‹ De A à ZChapitre 54 sur 95 · GUSTAVE MATHIEU · texte numérisé non relu

GUSTAVE MATHIEU

L'éperon haut, portant sa crête Comme un bonnet de liberté, Chanteclair va dressant la tète, Marquant le pas, ferme planté.

Dans un petit cercle écarlate Le voilà, clignant au soleil :

Sablé d'or fin, tout l'œil éclate Des feux de l'Orient vermeil, Lors sur ses ergots il se hisse; Le col gonflé vient en avant; Tout le plumage se hérisse :

Son chant cuivré perce le vent !

Travailleur, luisant et superbe.

Il faut le voir, hiver, été.

Sur le fumier, la neige, l'herbe.

Grattant avec activité, Toute la gent à crête rouge, En coquetant, le suit de près; Tout cela mange, cela bouge ; Mais lui ne mangera qu'après.

Quand il battit l'aigle dans Rome Chanteclair s'appelait Gallus, Et luisait, planté sur la pomme Des étendards du vieux Brennus.

Comme emblème du vrai courage.

Toujours les Gaulois l'ont aimé :

L'aspect seul de sa claire image Souffle l'audace à l'homme armé.

Au fort de l'ardente fournaise, Quand tout tremble, le sol et l'air.

Dans le vent de la Marseillaise On entend chanter Chanteclair !

Et sous la mitraille enflammée, En avant, quand il faut marcher, On l'aperçoit dans la fumée Comme un souvenir du clocher 1

Mauvais vers ! dira encore M. A. R...

Eh bien ! on ne le croira pas.

Par opposition an portrait du coq, Gustave Mathieu a, dans lamême pièce, ébauché le portrait de l'aigle :

Quel est sur ce roc, à la crête,

Ce mélancolique assassin,

Ivre du sang de quelque bête.

Et couvant un sombre dessein ?

Couronne au front, glaive à la serre,

Aile étendue, œil de côté.

Il tient en zigzag un tonnerre

Pour foudroyer la liberté !

Oh ! pour le coup, voilà de mauvais, d'archimauvais vers ! toujours selon le rédacteur du Pays.

Il n'y a pas beaux jours que Gustave Mathieu est « mort et enterré ». Il y a seulement quelques années. Il est mort dans sa maisonnette de Bois-le- Roi, sur la lisièrede la forêt de Fontainebleau. Une trentaine de littérateurs et d'artistes éminents étaient venus de Paris pour l'accompagner à sa dernière demeure verdoyante et pleine de chants d'oiseaux.

Des amis lui ont élevé un modeste monument ; il repose sous un grès de la forêt fourni par l'État, au-dessus duquel apparaît son médaillon sculpté par Deloye.

On comprendra que je n'aie pas résisté au devoir de défendre cet honnête homme et ce poète do premier onh'o contre un outrage peut-être inconscient ou simplement dicté par l'esprit de parti.

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