‹ De A à ZChapitre 2 sur 95 · PAUL ARENE · texte numérisé non relu

PAUL ARENE

Si Sainte-Beuve existait encore, quel plaisir il aurait à esquisser la fine physionomie de Paul Arène, Taufeur de ce livre nouveau :Au bon Soleil! Plaisir de friand, de délicat ! Avant tout, il aurait salué en M. Arène un homme d'esprit, ce qui est un produit moins commun que voudraient le faire croire des gens intéressés à fonder une école de la platitude. Le talent de M. Paul Arène a ceci de particulier et d'exceptionnel qu'il dérive de deux sources bien accusées : la Provence et Paris.

La Provence a fourni son paysage brûlé, ses senteurs pénétrantes, ses mauves, ses lavandes, ses menthes, le chant de ses cigales, le bruissement de ses oliviers, et aussi ses coups de mistral. Elle a donné les sensations premières, l'éducation native et inoubliable; elle a mis du pâtre dans l'enfant, ce qui est toujours une bonne chose. Si, plus tard, Paris l'a raffiné, au point d'en faire un de ses plus miraculeux boulevardiers, dans le sens honnête du mot, il ne lui a jamais enlevé non pas le souvenir mais la présence réelle et constante du pays natal, et son influence fortifiante.

De ce double courant il est résulté un écrivain d'une saveur piquante, ayant sa manière de voir et de sentir, absolument maître de sa forme, et cette forme est d'une rare pureté sous sa légèreté apparente, d'une sincérité, d'une souplesse toutes fi'an-

çaises. Je la comparerais volontiers à un excellent outil de graveur. Jamais d'emphase, il a trop de malice pour cela, mais souvent une émotion discrète, qui fait songer à la Sylvie de Gérard de Nerval. Il ny a aucun danger à rappeler un tel maître, qui ne procède que de lui-même et de la nature.

Au bon soleil/ Le titre vaut une préface. Un poète exclusivement lyrique aurait mis : Au grand soleil ! La nuance introduite par M. Paul Arène dit tout son talent, fait de clarté et de bonté. Il aurait même mis : Au gai soleil, qu'il serait resté dans sa note personnelle, car en même temps que l'esprit il a la gaieté, autre denrée qui ne court pas précisément les rues.

Des contes et des récits de voyage, voilà tout le volume. Les pages délicieuses 3^ abondent ; on peut dire de M. Arène comme de certains peintres, « qu'il réussit le morceau ». J'y prends une anecdote plus récente que les autres, afin de payer, en' tant que chroniqueur, mon tribut à l'actualité.

« C'était à Florence; un train de plaisir français arrivait. Il y avait foule à la gare : des députations, des musiques avec des bannières, une portait en or le nom de Garibaldi. Les voyageurs la saluèrent. On répondit par un formidable : Evviva la Francia I — Tout à coup, et quand le silence se fut fait, timidement mais fermement, comme quelqu'un qui a son idée, se détacha du groupe un petit joueur de triangle, brun, ébouriffé, la bouche grande, des dents blanches jusqu'aux oreilles. Il baragouinait un peu de français; il cria : « Evviva la Répoubiica!... Evviva Vittore Ougo! »

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