‹ De A à ZChapitre 67 sur 95 · NADAR · texte numérisé non relu

NADAR

V Hôtellerie des Coquecigrues, — tel est le titre pittoresque du dernier livre de Nadar, cet esprit agile et curieux, curieux de tout. Le livre, c'est l'homme ; alors comptez que c'est un livre amusant, original, spirituel, plutôt parlé qu'écrit.

Théodore de Banville y amis une préface qui est, comme toutes ses préfaces, un morceau lyrique d'une perfection achevée, avec tout ce qu'il faut pour sourire. Il essaie d'y raconter l'existence aventureuse de Nadar et de décrire ses aptitudes variées.

Je sais une autre biographie de l'auteur de YHôtellerie des Coquecigrues, d'un autre ton et d'un autre style. Elle est de Commerson ; l'écrivain macaronique par excellence. En voici le début, il servira à donner une idée d'un genre de/acétie qui paraît avoir disparu avec son inventeur :

« Félix Nadar est né à Paris de parents lyonnais, mais libraires. C'est le 5 avril 1820 que le bourdon de Notre-Dame se garda bien d'annoncer cet événement à la France et aux populations rurales. L'enfant vint au monde avec cette tète luxuriante qu'il s'est dessinée depuis sur nature, les cheveux rouges et en désordre comme ses idées, bravant la moelle de bœuf, le philocome et les ricanements de ses contemporains.

256 PORTRAITS COXTEM FORAINS

» Il consentit à voir le jour à la condition que la sage-femme le tirerait par les pieds. Cette sagefemme n'osa pas contrarier l'embrj'on bilioso-nervoso-lymphathique ; elle tira tant et tant que ce ne fut plus un homme qu'elle mit au monde, mais un horrible faucheux. Son tailleur a compris qu'il était urgent de jeter au plus vite un voile d'Elbeuf sur les injustices de la nature...

» Donc, en naissant, Félix Xadar avait dix pieds trois pouces. Sa famille en fut effrayée ; une somnambule, consultée, déclara que c'était un signe de grandeur future. Mais, avec l'âge, la taille de l'intéressant nourrisson diminua, si bien qu'aujourd'hui il paraît s'être définitivement arrêté à cinq pieds huit pouces.

» ...Quelque temps après, Félix entra pion dans une pension d'enfants en sevrage. Sa mission consistait à les conduire, au nombre de vingt-quatre, dans le jardin, du Luxembourg, où ils se gaudissaient au soleil. On conçoit que cette haute intelligence mise k si rude épreuve dut devenir apathique, somnolente et rêveuse. Aussi, des vingt-quatre élèves qui lui étaient confiés, il était rare qu'il n'en ramenât pas au moins un ou deux écrasés par les voitures. Ayez donc des enfants ! — Grâce àNadar, cette pension des écrasés diminuait à vue d'œil, et sa besogne devenait plus facile ; on le congédia. »

On s'égayait beaucoup de ces bouffonneries il y a trente ans, et Nadar tout le premier.

Son bagage littéraire est plus nombreux qu'on ne croit. Avec un peu de persistance et d'esprit de suite, il eût atteint à une première place. Mais il

Page 1