‹ De A à ZChapitre 18 sur 95 · AUSONE DE CHANGEE · texte numérisé non relu

AUSONE DE CHANGEE

Un littérateur qui a jeté quelque éclata comme on disait jadis, Aiisone de Chancel, vient de mourir à Mostaganem.

Ausone de Chancel, dont se souviendront les gens de son âge (il avait soixante-dix ans), laisse le nom d'un homme d'esprit comme Lautour- Mézerai, et d'un poète comme Pétrus Borel.

Chose étrange ! coïncidence singulière ! ces trois hommes d'une essence absolument parisienne, — on dirait aujourd'hui bouïcvardière^ — Lautour- Mézerai, Pétrus Borel et Ausone de Chancel, devaient se retrouver un jour tous les trois sur la terre d'Afrique, fonctionnaires publics : préfet, sous-préfet, directeur de haras.

Lautour-Mézerai, surnommé l'homme au camélia^ alors que le camélia était une ileur nouvelle et rare, y demeura peu de temps et revint à Paris, qui était indispensable à son existence, — et où, d'ailleurs, il s'empressa de mourir.

Ses deux compagnons restèrent en Algérie. Tous les deux y firent de la colonisation avec plus ou moins de succès. Ausone de Chancel était l'ami du général Daumas; comme lui, il écrivit des livres sur le pays, très estimés et très consultés.

Mais il avait gardé dans un coin de son cœur une vive tendresse pour la Muse. De temps en

temps, il envoyait à la Presse des pièces de vers qu'elle insérait avec empressement. Il fallait que M. Emile de Girardin aimât bien Ausone de Chancel pour laisser ainsi la poésie s'introduire dans son feuilleton ! Il l'aimait, en effet, et il avait raison de l'aimer. L'homme était une nature exquise; le poète était gracieux et plein de fantaisie.

Il avait débuté en 1840 par un volume intitulé : Marhj poëme. C'est une imitation, qui ne jDrend pas la peine de se déguiser, des premiers essais tapageurs de Musset. Mark est le cousin de Mar~ doche. Il en a tout le scepticisme puéril et toute l'enfantine crânerie.

Quelques strophes prises au hasard en feront juger.

Mark, — il .s'appelait Mark, — depuis vingt-cinq année.s Que Dieu l'avait jeté .sur l'océan humain. Laissait à tous les vents flotter ses destinée.s, Sans plus s'inquiéter du port que du chemin; Laissant ses mauvais jours et ses belles journées S'en aller comme l'eau qui coule de la main.

Le matin, il rêvait, pur comme une élégie, Se parfumait le cœur de prière et d'amour. Le soir, il se grisait de kirsch dans une orgie. Puis, à tant le cachet, allait l'aire la cour, En un mot, aux deux bouts il bridait sa bougie; Il appelait cela vivre deux jours par jour.

Mark avait le front grand, on y lisait son âme

Avec tous ses chagrins, avec tous ses espoirs;

Mais, ce que je tairais si Mark eût été femme,

Des cheveux blancs brillaient dans ses longs cheveux noirs,

Comme des diamants, dans les vôtres, madame,

Comme des vers luisants sur le manteau des soirs.

Parlait-on politique, il restait bouche close.

A moins qu'il ne bâillât, — c'est un raisonnement

Tout comme un autre. Au fond, il pensait que la chose

AUSOA'E DE CHAXCEL

En étant k ce point ne peut être autrement,

A moins qu'elle ne change; et, pour plus d'une cause,

11 craignait, disait-il, de perdre au changement.

Jamais le nom de Mark n'avait grossi la liste Des faiseurs de complots; il fut pourtant, un soir, Dans les nœuds d'une émeute étreint à l'improviste ; Et comme on lui criait : « Qu'ètes-vous ? Blanc ou noir ? » Carliste ou philippiste ? » il répondit : Rieniste, Et son opinion commence à prévaloir.

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PHILARETE CHASLES

Du fond de sa tombe, c'est-à-dire de ses Mémoires en cours de publication, Philarète Chasles, cet écrivain crispé, nerveux et superlativement spirituel, ne se fait pas faute d'envoyer de grosses injures à ceux qui furent ses contemporains et ses confrères.

Jules Janin est appelé « un cuistre doublé d'un Almmiach des Muses ».

Balzac est un halluciné qu'il a beaucoup connu.

Le marquis de Fondras « était d'une bonne noblesse de Bourgogne, vrai gentilhomme, grand chasseur, beau joueur; il contait bien, buvait ferme, ne se battait pas mal, mais c'était un drôle. »

On ne pourrait pas citer quatre lignes du portrait consacré au marquis deCustine... »

En vérité, feu Philarète Chasles en prend trop à son aise, et ce procédé de vengeances posthumes révoltera, j'en suis certain, tous les esprits délicats et loyaux.

Peu de personnalités trouvent grâce devant lui. Il a des affirmations graves — ou plutôt des accusations, — qu'on est forcé de repousser, faute de preuves.

C'est ainsi qu'il raconte en termes surprenants, incroyables, une visite à Scribe, auquel il était allé lire une pièce de sa façon :

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