‹ De A à ZChapitre 16 sur 95 · ARMAND CARREL · texte numérisé non relu

ARMAND CARREL

savoir? Il est mort à trente-six ans, laissant en route ses compagnons.

Mais, on peut le dire à présent sans trop le diminuer, sous cette hauteur de points de vue, sous cette probité de principes politiques, il y avait quelquefois un peu de sécheresse d'esprit et de style. Cette correction perpétuelle aurait gagné à se détendre par intervalles.

Chose étrange ! cet homme de progrès était hostile au mouvement littéraire. Il a combattu de toutes ses forces Victor Hugo. C'est là une mauvaise note.

Il a fait plus : il a voulu, une fois, envoyer un cartel à l'auteur des Feuilles d'automne, comme le révèle l'auteur de l'ouvrage Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.

Toujours les cartels ! toujours la violence !

C'est par là qu'il devait périr.

Ce qui a été écrit de mieux sur Armand Carrel Ta peut-être été par Chateaubriand.

« M. Carrel était à la fois le courage et le talent du National, auquel il travaillait avec MM. Thiers et Mignet. M. Carrel appartient à une famille de Rouen, pieuse et royaliste ; la légitimité aveugle, et qui rarement distinguait le mérite, méconnut M. Carrel. Fier et sentant sa valeur, il se réfugia dans des opinions généreuses, où l'on trouve une compensation aux sacrifices qu'on s'impose ; il lui est arrivé ce qui arrive à tous les caractères aptes aux grands mouvements. Quand des circonstances imprévues les obligent à se renfermer dans un cercle étroit, ils consument des facultés surabon-

dantes en efforts qui dépassent les opinions et les événements du jour. Avant les révolutions, des hommes supérieurs meurent inconnus ; leur public n'est pas encore venu ; après les révolutions, des hommes supérieurs meurent délaissés ; leur public s'est retiré. »

J'aime ces portraits en quelques lignes, nettement tracés, qui résument une existence et expliquent une destinée.

Page 1