LE NEVEU D'ANDRE CHENIER
M. Gabriel de Chénier, qui est mort dans un âge avancé, était le propre neveu du poète André, une de nos gloires littéraires. Toute sa vie, jusqu'au dernier moment, il l'a consacrée au culte de l'auteur de la Jeune Captive j veillant avec un soin jaloux sur les éditions qui s'en produisaient, et allant même jusqu'à faire appel aux tribunaux pour infirmer les opinions de certains critiques.
Un estimable grincheux ! les libraires Charpentier et Lemerre vous en diront des nouvelles.
Je ne sais pas pourquoi la postérité a enlevé la particule à André de Chénier. Il aurait été fort chagrin de se voir ainsi démocratisé, car il était d'essence réactionnaire. 11 avait combattu la Révolution naissante et écrit dans les journaux un grand nombre d'articles violents. Cela ne justifie pas sa brutale suppression. D'accord.
André de Chénier ne se plaindra pas du moins, du fond de son tombeau, qu'on lui ait mesuré la gloire. On a même été jusqu'à soupçonner longtemps son premier éditeur, H. de Latouche, d'y avoir mis un peu du sien et d'avoir fait passer sous son couvert une certaine quantité de ses propres poésies.
Les traits d'André de Chénier sont presque populaires à force d'avoir été reproduits par la pein-
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ture et par la gravure. On Ta quelquefois idéalisé ; voici la vérité sur son compte : « Il était de taille moyenne ; ses cheveux châtain foncé frisaient naturellement à partir des oreilles, surtout derrière la tête ; il les portait courts. Son front était vaste et complètement chauve. Ses yeux étaient gris-bleu, petits, mais très vifs. M""' la comtesse Hocquart, qui l'avait beaucoup connu, disait qu'il était à la fois rempli de charme et for^t laid, avec de gros traits et une tête énorme. »
Un André de Chénier laid ! Encore une illusion détruite !
Avec le neveu qui vient de mourir s'éteint entièrement le nom de Chénier.