‹ De A à ZChapitre 47 sur 95 · LOUVEL ET ANGE PITOU · texte numérisé non relu

LOUVEL ET ANGE PITOU

On a pu lire dans quelques journaux que mardi dernier, 13 février, anniversaire de la mort du duc de Berry, une messe avait été célébrée dans l'église de Colombes.

Il y a soixante-treize ans, en effet, que le second fils du comte d'Artois, que le neveu de Louis XVIII tombait sous le poignard du sombre Louvel.

Sombre et taciturne ! Une figure d'assassin qui retient la pensée ; un ouvrier sans éducation, mais probe, laborieux, économe et sobre. Dans sa jeunesse, il achetait en une seule fois plusieurs pains de quatre livres, qu'il laissait sécher dans sa chambre, parce que, disait-il, on mange moins de pain quand il est dur.

Ce Louvel en voulait aux Bourbons, à tous les Bourbons. Il leur en voulait de ce qu'ils avaient porté les armes contre leur pays, et pour cela il s'était promis de les tuer les uns après les autres. Un monomane.

Il avait résolu de commencer par le duc de Berry, comme le plus jeune, et afin d'éteindre la race. Ce projet arrêté, il acheta deux poignards et se mit à suivre les Bourbons aux chasses, aux théâtres, à l'église. Cela dura quatre ans, à partir de 1816.

Enfin, le 13 février 1820, Louvel trouva le joint.

Ce jour-là était un dimanche gras ; l'Opéra donnait un spectacle extraordinaire qui devait attirer le prince. Louvel a lui-même raconté minutieusement l'emploi de sa journée.

« Le dimanche gras, dit-il, je me levai de bonne heure; je fis mon déjeuner chez Dubois, aubergiste, rue Saint-Thomas-du-Louvre, où je mangeais toujours. Je causai quelques moments avec Barbé, perruquier, et deux autres personnes qui étaient chez lui, de choses indifférentes. Puis, je remontai dans ma chambre prendre un poignard, comme c'était ma coutume toutes les fois que je voulais rôder; c'était le plus petit. Je sortis pour aller voir les masques et le bœuf gras ; il pouvait être alors une heure et demie... »

Sa promenade le poussa jusciu'à la porte Maillot. Il revint à la nuit et dîna à son auberge. Ensuite il remonta encore dans sa chambre pour prendre son second poignard. Cela lui faisait deux poignards, un dans chaque gousset de son pantalon. Ainsi armé, il se rendit près de l'Opéra, qui était situé sur l'emplacement du square Louvois. Il vit arriver le duc de Berry, avec la duchesse. Mais alors il eut des hésitations.

« Je m'en allai en me reprochant mon manque de courage. Je traversai le Palais-Royal. Là, une foule de réflexions m'assaillirent. Ai-je tort? ai-je raison? me disais-je. Si j'ai raison, pourquoi le. courage me manque-t-il? Si j'ai tort, pourquoi ces idées ne me quittent-elles pas?... Je me décidai à l'instant même. »

On sait le reste.

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