CLEMENT DE RIS
ne fut pas peu surpris de trouver là, dans une charmante petite salle aux boiseries sculptées, une douzaine de notables groupés solennellement autour de leur président. »
Ces notables étaient les membres de l'académie de Bellesme.
Cet étranger était le comte Clément de Ris.
Le président, M. de Saint-Santin, lui souhaita la bienvenue et l'informa qu'il avait été élu à l'unanimité académicien de Bellesme. Il énuméra ses titres à cet honneur, ses ouvrages en prose et en vers, ses voyages pour le compte du gouvernement ; il insista sur sa jeunesse heureuse et brillante : « Beau nageur, beau dîneur, beau valseur, la vie, confessez-le, ne vous était point trop cruelle, et la poésie élégiaque n'était point faite pour votre taille. » Arrivant au temps présent, il le félicita de s'être fait la vie d'un honnête 1iom7ve avisé. On n'a ni plus d'esprit ni plus de malice à l'Académie de Paris.
M. Clément de Ris répondit sur un ton moitié badin, moitié sérieux. Entre autres particularités, il se montra fort préoccupé d'expliquer sa collaboration à une certaine Revue des Provinces, et comment il dut prendre part, innocent autant qu'étonné, au banquet de son directeur, M. Duprc de la Maherie.
« Hélas ! dit-il, ce festin, où toutes les pompes de Balthasar offertes à la littérature confiante par un ex-magistrat archéologue, que l'imprimerie avait désordonné, cachaient sous des montagnes de langoustes et d'ananas, et des bouteilles de tous
les crus, et sous les toast étranges de Jubinal et d\ui monsignor in partibus, et sous les fables de Lacliambaudie, et sous les réponses hallucinées du bizarre amphitryon, la perspective prochaine et sinistre des galères.... Hélas! hélas! ce banquet fantastique, inoubliable aux trois cents i)lumes d'élite qui y piquèrent l'assiette, ce banquet si bien commencé sous les voûtes de l'Alcazar Poissonnière, devait avoir sous celles du Palais de Justice un bien fâcheux lendemain ! »
Tout le long de ce discours, le nouvel académicien de Bellesme se livra à des aveux d'une nature piquante et qu'on ne lui demandait pas, tel que celui-ci :
« Je n'ignore pas que j'ai été accusé de n'appar. tenir que par mode du temps, par occasion et non par tempérament, à l'école de l'exactitude. J'avoue que, le jour où je passai devant Padoue au vol de la vapeur, il me fut difficile d'apercevoir, à la distance qui sépare les monuments de la ville, les chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture que j'allais décrire et juger de confiance dans certains rapports au ministre. Mais que le missionnaire de l'État qui n'a pas sur la conscience pareille peccadille me jette la première pierre ! »
II um !
Peu de temps après sa réception à l'académie de Bellesme, le comte Clément de Ris alla occuper à Versailles l'emploi de conservateur du musée. Il n'y fit point parler de lui et y finit, dans l'ombre, une carrière qui aurait pu être plus longue, mais non pas plus honorable.