LOUVEL ET ANGE PITOU
preiiits de la sueur du prince au moment où la religion le rend digne d'un autre univers... Notre coucher a Tavantage d'être pris hors du local de l'Opéra; c'est un sépulcre apporté tout exprés comme par ordre de la providence. »
Inouï, n'est-ce pas ?
Cette fois, la cour s'émut de ce tapage indécent, etla duchesse de Berry fit acheter, pour les détruire, tous les exemplaires des deux brochures d'Ange Pitou.
C'était là probablement ce qu'il désirait.
MAILLARD DESFORGES
11 ee trouva un homme au dix-huitième siècle, habitant d'un humble bourg breton, qui eut l'adresse prodigieuse et dangereuse de mystifier Voltaire.
C'était un poète d'un ordre secondaire, nommé Maillard Desforges.
11 avait vainement essayé de se faire imprimer dans le Mercure ; ses idj^lles étaient impitoyablement jetées au panier. Têtu comme un breton, Desforges jura qu'il arriverait à son but, pour cela, il imagina d'adresser ses vers au directeur sous un nom féminin : A/"* de Malcrais de la Vigne.
Cette ruse lui réussit plus quïl n'avait osé l'espérer ; en peu de temps le nom de M'^* de Malcrais devint célèbre. — O renommée ! ce sont là de tes coups ! — Presque tous les beaux esprits de l'époque se disputèrent l'honneur de lui dédier des madrigaux; ce fut un torrent de fadeurs.
De son côté la Muse hretonne — on l'appelait ainsi — ne voulut pas demeurer en reste de politesse ; toujours par l'entremise du Mercure., elle écrivit des épîtres à la plupart de ses illustres confrères. On pense bien que Voltaire en eut sa part; le grand homme donna dans la nasse comme les autres, — et voici ce qu'il répondit à la Sapho du Croisic :
MAILLARD DESFORGES 205
Toi dont la voix brillante a volé sur nos rives; , Toi qui tiens clans Paris nos muses attentives;
Qui sais si bien associer
Et la science et l'art de plaire,
Et les talents de Deshoulières
Et les études de Dacier; J'ose envoyer aux pieds de ta muse divine Quelques faibles écrits, enfants de mon repos.
Henri quatre fut mon héros.
Et tu seras mon héroïne.
Désormais, la mj^stifîcatioii ne pouvait aller plus loin ni plus haut. Desforges le comprit et se démasqua. Il n'eut pour lui d'autre rieur que Piron, a'ii, avec cette aventure, fit la Métroname^ son chef-d'œuvi'e.
Il est à remarquer que ce sont deux Bretons — Fréron, de Quimper, et Desforges, du Croisic — qui ont porté à Voltaire les coups les plus sensibles.
La Société de la Pomme n'apprendra pas sans intérêt qu'on vient de réimprimer les poésies de Maillard Desforo-es.