‹ De A à ZChapitre 57 sur 95 · BARCAROLLE · texte numérisé non relu

BARCAROLLE

Pisombo, pisombo ! La mer est bleue, le ciel est serein, la lune est levée, et le vent n'enfle plus nos voiles d'en haut. Pisombo, pisombo !

Pisombo, pisombo ! Que chaque homme prenne un aviron; s'il sait le couvrir d'écume blanche, nous arriverons cette nuit à Raguse. Pisombo, pisombo !

Pisombo, pisombo ! No perdez pas de vue la cote à votre droite, de peur des pirates et de leurs bateaux longs remplis de sabres et de mousquets. Pisombo, pisombo !

Pisombo, pisombo ! Voici la chapelle de saint Etienne, patron de ce navire. Grand saint Etienne, envoie-nous de la brise, car nous sommes las de ramer. Pisombo, pisombo !

Pisombo, pisombo ! Le beau navire, comme il obéit au gouvernail ! Je ne le donnerais pas pour la grande caraque, qui met sept jours à virer de bord. Pisombo, pisombo !

Une fois prévenu, on a peine à tenir son sérieux.

Mérimée ajoute avec un admirable sang-froid, dans des notes qui ne sont pas la partie la moins curieuse de l'ouvrage, que pisombo n'a aucune Signification. C'est, dit-il, un cri que les matelots illyriens répètent pour accompagner leurs manœuvres.

N'importe, pi5om&o joue à merveille la couleur locale.

Parmi ces ballades, il y en a qui oiïrent des traits de mœurs plus ou moins exacts, mais toujours intéressants. Il y en a même une qui est entièrement sincère ; c'est celle qui commence en ces termes : « Qu'y a-t-il de blanc sur des collines verdoyantes? Sont-ce des neiges? Des neiges, elles seraient fondues; des cygnes, ils se seraient envolés. Ce ne sont point des neiges, ce ne sont point des cygnes : ce sont les tentes de l'aga Asan- Aga. » On ne saurait trouver un début plus gracieusement poétique.

Cette ballade-là avait déjà été traduite par Charles

Page 1