‹ De Bordeaux au TchadChapitre 18 sur 23 · CONTHE LEUKS FLANCS BALLOTTENT LES FILETS EN FIBHES DE PALMIER · texte numérisé non relu

CONTHE LEUKS FLANCS BALLOTTENT LES FILETS EN FIBHES DE PALMIER

monie de chaque matin et de chaque soir dans le courant de vie journalier de chacun de nos postes, émouvante toujours et devant laquelle les noirs, pas plus que nous, ne restent indifférents; car si ces trois couleurs vivantes et gaies n'éveillent pas dans leur cœur le sentiment sacré de patrie, du moins condensent-elles un passé ancien déjà, tout de gloire et de fiers souvenirs et qui leur a mis dans le sang l'orgueil de race, leur patriotisme à eux.

Et puis nous nous sommes mis en route, nos petits étalons galopaillant et hennissant de plaisir, la queue haute et le rein élastique. Le renfort que je conduis à Ati est de trente-cinq spahis et cent dix auxiliaires. Vers cinq heures nous touchons au village de Melmelé, au pied et à l'extrémité occidentale des monts du Medogo, une nouvelle étrangeté géologique de cette contrée; je ne l'avais, jusqu'ici, contemplée que de mon camp, dont l'air si pur et diaphane la rap-

proche aux deux tiers de sa distance réelle. La chaîne, d'une altitude moyenne de cinquante mètres, s'étend sur plus de trois kilomètres, dans une direction N. E.-S. O, dentelée comme l'épine dorsale d'un gigantesque monstre antédiluvien ; les gros blocs de granits bruns, roses, grisâtres, ont été, pendant des milliers d années, fouillés, polis, effrités par les pluies ; les veines tendres rompues, les filons les plus durs se sont effondrés et leurs éboulis semblent les ruines tilanesques de remparts et de palais.

Melmelé, un grand village de deux cents cases, est désert ; tout a

Page 1