A TRAVERS L'ISTHME
Gatim. — Ahorca-Lagarto. — Buhio-Soldado. — Buena-Vista. — San-Pablo. — Maméi. — Gorgona. — Matachin. — Obispo. — Paraiso. — Pueblo-Nuevo. — Panama.
Le 22, à six heures trois quarts du matin, après avoir remercié le commandant Reculo de son affabilité, en compagnie du docteur Dauzats et de l'agent des postes, M. Petit- Lafitte, nos excellents camarades de voyage, à qui le « Rail-Road » a offert gracieusement le passage, aller et retour, nous nous installons au premier coup de cloche dans un grand wagon ouvert à l'avant et à l'arrière , garni de fauteuils en rotin tressé, dont on peut à volonté tourner le dossier.
Les côtés sont percés d'ouvertures, fermées par des persiennes mobile?, qui permettent de donner au wagon toute l'aération désirable. Les sièges sont de chaque côté du wagon et
laissent un -vide au milieu qui sert de passage.
En quittant « Front-Street » la plus grande rue de Colon, qui est en même temps la gare, nous laissons à droite, — les eaux verdâtres et limoneuses du golfe de Limon et la statue de Colomb, placée provisoirement entre la mer et le railway dans une palissade en bois, — à gauche, le marécage où l'eau croupissante qui doit exhaler des miasmes fétides , est couverte par des nénufars aux grandes feuilles rondes, à la fleur d'une blancheur éclatante, par des balisiers aux fleurs rouges, des nélumbiacées, de petits palétuviers , et une foule d'autres plantes ligneuses et herbacées que nous ne connaissons pas, ou que nous ne pouvons distinguer du wagon, quoique nous ajons préféré , pour mieux jouir du coup d'œil, nous tenir debout sur la plate-forme de la voiture.
Au bout d'un instant, nous passons sur un pont jeté sur le petit bras de mer qui entoure Tîle sur laquelle s'élève Colon, et nous nous enfonçons dans le marécage ou plutôt dans des terres noyées remplies de mangliers noirs, appelés communément palétuviers, et d'autres rhizophorées qui ne font point démentir leur nom de (riza, racine et forôs, porteur).
Leurs racines nombreuses et enchevêtrées au lieu de se trouver dans la terre , parais-
sent au-dessus du sol vaseux où Ton peut voir une infinité de crabes en mouvement bleuir la vase jaunâtre d'une matière à eux propre, d'un bleu argenté comme la sécrétion visqueuse du limaçon.
Le terrain change un moment après et nous nous trouvons devant des coteaux minuscules, rougeâtres, sans herbe ni verdure.
Les habitants de Colon ont établi là leur cimetière ; ce paysage dure peu et nous entrons aussitôt dans le marais de Mindi qui -se prolonge jusqu'aux environs de Gatun.
La végétation reparaît plus grande et plus variée, car le marécage n'est pas continu comme en sortant de Colon. Nous distinguons des papyriers et d'autres moracées, des musacées et des fougères arborescentes aux frondes gigantesques.
Les musacées aux feuilles colossales , d'un vert tendre , sont la plupart marquetées de magnifiques fleurs rouges.
Çà et là des palmiers de diverses espèces, des cocotiers (cocos nncifero), dont on extrait avant la complète maturité un lait très agréable à boire et qui fournissent, en même temps, de Thuile et du beurre, — huile employée surtout à l'éclairage ; — des sagouiers
ou sagoutiers (raphia-vinifera) qui produisent le vin de palmier.
De temps à autre, le marais s'arrête pour faire place à des pâturages qu'on ne fauche jamais et où paissent des bœufs de grande taille.
Des cases chétives d'un étage, à une ou deux ouvertures, recouvertes de feuilles de bananiers à longs fruits (musa paradisiaca), ou de bananiers figuiers (musa sapientium) que les indigènes utilisent de plusieurs manières, apparaissent de loin en loin à travers les arbres.
Au loin, il n'y a qu'un océan de verdure, et tant que l'œil peut porter, il ne découvre qu'un immense et magnifique tapis verdoyant.
Un fossé profond où l'eau est stagnante, est creusé à des intervalles inégaux de chaque côté de la voie, où Ton n'ap^s pris soin, comme on le fait en France, de placer des clôtures.
Puis commence le fourré de la forêt avec ses lianes, ses épi pby te s, ses parasites, tordus, noués, enlacés, enchevêtrés en tous sens, qui empêchent d'y pénétrer sans qu'au préalable, un chemin soit frayé.
Des cassiques au plumage noir sont per-
chés sur des arbres ; ils tiennent le milieu entre la corneille et le merle.
Le conducteur du train nous explique que ces oiseaux, dont nous n'avons pu voir les nids, les construisent en forme de bourse d'un mètre de longueur et de vingt-cinq centimètres de largeur. Le fond a la forme sphérique, l'entrée est par le haut.
On rencontre ces oiseaux à chaque instant dans le parcours.
Après avoir traversé plusieurs ondulations de l'impénétrable forêt , nous arrivons à Oatun et nous pouvons voir à notre gauche le « Chagrès » qui le contourne , roulant paisiblement ses eaux troubles dans un lit profond.
Le village de Gatun, à trois ou qua<ra cents mètres de la station, sur la rive droite du Chagrès , est construit entièrement en bambous (bambusa arundinaria), et toutes les <îases sont recouvertes , comme celles que nousavons vues dans le marais de Mindi , de grandes feuilles de bananiers.
La station est à gauche de la voie , mais la- Compagnie du « Rail-Road », pas plus qu'aux autres stations, n'a songé à renseigner le voyageur en indiquant, soit sur un poteau, soit sur le bâtiment, le nom de la station.
De chaque côté s'élèvent des cases où nous pouvons voir des hamacs mollement balancés , et au devant de la porte des enfants n'ayant pour tout vêtement qu'une ficelle autour des reins à laquelle est attaché un petit carré d'étoffe (pampanilla) qui doit se trouver devant, mais qui est le plus souvent derrière ou par côté, quand il n'est pas absent.
Le train s'arrête.
Nous descendons.
Des femmes, <c cholas » et « zambas, » la tête nue, les cheveux tressés ou crêpés à gros flocons et pleins de fleurs, entourent les wagons. La « chola » est le produit d'une indienne et d'un blanc, la <c zamba » est la métisse d'une indienne et d'un nègre.
La chola a les cheveux lisses, brillants et longs; la zamba les a crêpés un peu à la manière des nègres.
Elles nous offrent des œufs durs, de la bière, — contrefaçon de « porter)) ou de « pâle aie, » fabriquée à New-York, — contenue dans des bouteilles de grès d'un demi-litre environ qu'elles vendent « très reaies » (1 fr. 30), des oranges, des bananes, des « pitos )) (bromelia ananas), une espèce de hachis enveloppé dans des feuilles de maïs que nous n'avons pas eu la curiosité de goûter, et du cognac de Lesseps.
Personne n'est populaire dans l'isthme comme M. de Lesseps.
On sait du reste que M. de Lesseps, sa jeune femme la comtesse de Lesseps, et deux de leurs enfants sont venus passer deux mois à Panama, décembre 1879 et janvier 1880.
Jamais grand citoyen ne fut plus acclamé , ne reçut plus d'ovations.
Les souvenirs que M. et Mme de Lesseps ont laissés dans Tisthme sont impérissables.
L'évêque de Panama est le parrain de leur plus jeune enfant, né vers la fia de 1880.
Ces femmes sont généralement belles, le teint varie suivant le croisement auquel elles appartiennent; leurs yeux noirs et veloutés, très expressifs, lancent des éclairs.
Il y a peu de négresses.
Les cases situées auprès de la station en bois, — qui est complètement inhabitée, — sont bondées de bouteilles d'alcool aux étiquettes plus ou moins voyantes.
Le ballast disparait entièrement couvert d'herbe, surtout de sensitive ou mimeuse pudique {mimosa pudica). Au fur et à mesure que nous touchons du pied une de ces plantes, elle se retire immédiatement, se rejette contre ses voisines qui exécutent aussitôt le même mouvement et se ratatinent absolu-
ment comme si elles étaient flétries. Au bout d'un moment, toutes reprennent leur position primitive. Les variations du soleil et de Tombre produisent le même effet.
Quelques personnes de couleur montent dans le train et après cinq minutes d'attente, nous partons.
Il n'y a que deux classes de voitures. L'une dont nous avons déjà parlé, et l'autre qui ressemble à un fourgon français, où prennent place les nègres occupés à l'entretien de la voie et les gens de couleur peu aisé>\
Dans chacune d'elles, est installé un réservoir d'eau qui permet aux voyageurs de se désaltérer.
Bien que la distance de Colon à Panama soit peu considérable, on ne peut en dire autant du prix qui n'est pas cependant, excessif, — si on pense aux difficultés qu'on a dû vaincre pour établir le railway — et qui s'élève pour un trajet de 71 kilomètres à 25 dollars. Le dollar vaut environ 5 fr. 20. Dans ce prix n'est pas compris l'excédent de bagages.
En remontant, le chef de train, un bel homme b ond, qui est Américain, nous offre un bouquet où nous sommes heureux de retrouver les fleurs de France.
Nous sommes toujours sur la plate-forme. Quoique le soleil soit ardent et la température élevée, nous n'avons pas trop à en souffrir. La brise rafraîchie par les arbres de la forêt est agréable , aussi nous tenons-nous à notre poste avec un véritable plaisir , cherchant à ne rien perdre du magnifique panorama qui se déroule sous nos jeux.
Nous quittons la station, et après avoir franchi le rio Gatun sur un pont métallique , nous passons devant les deux jolis mamelons du Lion et du Tigre, à la forme d'un cône, littéralement couverts de bananiers cultivés qui montrent leurs beaux régimes verts de plus de cent bananes; mais le paysage change tout aussitôt, et nous retombons dans le marécage pour arriver à la deuxième station « Ahorea Lagarto, » sur le Chagrès, dont le nom signifie : pends caïman, lieu où on pend caïmans et alligators.
Et Dieu sait s'il y en a dans le Chagrès! Ahorea Lagarto est moins important que Gatun.
Le pays change peu, il est môme fatigant par sa monotonie de Ahorea Lagarto à la troisième station, « Buhio-Soldado » (case du soldat).
A Buhio-Soldado l'aspect du paysage s'est modifié.
Nous avons devant nous des arbres beaucoup plus gros et beaucoup plu* élevés, parmi lesquels nous remarquons des touffes de bambous de plus de vingt mètres de hauteur, qui fléchissent au gré du vent.
Quelques arbres sont morts; la couleur grise de leurs branches décharnées contraste vivement dans ce fouillis de feuilles vertes de divers tons.
On côtoie toujours le Chagrés et on arrive à « Buena-Vista » (Bonne Vue), localité qui n'est pas plus importante que les précédentes et où, comme partout du reste , la station est sans chef de gare et sans employés. Ce sont les serre-freins, tous nègres ou gens de couleur, qui chargent dans les fourgons les mal!es des voyageurs.
Le chef de train vérifie , quand bon lui semble, si chaque voyageur esr, muni de son billet; de cette façon il n'y a pas de fraude possib'e.
Nous n'avons pas remarqué aux stations , pas plus qu'aux gares de Colon et de Panama, qu'il y eut des « vigilantes » ou de « guardia civil. » Il iaut croire que ce déploiement de la
force publique est inutile, puisque le « Rail - Road » n'a pas songé à le demander.
A Buena- Vista, l'horizon s'élargit, la vue devient magnifique.
Nous traversons deux petites rivières dont le lit disparaît à certains endroits entièrement recouvert de plantes ligneuses et sarmenteuses.
A gauche, la plaine ; à droite , les coteaux.
Quelques savanes ou pâtures sans arbres font diversion au coup-d'œii ; un grand canot qui doit être fait tout d'une pièce est amarré sur le bord du Chagrès.
Les arbres semblent plus beaux; ils ne sont plus autant enlacés et étrang'és parles lianes et les épiphytes. Il n'y a plus les affreuses racines des mangliers noirs.
Nous franchissons le Chagrès, — que nous longeons depuis longtemps, — à « Barbacoas, » sur un grand pont en tôle, et nous arrivons à la station de « San-Pablo » (Saint-Paul), où, comme aux autres stations, se trouve d'un côté du raiiway, une maison en bois ayant servi autrefois aux employés du chemin de
fer, mais aujourd'hui complètement aban* donnée.
Elle est faite sur le même modèle que les autres. Une immense véranda, protégé par le toit qui la recouvre entièrement, entoure la maison. L'escalier est extérieur.
Dans aucune des stations, entre Colon et Panama , il n'y a de halle aux marchandises, et pour cause.
Nous poursuivons jusqu'à « Mamei, » où les trains se croisent, et nous débouchons dans « Gorgona, » autre grand village indien, se composant uniquement de cases, placé,— j'allais dire bâti, — dans une gorge ou vallée étroite, au milieu des plus hauts mamelons de la Cordillère qui a peu d'altitude dans l'isthme. Le « Cerro Grande, » qui paraît le plus élevé, n'est qu'un mamelon deSlOmètres.
A Gorgona, comme à Gatun, il ne manque pas de débits de liqueurs. Les femmes viennent nous offrir des fruits et des rafraîchissements ; elles paraissent moins jolies. Leurs épaules sont toutes nues; leurs seins font plus que se deviner, quoique leur u poyera » (robe) soit plus décolletée sur les épaules que sur le devant.
La « poyera » d'indienne légère ou de gaze, pointillée de fleurs ou de boutons de rose ,
tombe toujours au-dessous de l'épaule , qui est toujours à nu.
• Quelques-unes portent des chapeaux de paille semblables à ceux des hommes ; d'autres sont parées d'une grande et large chaîne en or, qui exprime, paraît-il , dans l'isthme , le summum de la coquetterie chez les femmes.
On dit qu'il y a des mines d'or dans les environs.
Quelques blancs se sont approchés du train. Ce sont des chercheurs d'or ; leur teint est tellement cireux qu'on serait tenté de croire qu'on y verrait à travers. Us sont vêtus de haillons et minés par la fièvre.
Les environs de ce village semblent révéler davantage la main de l'homme. Le terrain n'est plus aqueux, ce n'est plus l'eau vaseuse et croupissante des environs de Colon.
Les Savanes s'étendent davantage de Gorgona à a Matachin » (huitième sta'ion.)
« Matachin , » qui vient de deux mots espagnols : a Mata Chino, » — Tue Chinois, — vaut mieux que l'expression de son nom.
Il paraîtrait qu'en 1854, les entrepreneurs de la Compagnie du chemin de 1er, perdant beaucoup d'hommes, — soit à cause des effluves délétères et des accès de fièvre palu-
déenne, soit par la marotte, qu'avaient tous les aventuriers à cette époque de quitter les chantiers du chemin de fer pour aller chercher de For en Californie , — imaginèrent de faire venir des Chinois, travailleurs sobres qui se contenteraient d'un modique salaire.
Il en vint un millier.
Que se passa-t-il?
Au bout d'un mois, i's mouraient comme des mouches. Les uns prétendent qu'ils se suicidaient en se pendant aux arbres ; d'autres, qu'ils étaient frappés par la nostalgie ou qu'ils succombaient aux accès de fièvre pernicieuse.
D'où le nom de Mata Chino , dont on a fait Matachin.
Il y a beaucoup de Chinois établis dans l'isthme, à Matachin comme ailleurs. Us s'y trouvent très bien et n'ont pas le moins du monde l'air de se douter qu'il existe dans ce pays un monstre du nom de Tue -Chinois. *
Avant d'arriver à cette station, la voie quitte le Chagrès qui remonte à « Crucès, » une des localités les plus importantes de l'isthme , et nous suivons la petite vallée de « YObkpo » jusqu'à la station du même nom qui est la neuvième.
« Obispo » veut dire Eveque. On a donné
le nom d'Obispo, au ruisseau, à la vallée et à la station , parce qu'il y avait jadis un « obispado » (évêché) à Crucès.
La vitesse de la machine est moins grande après avoir dépassé Obispo.
Y a-t-il une ramps plus forte ?
Cela doit être.
Nous atteignons lentement « el Cerro de la Culcbra » (cuteau de la couleuvro) , d'une altitude de 82 mètres , qui est le point culminant de la ramification de la CordiLère sur la voie ferrée. Ce point, à 52 kilomètres de Colon, est la ligne de faîte qui divise les deux versants du Pacifique et de l'Atlantique.
Le versant du Pacifique n'offre pas le même aspect que celui de l'Atlantique.
Plus de mangliers , plus de palétuviers, presque plus d'épiphytes.
Les pâturages sont plus grands, les bœufs plus nombreux.
Les lianes semblent moins enchevêtrées et moins tordues.
Le fourré de la forêt n'est plus aussi massif, les arbres n'appartiennent plus à la même espèce.
Les palmiers aux stipes uniformes, lisses et gris (phytéléphas macrocarpa) — en espagnol, tagua ou cabeza de negro — qui fournissent Y ivoire végétal, dominent avec les euphorbiacées.
Nous passons à la station « del Paraiso » sans presque nous arrêter.
Des cactus magnifiques, des nopals et autres cactées s'offrent à nos regards épanouissant leurs fleurs superbes.
L'ombre des grands arbres couvre la pelouse toute verte.
C'est à cette situation que cette localité doit son nom de station du Paradis,
On longe quelque temps le « Rio-Grande » qui se jette derrière le « Cerro de Ancon , » tout près de Panama, et on passe au-dessus d'un marécage qui fait place à un paysage plus vaste et plus agréable.
La culture du maïs, des bananiers, des orangers annoncent la proximité de la ville.
Le train traverse sans s'arrêter le faubourg de « Paeblo Nuevo » et un instant après, nous sommes en gare.
Avons-nous besoin de dire que nous n'avons pas vu, comme le raconte plaisamment
M. le comte de Beauvoir, dans son Tour du Monde, le train arrêté et le mécanicien cognant dans la foret pour alimenter la machine.
Il nous a été dit que la locomotive était toujours chauffée , soit avec de la briquette , soit avec de la houille. Explique qui le pourra ia gravure de l'ouvrage de M. de Beauvoir représentant le train attendant, et le mécanicien perché sur un arbre abattant du bois pour le chauffage de la locomotive.
Si c'est une charge que M. de Beauvoir a voulu faire , elle est réussie.
Avant que le train se soit arrêté , nous sommes assiégés par des garçons qui nous offrent chacun une carte de l'hôtel qu'ils représentent et une place dans l'omnibus.
Ces garçons parlent français.
Il est onze heures.
Le train a mis quatre heures pour faire 71 kilomètres. On ne se plaindra pas de sa prudente lenteur.
PANAMA
Entrée dans Panama. — La place de la Cathédrale. — Le grand hôtel. — Change de monnaies. — Le Gaz. — Les diatribes de M. de Beauvoir. — Les Galériens. — Les Urubus. — Le « Salon City. » — Las Bovedades. — Les maisons. — El Chorillo. — Les cimetières. — Les hôpitaux. — Le théâtre. — Programme d'une soirée. — L'esprit religieux. — Les musiques. — Les journaux. — Les agents de police.
— Les soldats. — Les chapeaux de Panama.
— Les hamacs. — Les chaises à bascule.
Une affreuse guimbarde , d'une forme impossible et d'un jaune sale, attelée de deux mules , nous attend à la gare , dont les constructions sont en bois.
On n'est pas encore arrivé , à Panama , à avoir des omnibus comme en Europe , où lesbagages sont chargés sur l'impériale , et les places d'omnibus qui coûtent « un peso » (une piastre) sont loin d'être accessibles à tout le monde.
Les bagages sont transportés après coup par une charrette.
La gare est construite à « Playa Piet?*a , » au nord-est, en dehors de la ville, au fond de la crique où se trouve le port de Panama.
Nous traversons un chemin bordé de quelques cases , de papayers (carica papaya), de passifiorées quadrangulaires {passiflora quadrangularis) et de bananiers , où se sont établis quelques « quinteros » dont Tunique occupation est de se livrer à la culture du « pasto » (fourrage) pour les chevaux de Panama, et sommes en un instant dans le faubourg Santa-Anna, dont les maisons — véritables maisons cette fois — annoncent pour la plupart peu d'élégance.
La rue est large cependant , et çà et là, sont placées quelques épiceries tenues par des Chinois et des « bar rooms » ou buvettes innombrables, où des femmes, des fleurs piquées dans les cheveux, attendent ou provoquent le client.
La place Santa-Anna est à l'extrémité du faubourg sur un plateau. C'est là que s'élève l'église du même nom , bâtie en basalte rouge ou verdâtre , toute meurtrie par les balles, la mitraille et les boulets des guerres civiles, dont les empreintes sont en partie cachées par une foule d'espèces herbacées et ligneuses qui ont pris naissance sur les murs.
C'est sur cette place qu'ont lieu , aux fêtes
de « la Independencia cimca , » qui vont être célébrées , le 25 novembre , les courses de taureaux.
De tous côtés, les charpentiers sont en train d'élever des estrades , des tribunes et des échafaudages pour ces grands jours.
Les mules, d'un bon pas, descendent la pente douce de la rue qui nous fait entrer dans la ville proprement dite ; nous laissons à droite Y Hôtel de France (?) dont les cuisiniers sont Chinois, et, à gauche, un bâtiment conique destiné aux combats de coqs, et nous débouchons un moment après sur la place de a la Catedral » où est situé le grand hôtel.
La place de la Cathédrale est le lieu le plus remarquable de Panama.
La place forme un grand rectangle. Au nord, la cathédrale — le monument le plus beau, le mieux conservé et le plus imposant de la ville, — surmontée de deux tours carrées, recouvertes autrefois de coquillages nacrés; à Test, le palais épiscopal, nouvellement construit dans un style moderne, qui offre le plus délicieux confortable.
En face de Févêché , le grand hôtel et le « Cabildo. » Le « Cabildo » est en même temps l'Hôtel-de-Ville et la Chambre des députés de FEtat de Panama.
Les bâtiments qui sont vis-à-vis de la cathédrale , et où se trouvait l'ancien hôtel de Panama, sont détruits par le feu ; il ne reste plus que les murs décharnés, recouverts de pariétaires.
Le grand hôtel est le seul établissement digne de ce nom. Il appartient à M. Henri Ehrman , qui , après avoir débuté par laver la vaisselle à son arrivée en Amérique , a su trouver le moyen de devenir propriétaire de <ce bel établissement.
L'annonce que je détache du Star and Herald peut intéresser les voyageurs :