‹ De Bordeaux à Panama et de Panama à CherbourgChapitre 12 sur 16 · L'ISTHME DE PANAMA · texte numérisé non relu

L'ISTHME DE PANAMA

« Avez-vous lu des notices géographiques )> sur Panama ?

» Quelque marin, revenu de ces parages , » vous a-t-il raconté les enchantements de ce S> territoire, le printemps éternel de ce climat » béni) sa flore luxuriante, sa faune gigan-

» tesque et le doux murmure de ses fleuves » limpides?

» Savez-vous que ce PARADIS transocéa- » nien ignore tout ce qui est venimeux t » depuis la dent du serpent jusqu'à la morsure » terrible du fauve , et que des profondeurs » de sa végétation tropicale montent des » effluves apurants qui défient les ravages » des épidémies et les langueurs mortelles » des contrées torrides? »

Un Paradis transocéanien!

Je crois M . Marx, trop versé en géographie pour ne pas avoir ri, à gorges chaudes, lorsqu'il a écrit ces lignes.

Qu'il aille donc passer un mois dans risthme ou dans n'importe quelle contrée des tropiques, dans une forêt vierge et marécageuse à la saison des pluies !

Il sera dans ce qu'il appelle lui-même un Paradis.

Il saura, après, si ce paradis ignore tout ce qui est venimeux.

Il saura, si les effluves apurants sortis des profondeurs de la végétation tropicale défient les accès des fièvres pernicieuses!

Il nous dira, s'il a trouvé sëraphique l'étreinte du scorpion , il nous dira, s'il a trouvé angélique le baiser des moustiques, des maringouins et autres culicides , il nous

dira, si la caresse de la chauve-souris vampire est pleine de béatitude.

Il célébrera sur une lyre d'or les adorables bienfaits des a niguas » (pulex penetrans) tiques ou chiques qui, prenant possession du corps, déposent des œufs entre le derme et le muscle , — le plus souvent sous l'ongle , — et engendrent ainsi des ulcères quelquefois incurables.

Il nous chantera les célestes faveurs des diptères (némocères, athéricères) , des hémipthères et d'une foule d'autres insectes divins , suçant le sang, dont les piqûres ou morsures de quelques-uns sont mortelles, comme celles de plusieurs espèces d'arachnides, de phrjnes et de téljphonos.

Il nous chantera les délices de la dent des caïmans, les extases des crotales et les amours ardentes des tigres pour. . . l'espèce humaine.

Qu'il s'adresse aux courageux pionniers, à ces hommes hardis et infatigables , qui les premiers, ont fait des études à travers le fouillis inextricable de la forêt, dévorés par le soleil et les insectes, sans autre abri, la nuit, qu'un « toldo , » c'est-à-dire, une immense moustiquaire sous laquelle ils installaient un hamao aux couleurs françaises, quand ils voulaient reposer.

Qu'il s'informe auprès de ces vaillants ingénieurs, et, mieux que les marins, ils

sauront lui répondre, que l'isthme n'est pas un.... PARADIS.

La partie de l'isthme qui comprend le versànt de l'Atlantique et la cité de Colon , sontfiévreuses , c'est indiscutable.

Nous n'entendons pas dire , pour cela , que le climat de l'isthme soit plus mauvais que celui d'un pays des tropiques où se trouvent des marécages et des forêts vierges. Les marais de la Cochinchine et les forêts vierges< des Guyanes ou du Brésil n'ont un climat ni plus mauvais, ni meilleur.

Ce climat convient aux indigènes de l'intérieur de l'isthme qui vivent aussi bien dans cette atmosphère humide que dans leurs bar^ raques de planches, quelquefois posées sur pilotis, au-dessus d'une eau vaseuse et corrompue qui, sous l'action de la chaleur , dégage une odeur délétère et des miasmes méphitiques.

Il convient moins à l'Européen ; où ce der-' nier serait frappé, le nègre est dans son élément; mais, à Panama, l'Européen vit aussi bien que le nègre à Colon ou dans les marais de Mindi.

; Le climat de la ville de Panama, — ainsi que le dit avec raison M. Pierre Larousse, dans son Encyclopédie, — est bien au-dessus de la moyenne des climats compris dans la zone torride.

Si Ton prenait dans cette ville les précautions élémentaires que Ton prend dans toug les fports du monde, les épidémies seraient inconnues.

En effet, pas plus à Colon qu'à Panama, qui est aussi port franc, on ne prend aucune mesure sanitaire et les bateaux infectés , sans être soumis à aucune quarantaine, peuvent impunément débarquer leurs passagers malades qui viennent importer les germes des maladies du monde entier.

Il est même surprenant, qu'étant donné cet état de choses, la mortalité n'y soit pas plus grande.

On compte, [à Panama, pour une population de 14 à 15,000 [âmes environ, sans y comprendre la troupe, vingt-deux médecins de toute nationalité.

Malgré tant de médecins, les effluves apurants de M. Marx n'ont pu malheureusement, défier les épidémies en 1880. Les documents officiels de Panama sont là qui accusent pour

cette année une mortalité de plus de mille personnes.

Que M. Adrien Marx se donne la peine de consulter le discours prononcé par le Président de l'Etat, à la rentrée de la Chambre, dans les premiers jours de décembre 1880 et il apprendra que le Président de l'Etat, qui avait tout intérêt — surtout au moment où la souscription du canal était chose acquise — à cacher l'état sanitaire de son pays, ne peut, cependant, s'empêcher d'avouer et de déplorer les épidémies ; il se sert même de cette expression : « Las épidémias reinantes » (les épidémies régnantes).

Nous devons, il est vrai, constater que Panama n'avait été de longtemps visité par aucune épidémie.

La fièvre paludéenne n'y est presque pas à redouter ; elle y est beaucoup plus rare qu'à Colon.

C'est l'exhalaison des nombreux marécages de l'isthme qui ont fait donner à « Porto- Bello , » port sur la côte de l'Atlantique, aujourd'hui abandonné, le nom trop significatif de a Sepultura de los Europeos » (tombeau des Européens).

Mais parce que les parties marécageuses

de Tisthme seront fiévreuses et qu'on aura donné à Porto-Bello , — où on ne va plus, — un nom sinistre , s'ensuit-il , — ainsi que quelques-uns se plaisent à l'insinuer , — que les travaux du canal ne seront pas menés à bonne fin?

Non!

Le résultat est hors de doute et le canal, dont le tracé longe la voie ferrée , dépassera en résultats heureux, les prévisions de ceux qui président à son entreprise.

Cette grande œuvre qui fait honneur à la nation française est en de trop bonnes mains pour que le doute soit seulement un instant possible.

Loin de nous cette pensée; elle ne peut naître que chez les détracteurs de notre pays et de cet homme éminent qui a nom Ferdinand de Lesseps.

Les travaux du canal se feront et dans des conditions peut-être encore meilleures que celles du canal de Suez, même au point de vue de la mortalité, car les terrassiers, ceux qui, la pioche à la main, excaveront le passage qui va relier les deux Océans, seront, en grande partie, des nègres ou des gens de couleur, nés à la Jamaïque ou aux Petites Antilles, habitués au climat et qui n'ont à redouter ni les effluves marécageux, ni les insolations.

Mais est-ce à dire aussi, que nous devons faire comme le Figaro et être cause des désenchantements cruels qui attendent lé français dès son arrivée dans l'isthme ?

Non.

Nous le répétons, nous devons la vérité à tous et nous croyons être cette expression dans les souvenirs que nous écrivons au hasard de la plume.

J'ai entendu un mot d'enfant à mon retour en France. I

L'enfant venait d'assister à l'épidémie et son père, un français, l'avait emmené à Paris.

Surpris de rencontrer tant de gens sur les boulevards et dans les rues.

Oh papa, s'écrie-t-il, que de monde ici !

Un ami de son père, un parisien, lui demande en riant, si les rues de Panama sont aussi animées.

Oh non ! répond-il, il n'y a pas tant dé monde à Panama dans les rues, mais ce n'est pas difficile, c'est parce qu'on y meurt !

On ne meurt pas plus à Panama que dans toute autre ville des pays chauds. On y

meurt même moins. Bon nombre d'Européens, et, dans ce nombre, beaucoup de Français sont loin de regarder Panama comme la « sepultura de los Europeos. »

Ceux qui y résident se portent à merveille et semblent faire d'excellentes affaires; lë haut commerce dans cette ville est entre leurs mains. La colonie française y est encore peu importante, mais avec le canal elle va progresser dans de grandes proportions.

L'air de Panama est relativement si bon , que l'on vient de tous les côtés de l'isthme y rétablir la santé comme on va en France , à Luchon ou aux bains de mer.

Si en 1880 il y a eu une épidémie, il y en a eu aussi en Europe, en France, dans les pays les plus sains du monde.

La température, grâce aux brises du nord qui soufflent souvent, n'est pas suffocante.

Le thermomètre centigrade marque habituellement de 32 à 35 degrés dans la journée ; il descend souvent à 22 et même à 20 degrés à cinq heures du matin. La saison sèche est celle où l'Européen doit arriver de préférence ; elle commence dans les premiers jours de décembre et finit en mai.

Une abondante rosée tombe toutes les nuits en toute saison, ce qui n'empêche pas que, pendant la saison sèche, le gazon soit brûlé entièrement.

A la saison des pluies, les orages convertissent les rues en véritables torrents. Il n'y a qu'une ou deux ondées par jour; il est très rare qu'il pleuve comme en Europe plusieurs jours sans interruption. La quantité de pluie qui tombe annuellement sur le versant de l'Atlantique est à peu près la même que celle d'Haïti : trois cent quatre-vingt-un centimètres ; elle n'est pas de trois cents centimètres sur le versant du Pacifique.

Les créoles sont généralement anémiés, surtout les femmes ; quelques-unes ont un teint cireux d'un jaune verdâtre qui indique un état maladif.

Les Européens semblent plus vigoureux et mieux portants.

L'hygiène, dans tous les pays chauds, doit être observée strictement. Ainsi il est bon, tous les matins, de prendre un bain à son lever.

Au lieu de prendre des bains dans des baignoires, comme nous le faisons en France, les Panaméniens ont imaginé un système de bains très commode, et dont on se trouve très bien.

On se place droit ou assis dans une grande jarre en zinc, et on se jette sur tout le corps de l'eau au moyen d'une éponge ou d'un objet quelconque.

On a le soin, en finissant, de se frictionner de « bay-rum » ou de toute autre préparation alcoolique parfumée, et cette opération faite, les membres et l'esprit sont plus dispos et on supporte la chaleur sans trop de difficultés.

L'Européen doit avoir la précaution de prendre , en arrivant sous les tropiques ou en touchant aux Antilles, un verre de quinquina tous les matins et d'emporter avec lui du sulfate de quinine aux trois cachets, — on dit que c'est la meilleure marque, — car les pharmaciens de Panama, — qui font concurrence aux débits de boissons pour les sirops, — sont toujours trop portés à vendre toute autre matière que la quinine qui coûte fort cher.

Il est prudent de prendre un encas, — au moins dans les premiers temps, — toutes les fois qu'on est obligé de sortir.

Grâce à ces soins et à une vie réglée, il n'y a pas plus de danger pour l'Européen dans l'isthme que dans tout autre endroit.

Les tempéraments nerveux ou bilieux sont ceux qui supportent le mieux le climat; un tempérament sanguin ou fort, court plus de risques; il est plus sujet au « sarpuilido » (éruption de petits boutons) à laquelle tout Européen est soumis dès son arrivée.

Cette éruption de boutons est produite par la chaleur et les indigènes prétendent que si elle ne se manifeste pas dès les premiers jours, on devient malade. La transpiration cutanée est la meilleure marque de la santé.

On comprend facilement qu'avec une pareille température, la culture soit restée à l'état primitif dans l'isthme. Les quelques jardins potagers qui avoisinent Panama sont presque tous cultivés par les Européens.

Les indigènes et les nègres travaillent peu.

Quand l'Européen travaille au grand soleil, sa tête doit toujours être recouverte d'un chapeau, à larges bords.

La nature s'est plu à donner aux Panaméniens les choses les plus nécessaires à la vie et comme ils sont très sobres, — au moins pour le manger , — les fruits qui viennent

à l'état sauvage suffisent presque à leur entretien.

Le caractère des Panaméniens est doux, indolent et serviable. Ils aiment beaucoup les Français et les unions sont faciles entre les a gringos » (étrangers) et les demoiselles du pays.

L'ouverture du canal va augmenter la sympathie qu'ils ont pour les Français.

. Ils sont peu industriels et ils préfèrent abandonner aux étrangers à a la hla de las Perlas, » dépendance de l'Etat de Panama, la pêche des Perles dont on vante l'eau et l'orient et qui soutiennent avec éclat la comparaison avec celles de Ceylan.

Les Anglais et les Américains exploitent cette pêche, qui n'est pas très abondante.

On vend dans cette ville des opales communes en assez grande quantité, mais je ne puis dire si elles proviennent du Brésil ou de la République Colombienne.

Panama n'est bâti que depuis 1670, par Fernandez de Côrdova.

Le vieux Panama, fondé par Pedro Davila, en 1518, et détruit de fond en comble par le flibustier anglais Morgan, se trouvait à une quinzaine de kilomètres de la ville actuelle , dans la direction de Test.

Il ne reste plus aujourd'hui de cette anciene et riche cité que les ruines de l'église de « las M onj as. »

Des arbres ont pris naissance dans la nef, et les murs disparaissent sous un épais tapis de pariétaires.

Fernandez de Côrdova, à qui on doit aussi la ville du Mexique qui porte son nom, aprèsla destruction du vieux Panama, choisit, en construisant le Panama actuel, un emplacement qui laissât moins de prise à l'ennemi.

Cette ville qui a été l'entrepôt des trésors du Pérou , la plus grande , la plus opulente et la plus forte place de l'Espagne sur l'Océan Pacifique va recouvrer, — grâce au canal, — son ancienne splendeur qu'elle est même appelée à dépasser, et justifier plus que jamais son surnom de REINA DEL ISTMO et ce mot d'un homme célèbre:

<( Panama est la clef du monde ! »

PANAMA

De la constitution politique de l'Etat souverain de Panama.

De l'Etat. — De sa souveraineté. — De ses habitants. — De ses membres et de leurs devoirs. — Des citoyens de l'Etat et de leurs droits. — Des droits et des devoirs des étrangers dans l'Etat. — Des droits individuels. — Des bases du gouvernement. — Du pouvoir exécutif.

titre 1er. de l'état, chapitre 1er. section lre.

Dispositions préliminaires .

Art. 1er. — L'Etat souverain de Panama a été créé par l'acte du 27 février 1855, additionnel à la constitution politique de la Nouvelle-Grenade. Son territoire correspond aux provinces de Panama, Azuero , Veraguas et Chiriqui.

C'est ainsi que Ta reconnu la constitution politique des Etats-Unis de Colombie par l'article 1er et le paragraphe 5e de la loi du 8 mai 1863. Il se compose de tous les citoyens qui sont nés sur son territoire ou qui y sont domiciliés.

Art. 2. — Le territoire de l'Etat se divise pour son administration, en district capital et

en départements, et les départements en districts. La loi les organisera.

Section 2e. — De la souveraineté de l'Etat.

Art. 3. — La souveraineté de l'Etat consiste dans le pouvoir de mener à bien tout ce dont il dispose, au moyen de sa constitution et de ses lois pour tout ce qui n'est pas prohibé par la constitution générale de la nation.

Art. 4. — En vertu des dispositions de l'art. 6e de la constitution nationale, il reste acquis comme principe que les communautés, corporations, associations et autres entités religieuses sont incapables pour acquérir des biens fonds.

Il est, en outre, consacré comme principe, que la propriété foncière ne peut s'acquérir avec d'autre caractère que le caractère d'être aliénable et divisible à la volonté exclusive du propriétaire et transmissibie aux héritiers, conformément au droit commun.

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