‹ De A à ZChapitre 73 sur 95 · RANDON · texte numérisé non relu

RANDON

Le dessinateur Raiidon, est atteint d'une paralysie qui lui rend tout travail impossible.

Randon est connu depuis longtemps par ses charges militaires, qui lui ont créé une place spéciale dans le petit monde des caricaturistes. On peut le considérer comme l'inventeur de ce langage superlificoquentieux, à l'usage exclusif des casernes, où l'adverbe et le subjonctif s'entre-croisent dans de prétentieuses périodes. Là, toutes les phrases commencent uniformément par que. « Que vous disiez donc comme ça, sargent ?... » Le verbe oUempérer y fleurit également.

Nul ne s'entend mieux que Randon à asseoir un pioupiou conquérant à côté d'une bonne timide, tenant par la main un petit horgeois. « Subséquemment, mam'selle, pourrait-on avoir celui de vous oflrir un verre de coco ?» Il a des marc Jii-cJie/s inénarrables, des cap'taines étourdissants, des gros majors dont le ventre semble prêt à éclater sous le ceinturon.

On connaît un dessin de Randon à dix pas. Tantôt c'est un pauvre conscrit, la larme à l'œil, armé d'un balai et s'apprêtant à « tirer l'oreille à Jules ». Tantôt c'est le même, priant son caporal de lui déchiffrer la lettre de sa payse, moyennant la politesse d'une consommation. Voyez-le entre-

choquer ces deux dragons sous la treille d'un cabaret; c'est la vérité prise sur le fait. Il est aussi dans le secret des invalides, qu'il a longtemps étudiés.

Il est inutile de dire que Randon a été soldat; cela se devine tout de suite. L'homme est excellent, doux, affectueux. Ses amis ont ressenti vivement le coup qui le frappe.

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