‹ De Bagnères-de-Luchon aux Monts-Maudits. Récits de courses et d'expériencesChapitre 6 sur 8 · I. Journal de Dangeau, 22 février 1711, t. XIII, p · texte numérisé non relu

I. Journal de Dangeau, 22 février 1711, t. XIII, p

ï. Lettre de Legendre au ministre Voysin. (Archives du Ministère de la Guerre, V. 2. 323.) La copie de cette lettre, envoyée à Desmaretz, se trouve également aux Archives nationales. (Carton G. 7. 39S.)

3. C'est le même général qui, je crois, révolté à Carthagène, plus tard, se réfugia en Algérie.

Tout en évoquant ces souvenirs, du haut île la Pena Blanca, où l'officier de Contreras était tombé, j'avais détaché Courrége en éclaireur. La prudence et non la crainte me dictait cette conduite. Voic-i pourquoi.

La guerre civile, habilement encouragée par les ennemis du dehors, dans un but malheureusement trop facile à deviner, battait alors son plein à Cuba et aux Philippines. Afin d'arrêter au passage les jeunes conscrits dont le patriotisme aurait pu faiblir un instant, au moment ou la lîère et courageuse nation espagnole avait besoin du dévouement de tous ses enfants, le gouvernement espagnol avait établi un cordon de troupes ayant pour mission d'exercer une active surveillance tout le long de la frontière. Mon porteur Francisquét, avec son costume aragonais, sa mine décidée, ses jambes nerveuses et le sac lourd et rebondi attaché sur ses robustes épaules, ressemblait tellement à un contrabandista, qu'il pouvait facilement nous créer des ennuis. Quoiqu'il n'y eût rien de particulièrement extraordinaire dans notre sac* je craignais néanmoins que les instruments de travail, les boites contenant la matière colorante et les nombreux flotteurs, ornés de couleurs éclatantes, qu'il renfermait, comme on le verra tout à l'heure, n'éveillassent la curiosité ou la méfiance des représentants de la force publique, auxquels il eût été peut-être difficile de faire comprendre le but exclusivement scientifique que je poursuivais. Dans tous les cas, parlementer, c'était perdre du temps; voilà pourquoi je n'avais nulle envie d'étaler le contenu de ce sac sous des regards profanes.

L'absence de Courrége fut de courte durée. Regardant du côté où il remontait, j'aperçus d'abord son béret, puis sa tète ; puis enfin le reste du corps. Les deux mains dans ses poches et les lèvres serrées, il répondit par un froncement de sourcil et un geste significatif, à la question que je lui adressai des yeux. Néanmoins, j'allais l'interroger

lorgque je vis tout à coup surgir, derrière lui, les fusils des soldats. Je ne pus m'empècher de jeter un regard mélancolique du côlé du Port où Francisquét attendait.

Les salutations d'usage ayant été échangées, j'appris bientôt que ces braves gens n'avaient aucun mauvais dessein à notre égard. Ce n'est pas dans le but de nous chercher querelle ou de nous interdire le passage de la frontière qu'ils se dirigeaient de notre côté; ils allaient simplement accompagner un de leurs camarades, ancien artilleur, jusqu'au Port, pour lui montrer la France, qu'il n'avait jamais vue. — « La France, m'écriai-je , mais vous ne verrez rien? A quelques centaines de mètres vis-à-vis du Port, se dressent la Montagnette et les crêtes de Baliran qui interceptent la vue; vous perdrez votre temps. El senor Cabelludo, leur dis-je, doit encore avoir du vin de Cariùana, descendez avec nous, nous en déboucherons quelque bonne bouteille, cela vaudra bien mieux. »

L'offre était alléchante, il faut en convenir, car il faisait très chaud; cependant celui qui n voulait voir la France », tenait à son projet.

« Eh bien, puisque tu veux absolument contempler ce beau pays, lui dit Courrége d'un air convaincu, grimpe par ce chemin jusqu'au sommet du Pic de Sauvegarde ; de là, tu apercevras un horizon sans limites. D'un seul coup d'œil tu pourras contempler la France tout entière, si tu as bonne vue. A tes pieds tu verras Luchon, les allées d'Étigny, le Casino comme si tu y étais, et si le bruit du canon n'a pas trop affaibli tes oreilles, il peut se faire même que tu entendes la musique. »

Sans mot dire, notre homme se dirigea incontinent vers le sommet du Pic; nous descendîmes à la cantine de Cabelludo, avec le restant de la troupe et Francisquét passa sans encombre.

La halte fut de courte durée. Déjà quelques nuages sombres rayaient l'horizon; il fallait se hâter. C'est par la Coustèra, en suivant les innombrables sentiers de moutons qui zèbrent, à flanc de coteau, les calcaires dolomitiques de la Pefia Blanca, que nous descendîmes, en moins d'une demi-heure, jusqu'au fond du ravin où brille comme une nappe de lapis le petit lac inférieur de Villamuerta. S'il est vrai que tous les chemins mènent à Rome, tous les sentiers de la Coustèra ne conduisent pas au Trou du Toro ; et il est très facile de s'égarer au milieu de ce dédale de traces souvent à peine indiquées. Le chemin le plus direct pour aller de la Pena Blanca au Plan Ayguallud, est incontestablement celui qui passe au déversoir du lac supérieur de Villamuerta; néanmoins, je préférai le sentier d'en bas afin de pouvoir examiner de nouveau, en passant, le couloir creusé dans la roche vive, entre la Maladeta et laTusse de Bargas, parlancien torrent, lorsque celui-ci coulait à ciel ouvert l .

C'est en longeant le sommet de la paroi verticale qui borde la rive gauche de ce couloir, que nous atteignîmes bientôt le Plan Ayguallud et le Trou du Toro, point terminus de notre course de ce jour.

Pendant que mes hommes installaient le bivouac; dans la misérable hutte (la cabane des Cochons) qui devait me servir de quartier général, je me dirigeai sans retard vers le Trou du Toro, pour recommencer, sous une autre forme, et avec d'autres moyens, les expériences de l'an passé 2 .

J'ai déjà dit, dans mon article sur : les sources de la Garonne (1896), que le gouffre au fond duquel les eaux de ki Maladeta, d'Aneto, des Salenques, etc., viennent se réunir pour disparaître sous terre, était inconnu des indigènes,

1. Emile Belloc. Les sources île la Garonne (Ann. du Club Alpin Français), y. 263 et 266, ann. 1896.

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