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THEOPHILE GAUTIER

Le conseil municipal de Tarbes a, dit-on, voté l'érection d'une statue à Théophile Gautier. Bravo !

C'est à Tarbes, en effet, qu'est né le merveilleux écrivain, en 181L Des trois noms qu'il reçut à son baptême, Pierre-Jules-Théophile, il ne garda que le dernier.

L'enfant ne devait pas rester longtemps dans sa ville natale ; il la quitta à l'âge de trois ans et n'y remit les pieds qu'en 1860.

Cela n'empêche pas les bons habitants de montrer avec orgueil son pupitre d'écolier, conservé au collège de la ville. Théophile Gautier ne put résister au désir de connaître ce glorieux pupitre. Il se présenta incognito au princijîal, en se donnant pour un admirateur de ses propres écrits. La scène ne manquait pas de comique ; plus tard, Gautier la racontait ainsi à son gendre, Emile Bergerat :

« Le principal tint à honneur de me conduire lui-même. Le pupitre qu'il me fit voir et même toucher était un pupitre quelconque, et pourtant à son aspect j'.éprouvai une émotion irrésistible. C'était assurément la première fois que lui et moi nous étions en face l'un de l'autre, mais enfin, s'il n'était

13 i PUR TRAITS CONTEMPORAINS

pas mon pupitre, il aurait pu l'être. Il aurait réveillé en moi une foule de souvenirs. Je m'assis sur le banc qui le complétait et qui, si le sort l'avait voulu, eût été lui aussi mon banc, et, m'étant placé dans la position d'un écolier studieux, je tâchai de m'imaginer que j'y retrouvais mon assiette.

» Me voyant si empoigné, le principal ne put retenir un sourire mouillé d'attendrissement; il me montra sur le pupitre des éraflures et des sillages de canif faits par Théophile Gautier en classe, et qui lui avaient valu bien des punitions. Je lui demandai la permission d'en emporter une écharde. Il me l'accorda. Puis il me reconduisit, en me racontant vingt anecdotes authentiques, qui me parurent concluantes à moi-même, et desquelles il résultait que j'avais été un élève prodigieux et la gloire de son collège. »

Théophile Gautier fut un des premiers hommes de lettres vers qui la sympathie me poussa lors de mon arrivée à Paris. Une certaine jovialité d'humeur dominait encore chez lui; plus tard, il tourna au dieu, au Théo; je le vis moins alors, sans savoir pourquoi. Mais nos rencontres étaient de véritables fêtes pour moi.

— Dis-moi des vers ! faisait-il en me prenant par le bras !

Et à travers les rues, les places, les jardins, sans s'inquiéter des regards qui nous suivaient, il me menait, écoutant, discutant les rimes. La langue était son souci principal. Il était l'hommé-dictionnaire, doré par tous les rayons de l'art. — Il daignait s'enquérir de mes tendances et de celles de

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