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LE ROI

C'est beaucoup. Je ne puis laisser tranquillement Des hommes être juifs.

J'entends de tous côtés poser la demande : Torquemada peut-il supporter cette représentation ?

Certainement. C'est même en vue de la représentation qu'il a été composé.j

Il peut être joué, mais à plusieurs conditions.

Torquemada a la même liberté et la même ampleur d'allures que les Burgraves. Ce sont, comme dans les Burgraves, des discours fort étendus, des monologues plus longs que celui à^Hernani.

L'inusité a souvent son danger au théâtre.

Pour jouer Torquemada, il faudrait des acteurs et... un public.

Combien de drames comme cela Victor Hugo at-il en portefeuille? On dit cinq, on dit six. On parle d'une Madame de Maintenon, de VEiJée, de la Grand' Mère, d'une Aventure de don César de Bazan, d'une féerie poétiquement intitulée : la Forêt mouUlée. On nomme les Jumeaux, dont l'action se passe sous Mazarin, les Jumeaux qui ne seraient autres que Louis XIV et l'inconnu qui passe dans l'histoire le visage couvert d'un masque. Les intimes de Victor Hugo m'ont raconté que les /wmeawo; avaient été bien près d'arriver à la scène ; il avait donné son consentement, mais il le retira en apprenant qu'Alexandre Dumas traitait un sujet à peu près semblable pour le Théâtre-Historique.

JASMIN

Mistral a fait oublier Jasmin, — ou à peu près.

Le félibre de Maillanne a détrôné le poète d'Agen.

Je sais bien que Jasmin a sa statue au beau milieu de sa ville natale, — ce qui est quelque chose, — mais sa statue est plus facile à rencontrer que ses œuvres.

Et cependant que de choses charmantes il y a dans ces œuvres, un peu délaissées aujourd'hui !

Je viens d'acheter sur les quais (comment est-il venu là ?) un des derniers poèmes de Jasmin : Mallro Vinnoucento, ou autrement Marl/ie la Folle C'est un chef-d'œuvre de sentiment, de grâce, de naïveté.

Je veux essayer d'en donner une idée.

Maltro était une pauvre folle, une innoiicento, que toute la ville d'Agen a connue; elle ne vivait que d'aumônes, et les enfants riaient d'elle lorsqu'elle passait dans les rues avec son petit panier vide au bras. Mais Maltro n'a pas toujours été folle; comme une autre elle a eu vingt ans, et ses vingt ans à elle rayonnaient de bonheur autant que de beauté. — Le jour vint cependant où le sort appela son amoureux sous les drapeaux ; ce fut un coup cruel pour le cœur de Maltro, elle fail-

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lit en mourir. Toutefois, peu à peu, on La vit reprendre courage; une idée venait de germer dans son esprit : c'était la plus habile ouvrière du canton, elle se remit au travail avec une nouvelle ardeur ; elle passait les nuits sur son métier. Si bien qu'au bout d'un an elle s'en alla trouver son curé, et lui dit en versant devant lui son tablier tout ruisselant de belles pièces d'argent :

— Écrivez bien vite à Jacques dé revenir, mais cachez-lui bien surtout de quelle part lui vient son rachat.

Toute cette scène est charmante de détails.

Deux mois se sont écoulés. Jacques a fixé pour le dimanche prochain le jour de son retour. Ce jour-là, tout le village se porte avec Maltro sur le chemin par où il doit arriver. Au bout de quelques instants, on le voit paraître là-bas — tout là-has. — Mais il n'est pas seul ; une femme l'accompagne, jeune, jolie, dans un délicieux costume de cantiiiière. — Maltro sent une sueur froide glacer son front, un soupçon terrible l'oppresse. — Quelle est cette femme? Mon Dieu ! C'est la sienne ; Jacques est marié...

Le dénouement, vous le devinez. — Maltro devint folle, sa figure douce et triste est encore dans le souvenir de tous les Agenais ; et les petits enfants se rappelleront longtemps son efïVoi lorsqu'ils lui criaient méchamment : — Marthe, un soldat ! — Quant à Jacques, désespéré, on raconte qu'il s'enfuit du pays, abandonnant sa femme, et qu'il alla se faire tuer en se plaçant devant la douche d'un gros canon qui faisait feu.

Ce petit drame, dont rien ne peut rendre la tou-

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chante simplicité, mériterait, à coup sûr, d'être réimj)rimé.

Il est comparable à cet autre bijou : V Aveugle de Casiel-Cuillé, du même auteur.

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