CLEMENT DE RIS
C'est une famille dramatique que la famille des Clément de Ris.
L'aïeul du conservateur du musée de Versailles avait été, en 1800, le héros d'une aventure mystérieuse qui a occupé toute l'Europe.
C'était au mois de septembre, M. Clément de Ris, sénateur, ancien organisateur de l'École normale, homme d'une grande intelligence, était venu ims.ser quelques jours dans une de ses terres en Touraine. Son personnel domestique était sans doute peu nombreux, car il fut arrêté chez lui, en plein jour, par six individus qui le garrottèrent, et pillèrent sous ses yeux sa maison et ses papiers. Puis il fut jeté dans une voiture et conduit dans uno retraite bien gardée, où il demeura dix-neuf jours, eu fermé dans un souterrain, à la façon des victimes des romans d'Anne Radclifïe et de Ducray- Duminil.
On lui apportait à manger deux fois par jour, mais on ne répondait pas à ses questions.
Pendant ce temps, l'émotion était grande à Paris. Un sénateur enlevé, disparu ! Les suppositions galopaient; on accusait les royalistes qui avaient voulu, disait-on, s'assurer un otage. Une autre vei'sion attribuait le coup à Fouché, soupçonné d'avoir cherché à mettre la main sur une
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correspondance compromettante entre Clément de Ris et Louis XVIII.
Cependant, les jours succédaient aux jours ; Bonaparte était furieux ; la police se décida à délivrer le malheureux sénateur, au bout de dix-neuf jours de captivité, comme je l'ai dit. Elle s'empara même des six coupables, parmi lesquels était une femme, celle qui avait prêté sa maison à l'incarcération de M. de Ris.
Mais alors on s'aperçut que ces inconnus étaient réellement des inconnus, des hommes obscurs, et non des agents de la chouannerie. Il fut prouvé qu'ils avaient forcé M. de Ris à écrire à sa femme pour qu'elle eût à remettre une somme de cinquante mille francs à un émissaire. Le désappointement fut grand dans une certaine partie du public.
Trois de ces misérables furent condamnés à mort par le tribunal d'Indre-et-Loire. La femme subit l'exposition.
Malgré cela, beaucoup de gens hochèrent la tête et continuèrent à « chercher la politique » dans cet événement. Même encore aujourd'hui, il n'est pas rare d'entendre dire que tout n'est pas connu dans Vatfaire Clément de Ris.
Après quarante-trois ans, Balzac s'est arrêté k son tour devant cette énigme historique ; il y a trouvé les éléments d'un de ses bons romans : U^ie ténébreuse affaire. Le comte Clément de Ris y est appelé le comte de Gondreville.
Encore une fois le nom des Clément de Ris retentit devant la justice ; ce fut à propos du procès La Roncière, Mais de ce procès-là je ne veux rien
dire aujourd'hui ; il ne me resterait plus de place pour parler de l'écrivain et du conservateur.
Ce Clément de Ris-là, je l'ai connu et je viens ajouter quelques traits aux articles qui lui ont été consacrés.
Oîi il faut aller chercher des renseignements pour sa biographie, c'est dans son discours de réception à l'Académie de Bellesme.
— Bellesme? oii prenez-vous Bellesme?
— Je le prends où il est, c'est-à-dire dans le Perche... dans la zone de Mamers, de Nogent-le- Rotrou...
— Et il y a une académie à Bellesme?
— Di primo cartcllo... une académie composée de M. (Uistave Levavasseur, de M. Ernest Prarond, de M. le marquis de Chennevières, d'historiens, d'agriculteurs... une académie qui publie ses Mémoires.
— Ses Mémoires ?
— A preuve qu'on y lit ceci dans le premier volume :
« L'autre année, par une nuit noire, un cabriolet de louage, venant de Mamers, réussit, on ne sait comment, à gravir, sans se briser contre la borne, le raidillon de Saint-Santin, et déposa un voyageur à belle prestance dans la cour du président de notre académie.
» Le lendemain, ce voyageur avait à peine déjeuné et était en Irain de déguster l'eau-de-vie de cidre, quand le geôlier de la prison, factotum de la mairie, se présenta mystérieusement à lui et l'invita à le suivre jusqu'à la justice de paix... Il