‹ De A à ZChapitre 12 sur 95 · BLAQUIÈRE · texte numérisé non relu

BLAQUIÈRE

(les entliousiasmesàlafaçon de La Fontaine, il me l^rêta les Lettres de Mendelssohn.

Blaqiiière était toujours en mouvement, toujours affairé, courant à des rendez-vous avec des éditeurs de musique, des paroliers, des dessinateurs, des graveurs, la poche remplie de lettres, se frappant le front tout à coup au milieu d'une conversation, quittant brusquement toute compagnie, avisant des commissionnaires, envoj'ant des dépêches télégraphiques, accordant une imjDoriance exagérée aux événements les plus frivoles, se passionnant pour un rien, s'imaginant des ennemis... Des ennemis à l'auteur de la Femme à Mrbe !

EMILE BOUCHERY

Emile Bouchery ?. . .

Ce nom ne dit rien à la foule, je le sais; il est à peine connu d'un petit nombre d'anciens journalistes, parmi lesquels Boucherj'^ a tenu son rang avec plus de modestie que d'éclat.

Et cependant, que d'espérances n'avait-il pas données lors de ses débuts !

Pour cela, il faut remonter un peu haut, jusqu'à la fiévreuse période romantique. Tous les jeunes gens avaient alors quelque chose dans le ventre^ et surtout une fougue, une verve, une audace d'originalité !

Emile Bouchery, qui venait on ne sait d'où, jeta au nez du public deux ouvrages d'une rare excentricité :

Maritalement parlant, par MM. do Cobentzell ; 1834, Alexandre Mesnier, libraire.

Après Vêpres, par l'abbé Froulay ; 1837, Alphonse Levavasseur et C'°, libraires.

Si l'on me demande pourquoi ces deux pseudonymes, je répondrai que je n'en sais rien. Emile Bouchery, souvent interrogé par moi à ce sujet, m'a dit que c'était la mode et qu'on espérait ainsi piquer la curiosité de l'acheteur. — Arsène Houssaye m'a dit la même chose à propos de son pre-

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mier rom^n : De Profundis! qu'il a signé Alfred Mousse.

Les deux volumes d'Emile Bouchery furent remarqués pour leur étrangeté et l'inouïsme de leur style. Ils furent attribués à plusieurs écrivains en renom, entre autres àPétrus Borel. On pouvait s'y tromper, en effet; c'est le même esprit paradoxal, la même outrance dans les situations et la même préciosité dans la phrase.

Cette croyance fut poussée à ce point qu'un libraire de Bruxelles publia, en 1841, une contrefaçon à' Après Vêpres, sous le titre nouveau de : M""^ Isabelle, par Pétrus Borel.

Dans un autre genre, un genre moins échevelé, Emile Bouchery obtint un véritable succès avec les retils-Fils de Gulliver^ parus dans le Journal des Enfants. Ce roman, qui a charmé toute une génération en pantalon à dentelles, peut se classer à côté des Aventures de Jean-Paul Chopart, de Louis Desnoyers.

Pourquoi Bouchery s'arrêta-t-il en si bon chemin? Ah ! pourquoi? Parce que les nécessités quotidiennes delà vie firent de lui un journaliste.

On le trouve à la Patrie, on le rencontre au Figaro ; il est bon à tout et il fait de tout, le malheureux ! Articles de sciences, de tribunaux, de politique.

Et puis, comme un grain de fantaisie ne devait jamais l'abandonner, Emile Bouchery s'en alla un jour prendre la rédaction en chef du Journal de Monaco.

C'est égal ; c'était un homme bien doué, un écrivain de talent et de race. Il ne lui a manqué que la chance : peu de chose, — tout !

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