LOUVEL ET ANGE PITOU SOI
Louvel avait entendu donner l'ordre aux voitures de revenir à onze heures moins le quart. Il se glissa derrière elles et attendit peu de temps. Aussitôt que le duc eut conduit la duchesse à sa voiture, Louvel s'élança sur lui, le saisit de la main gauche par l'épaule gauche et le frappa de la main droite au côté droit.
Le duc de Berry agonisa sept heures et fut chanté par Chateaubriand.
Épilogue inattendu, dans lequel on s'étonnera de voir apparaître Ange Pitou, — oui, vous avez bien lu, — Ange Pitou le chansonnier, celui-là même qui a été mis à la scène par les auteurs de la Fille de W'^ Angot.
Après Louvel, Ange Pitou. 0 histoire ! ce sont de tes surprises.
Ange Pitou existait encore en 1820, il tenait un petit magasin de librairie dans la rue Lulli, voisine de l'Opéra.
Ce voisinage lui permit d'assister à l'assassinat du duc de Berry.
Ange Pitou s'est même donne un mouvement extraordinaire dans cette soirée tragique. Ce fut la mouche du coche du 13 février. Il s'entremit auprès de son voisin le tapissier Duriez pour faire apporter au prince, qui agonisait dans une chambre du théâtre, « un lit de sangle, deux matelas, un traversin, une couverture de coton et deux draps ». Ange Pitou allait et venait ; il était partout, gesticulant, offrant ses services.
Quelques jours après, comme il était avant tout libraire et auteur, il faisait paraître une brochure dont voici le titre : « Véritable dernier coucher de
Mgr le duc de Berrij, le 13 février 1820, suivi d'Événements importants, authentiques et inédits, communiqués par l'un des médecins appelés à donner ses soins à S. A. R., et par Duriez, tapissier, qui a fourni le coucher du 2^^ince , rédigé par L. A. Pitou. Paris, Pitou, 1820 ; in-8°. »
Remarquez cette ligne insidieuse : qui a fourni le coucher du prince. C'est le point de départ de tout un drame oii se mêle un comique d'une étrange nature.
Il paraît que, lorsque des indemnités furent distribuées aux personnes qui s'étaient employées dans cette nuit terrible, le secrétaire général de rOpéra s'attribua le mérite d'avoir procuré le lit et les matelas ayant servi au prince, et fut récompensé en conséquence. Réclamations fort naturelles de Duriez. Puis intervention furibonde d'Ange Pitou, intervention se traduisant par une deuxième brochure ; « Le Trône du martyr du 13 février 1820, oublié, demandé ensuite aux possesseurs, au bout d'un mois, par Monsieur, comte d'Artois, etc., etc., par L. A. Pitou. Paris, Pitou, 1820; in-8°. »
Dans cette deuxième publication, l'ex-chansonnier s'abandonne à une colère aussi emphatique que ridicule. « J'ai déjà dévoilé au roi, dit-il. les manœuvres de l'intrigue assise près du véritable dernier coucher du prince, s'adjugeant cette dépouille du martyr, comme les cohortes qui, au pied de la croix, se partageaient les vêtements du Rédempteur du monde... » Il entre dans des détails répugnants sur cette question de matelas. « Outre que leurs matelas n'ont reçu tout au plus, que de bien loin, quelques gouttes de sang, \Qfinotres sont em-