‹ De A à ZChapitre 50 sur 95 · M AN ET · texte numérisé non relu

M AN ET

Ce peintre, personnel jusqu'à Textravagance, est l'homme le plus doux du monde. Il est blond, tandis que son talent est de toutes les couleurs. Edouard Manet est surtout le peintre de l'inattendu. Inutile de le chercher au Salon : il vous saute à la gorge, c'est-à-dire aux yeux, comme un malfaiteur. Et il y a du malfaiteur, en effet, dans son genre de talent. On se demande, avec une sensation première de stupeur, comment on a pu laisser entrer cet homme-là dans une compagnie de gens corrects et distingués. Une casquette à trois ponts ne jurerait pas davantage sur le perron du café Tortoni.

En voilà un, du moins, duquel on peut dire qu'il n'est pas banal. C'est le ton cru, saisissant, dans toute son effronterie, tantôt le pâté d'encre, tantôt la naïve pièce d'étoffe chinoise. On s'y fait quelquefois, et plus vite qu'un ne s'y serait attendu. Baudelaire s'y était fait tout de suite, peu accoutumé qu'il était aux : Halte là/ de la peinture moderne Un des premiers il avait admiré sans réserve la Manola et VEiifant à Vépée. En ce temps là, Edouard Manet accusait d'une certaine parenté avec Goya.

Depuis, il a fait preuve d'une abondante va-

riété : portraits, paysages, il a tout abordé et tout marqué de sa touche d'étrangeté. Et c'est au moment où le public arrive peu à peu à lui que le pinceau échappe de ses mains encore jeunes....

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