GUSTAVE CLAUDIN
lin éternel cigare aux lèvres. Où va-t-il ? Je serais lente de croire qu'il l'oublie quelquefois en route, quoique personne n'ait l'air plus affairé que lui, mais ne vous fiez pas à cet air-là. Le regard est essentiellement flâneur. C'est un Sterne en coupé.
De ses observations à l'heure où à la course, de ses impressions du boulevard des Italiens au quai Voltaire, il a composé un livre : les Caprices de Diomède. C'est encore et plus que jamais du Palsambleu, — et même du Ventrehleu.
■ Jusqu'à présent, on ne connaissait de Diomède que les chevaux. On connaît aujourd'hui ses fantaisies. Ce sont celles d'un très spirituel garçon, dont la jeunesse opulente s'épanouit insolemment dans Paris, la serre chaude par excellence. Il aime aux quatre points cardinaux de la grande capitale, mais il n'aime pas comme tout le monde, il ne souffre pas comme tout le monde, il ne trompe pas et n'est pas trompé comme tout le monde. Diomède a ses façons à lui. Il cultive le paradoxe en amateur et cherche la tulipe bleue dans le cœur des femmes.
Lorsqu'il a dépensé sa jeunesse et sa fortune à cette recherche, Diomède abandonne le boulevard et se met à parcourir le monde comme un simple héros de Jules Verne. Il campe au sommet de l'Himalaya et s'irrite de l'odeur qu'exhalent les moines du ment Athos. Ceux de la Grande-Chartreuse, plus balsamiques, parviennent à le retenir parmi eux. Il y est encore.
C'est une fin comme une autre, moins tragique que celle de Rolla. J'aurais été surpris que Gustave Claudin poussât les choses à l'extrême.
On m'a affirmé que les Caprices de Diomède sont un roman à clef. On m'a nommé quelques-uns des personnages qui ont posé à leur insu. C'est une mode qui tend à revenir.