

Sous ce rapport, le musicien Blaquière aurait pu donner une poignée de main au peintre Courbet, — par-dessus la Garonne.

Le succès inespéré de ses chansonnettes commençait, vers les derniers temps, à l'embarrasser, à le déconcerter môme. Il se sentait obligé à autre chose, à mieux. Il avait fait des études classiques, dont il ne tirait pas vanité. Il lisait plus qu'on ne croyait. Un matin il accourut chez moi, et, avec

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