JOHN LEMOINE
écrivait, la Revue des Deux-Mondes. En disant : la Revue., il lui semblait qu'il ne pouvait j avoir équivoque pour personne.
Yoilà pour le trait d'impertinence souligné par Sainte-Beuve.
Aujourd'hui, M. John Lemoinne est à l'Académie française, et il j fait aussi bonne figure (pi'un autre.
Le ciel nous i^réserve d'employer la raillei'ie vis-à-vis de l'Académie ! Moins que personne, nous aimons les thèmes usés ; ce qui faisait rire les Itères laisse sérieux les fils, et nous n'épousons pas plus la malice de Piron que le dédain de Béranger. L'Académie est une assemblée de gens distingués; tous ont du talent, à des degrés divers ; il faudrait accumuler des montagnes d'épigrammes et de paradoxes avant de nous faire renoncer à cette opinion.
De ce que, à quelques époques d'indigence littéraire, plusieurs bonshommes en douillette puce, des grands seigneurs égarés, de petits magistrats, se sont assis dans les fauteuils historiques, n'en reste-t-il pas moins un cortège assez imposant de noms respectés?
Avec ce farouche et incompréhensible amour de l'insociabilité, avec cette puissance d'inimitié propre aux classes littéraires et qui fait de leur force un instrument exclusivement destructif, on s'est rué de tout temps et en toute occasion sur l'Académie française ; on l'a attaquée dans sa base, dans ses travaux, dans sa somnolence aussi bien que dans ses hardiesses; des poètes eux-mêmes ont demandé hautement sa suppression, — comme
si nous aA'ions déjà tant de moyens d'honorer le mérite !
Ce sont principalement les concours qui déchaînent contre l'Institut, et surtout contre l'Académie française, les fureurs et les railleries. Nous devons avouer que nous ne sommes guère partisans de ce mode d'émulation ; nous aimerions mieux voir élargir les revues et fonder de grands centres de publicité ; pourtant il n'y a pas là prétexte à malédiction. Si les programmes n'ont jamais fait éclore d'œuvres réellement supérieures, ils ont du moins répandu la lumière sur quelques talents discrets, encouragé des bonnes A^olontés éparses. Jean- Jacques Rousseau et M. Thiers ne sont-ils pas un peu sortis des concours des Académies de Dijon et d'Aix ?
En dehors des sujets qu'il propose aux passants à la façon du sphinx thébain, l'Institut distribue quelquefois, avec infiniment de sagacité, l'argent de ses fondations. Le prix Gobert a été longtemps l'unique rente d'Augustin Thierr}', le modeste et sublime aveugle. Ce sont de tels actes, de tels choix, qui élèvent l'Académie et qui expliquent sa raison d'être.