‹ De Bordeaux au TchadChapitre 2 sur 23 · LETTRE-PREFACE VII · texte numérisé non relu

LETTRE-PREFACE VII

confiance dans notre action directe au point de vue civilisateur, et compter surtout sur l'islamisme et sur sa pénétration africaine pour faciliter la double évolution des Noirs équatoriaux ? Sans doute beaucoup de bons esprits partagent votre opinion. Elle s'appuie d'ailleurs sur ce fait que partout dans le centre africain l'Islam fait tache d'huile.

Mais est-ce un bien ? N'est-ce pas plutôt un danger? Devons-nous combattre ou encourager cette propagation d'une croyance qui s'adapte sans doute plus facilement à la mentalité nègre que les croyances chrétiennes ? Grave question que je ne traiterai pas ici ; ce n'en est pas le lieu.

Enfin, après quatre à cinq mois de fatigues, de souffrances et de privations, interrompues par quelques agréables journées d'amicales rencontres, vous parvenez au Tchad. Vous obtenez de votre admirable chef, le colonel Largeau, le poste et les directions qui satisfont à toutes vos courageuses et nobles aspirations. Votre récit s'anime d'autant, se colore, devient plus vivant encore ; l'action vous empoigne ; la mission délicate et dangereuse à accomplir vous séduit ; le voyageur fait place à l'officier. Et aussitôt c'est avec allégresse que vous vous mettez à l'œuvre et que le lecteur vous voit penser, décider et agir. Sans doute le clair soleil du Tchad, ce sol brûlant sur lequel le coq gaulois a tout à gratter, attisent énergie et vigueur. Gela change des sombres ténèbres de la forêt et des humides et déprimantes tornades. Mais ce qui surtout vaut mieux pour un cœur de soldat, c'est l'action en compagnie de ces incomparables Sénégalais qui forment votre escadron de spahis.

Pourtant une première déception vous attend. A peine avezvous eu le temps de vous réjouir d'être enfin chez vous, «après les nombreuses vicissitudes d'un voyage de quatre mois en saison des pluies et le contre-coup obligé des accès de fièvre », que l'ordre de licenciement du bel et glorieux escadron de spahis que vous avez l'honneur de commander vous atteint, vous et les braves Sénégalais ! Mais il faut obéir. Grandeur et servitude militaire !

Cependant un rezzou ouadaïen qui emmène des enfants en esclavage est signalé. Il faut de suite se mettre à ses trousses.

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