LE COMTE DE FALLOUX
Son nom sonne le glas de l'insuiTection de Juin. Il fut successivement le conseiller de Cavaignac et le ministre de Louis-Napoléon, ce qui s'accorde et se comprend diificilement, surtout dans un caractère tel que le sien, qui a toujours visé à une certaine fierté d'attitude.
Comme ministi'e de l'instruction publique, il a fait beaucoup de bien aux Angevins, ses compatriotes ; il leur a donné des emplois, des chaires. Mais, à Paris, quel mélancolique représentant de l'Université ! On ne rencontrait plus que des soutanes dans son hôtel. Ah ! le beau temps pour les Riancey, les Montalembert, les Cochin, les Laurentie ! Pas un bal, mais des concerts où l'on exécutait de la musique sacrée, et des soirées où M. Yiennet lisait ses poëmes épiques.
« A l'un de ces divertissements spirituels, — raconte un biographe de M. de Falloux, — un groupe de dames en toilette dansante fit une irruption soudaine au milieu des salons peuplés d'ecclésiastiques et de prélats. On sait que nos aimables Parisiennes ont l'habitude, sous le rayonnement des bougies, d"e se décolleter avec une audace naïve. Parmi les invités se trouvait un jeune diacre frais émoulu du séminaire. M™° la comtesse de B*** vint s'asseoir dans son voisinage ; les charmes victorieux de cette magnifique personne et la riche blancheur de sa peau satinée causèrent au pauvre jeune homme de singuliers éblouissements. Tout à coup, il se lève et quitte la place.
» — Où allez-vous? lui dit-on.
» — Veuillez m'excuser, répondit-il ; impossible de demeurer plus longtemps, on me met à la porte par les épaules, x-
Les Discours de M. le comte de Falloux seront lus avec curiosité, mais je doute qu'ils excitent d'autre intérêt que l'intérêt historique. Sa valeur littéraire est restreinte, quoique réelle, et par là je suis amené à parler de l'académicien.
Académicien ? il ne le fut pas sans insistances et sans luttes ; il se présenta plusieurs fois et essuya plusieurs échecs ; il se vit préférer tour à tour Berryer et le duc de Broglie. Enfin, un eftort suprême du parti fusionniste le fit arriver au fauteuil tant convoité ; aussi son élection ne doit-elle être considérée que comme une élection politique. Ce n'est pas la vraie porte pour arriver à l'Académie française.
Ses titres sont surtout des titres religieux ; c'est V Histoire de Louis XVL c'est V Histoire de saint Pie V^ c'est M""^ Swetchine. Je ne sais pas ce qu'il restera de M. de Falloux ; je sais ce qu'il en reste aujourd'hui : — entre autres une douce apologie, en quelques lignes, de l'intolérance :
« Autrefois... l'intolérance avait un but légitime »
Allons, tant mieux !
M. de Falloux demeure actuellement aux champs et semble avoir consacré presque exclusivement la seconde moitié de sa vie à l'agriculture. Il a de véritables succès dans cette partie. Aussi vient-il rarement à Paris.
Il j est, d'ailleurs, peu demandé.