‹ De Bordeaux au TchadChapitre 20 sur 23 · PENDANT QUE LES CLAIRONS JETTENT LKS NOTES FRAICHES DU REVEIL · texte numérisé non relu

PENDANT QUE LES CLAIRONS JETTENT LKS NOTES FRAICHES DU REVEIL

reste toujours prêt à l'éclosion de cette dernière. Si je ne les ai pas connus pour ma part, j'ai souvent vu chez beaucoup d'autres des déchirements, l'heure delà séparation venue. Va-t-on crieràla perversion, à la profanation du plus noble des sentiments, flétrir comme monstrueuses ces idylles de paillote ? Je concède qu'elles peuvent paraître telles à qui n'a pas vécu sur la terre ^d'Afrique et n'expérimenta jamais combien au fond de chaque âme de civilisé il est des atomes disposés à retourner au primitif. Déjà j'ai émis l'opinion : l'homme, depuis qu'il naquit à la vie des sociétés, lui paie un fati gant et pénible tribut; la lassitude éclôt, sans qu'il s'en doute, dans

AOUNI.

BARO L'ELLA. — ATI

les prorondeurs mystérieuses ; en milieu favorable, elle évolue, se développe, ébranle, rompt en quelques mois les digues maçonnées avec tant de lenteur par des séries d'ancêtres. N'est-il pas remarquable que si la loi naturelle imprime indéniablement et invariablement aux produits de ces amours entre Européen et femme indigène le cachet de la race la plus civilisée, elle plie tout au contraire, toujours et avec combien de facilité! Ihomme à l'influence de la femme? Cette évolution uniforme a frappé Loti et d'autres ; elle se constate à tous les âges et chez les natures les plus affinées. A-t-on

donc le droit d'appeler déséquilibre mental cette adaptation de l'être aux conditions d'une nouvelle existence, adaptation due aux germes infusés par les premiers grands ascendants ?

Et elles ? Certes, la coquetterie prédomine aussi dans ce monde féminin ; c'est surtout par elle qu'il nous est accessible, qu'il devient moins cruel ; toutes, de toutes les races, elles sont sensibles, au dernier degré, à la tentation des pagnes de soie, des colliers d'or ou de perles, à la griserie des parfums. Est-il permis d'en déduire sans restriction, comme on l'a fait, que le plus petit atome de sentimentalisme ne puisse se glisser en elles pour le dispensateur de ces largesses si appréciées, et le Blanc, loin d'elles par l'esprit et les sens, ne doitil trouver en retour que l'instrument de plaisir qui serait, sans lui, instrument de travail etd'epfantement? Car, c'est un descôtés curieux de la psychologie de ces pays, si l'amour de l'enfant y existe avec

toutes ses tendresses chez le père comme chez la mère, si la jalousie du mâle possesseur s'accuse plus farouche que sous n'importe quel autre ciel, jamais ne germe en lui le moindre attachement pour la femme. N'est-ce pas une raison pour que, chez la femme musulmane tout au moins, d'éléments tellement plus affinés que ses pareilles d'Afrique, la petite fleur éclose à la chaleur propice, fleur pâle, fleur vite fanée peut-être ; l'éclat n'en est-il pas éphémère sous tous les deux ?

Les bons souvenirs que je garderai de notre caravansérail d'Ati ! Les bons moments que nous y aurons passés, confiants malgré tout

dans l'avenir prochain où il faudra donner des coups et en recevoir, à l'instar des camarades du Maroc dont les journaux de France relatent les exploits ; si heureux les trouvons-nous, de pouvoir à leur gré livrer bataille!

Le coucher du soleil nous réunit autour de la soupière ventrue, à la petite table bien prosaïque, boiteuse, bâtie de débris de caisses, au pied du bastion sud. L'appétit s'y assied rarement avec nous ; les menus y sont sévères; depuis longtemps les vivres de « ration » font complètement défaut, même la boîte de thon et celle de sardines si souvent honnies du colonial. (Chaque matin un bœuf étique est abattu ; la portion réservée à notre table y apparaît invariablement en petits cubes noyés dans du riz indigène ; rarement un perdreau, une pintade, ajoutent un heureux appoint : affolé par la multitude guerrière d'Ati, par la chasse sans merci des premiers jours, le gibier a émigré loin et sa poursuite dans un grand rayon est interdite.

AOUNI.

BAKOUELLA. — ATI

Les gros animaux seuls sont restés ; depuis quinze jours les hommes d'Acyl, qui crèvent littéralement de faim, ont surtout vécu de deux rhinocéros tués à l'affiit. Chaque soir, des familles de lions donnent concert; elles viennent jusqu'à cent cinquante pas à l'ouest du poste, à l'endroit où sont traînées les carcasses de chameaux qui, employés constamment aux travaux et manquant de pâturages,

meurent chaque jour à la peine. La présence de ces dangereux voisins a obligé à doubler, au dehors, la garde du troupeau de bœufs qui forme le plus clair de la réserve de vivres. Avant-hier un des tirailleurs arrive pendant que nous sommes à table et rend compte : « Lions y a venir embêter nous ; nous faire feu de salve ; deux y a morts... » On lui confie des chameaux pour apporter les trophées au poste ; une heure après, ce ne sont pas deux lions, mais trois que l'escouade de garde amène en triomphe ; un autre encore a été abattu sous ses feux.

J'ai eu occasion de dire l'abondance du lion dans tout le bassin du Chari ; bien peu de nuits où il ne manifeste sa présence, loin ou près.

La profusion de gibier fait qu'il s'attaque rarement à l'homme ; à différentes reprises je l'ai entendu à moins de cent mètres des feux de bivouac et constaté que les noirs ne se souciaient pas outre mesure du voisinage ; à peine attisaient-ils les feux. Le lion est plus rare du côté du lac Tchad, mais on le retrouve dans le Bahar-el-Ghazal, vers la lagune Fitri et sur toute la ligne du Bal-Ha.

7 mai. — Grande nouvelle ! Une patrouille d'Acyl rentre, annonçant que laguid Mahamid a levé le camp d'El-Krenik et l'a transporté à Birket-Sadet, exactement à remplacement du combat du 29 mars, à trente-cinq kilomètres. Ce nouveau bond en avant semble indiquer chezl'aguid l'intention de venir attaquer Ati ; solution qui serait pour nous la plus avantageuse : retranchés derrière la zeriba, il nous sera possible de ménager les feux ; ils auront tout leur effet dans le rayon de cinq cents mètres complètement débroussé autour d'elle ; la pièce placée sur le bastion sud du réduit domine la ligne du Bat-Ha qui doit être la direction d'attaque du gros ennemi ; son tir sera ainsi 1res efficace. A partir de ce soir, tirailleurs et artilleurs coucheront contre la zériba, aux postes de combat, les spahis près des chevaux, prêts à seller; les sentinelles seront doublées, des rondes horaires faites.

Un nouveau convoi de cent dix chameaux apporte six tonnes de mil de la région de Fort-Lamy ; le chef de convoi nous a remis deux caisses, cadeaux des camarades de la commission de délimitation MoU-Tilho venus de Zinder, par la pointe nord du Tchad jusqu'à Fort-Lamy. Ces bienheureuses caisses contenaient quantité de petites douceurs : des conserves de premier choix, des bouteilles de vin, de rhum et de sauce anglaise, des flacons de pickles, du sucre, des biscuits, du thé, des cigarettes. Notre pauvre table semblait toute surprise de porter pareilles victuailles, et les visages, déjà déridés par la perspective de joutes prochaines, étaient, au moment de prendre place autour d'elle, tout à fait épanouis, lèvres en extase et narines battantes. Allongés ensuite sur le sable moelleux, longtemps après que l'extinction des feux eut égrené ses notes traînantes, nous goûtions encore un doux farniente, la pensée n'allant guère au delà du plaisir cueilli tour à tour dans la tasse de thé ou le parfum des cigarettes de France évaporées lentement. Soir de grâce et de mansuétude ; le plus petit bien-être dans ce pays ragaillardit si vigoureusement corps et âmes ! Dans l'ombre bleuâtre flottait une haleine de printemps de chez nous ; le cri-cri des sauterelles était plus joyeux ; pas beaucoup de moustiques ; de la direction du camp d'Acyl venaient les sons d'une rheïta : l'homme qui en jouait accompagnait une voix

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grêle et chevrolante, mais jusfe et expressive ; presque toujours la même phrase revenait, une phrase de complainte scandée sur une cadence très lente, marquée par des coups réguliers frappés sur un tambourin. Bien en harmonie avec le cadre de cette soirée d'Afrique, cette musique agréable, sinon mélodieuse, cette plainte mélancolique de hautbois suspendue parfois sur une note atténuée, lointaine ; elles m'ont rappelé d'autres semblables entendues au sud-algérien ou tunisien dans les nuits des kasbahs, sur les places des marchés ou des cafés maures, faites d'une phrase de quatre ou cinq sons seulement, mais qu'aucune notation ne saurait rendre.

10 mai. — Un rideau de patrouilles nous couvre jour et nuit jusqu'à une dizaine de kilomètres : en outre, les espions d'Acyl rôdent autour de Birket Sadet, à l'affût d'une occasion pour s approcher du camp ouadaïen ou y pénétrer. Jusqu'à ce jour, rien ne confirme l'hypothèse d'une attaque de l'aguid Mahamid.

Ce matin, deux de mes chevaux sont morts à une heure d'intervalle; aussitôt après avoir bu, ils se roulaient à terre, marquant les symptômes de coliques violentes ; toutes précautions avaient pourtant été prises en ma présence à l'abreuvoir, et l'eau, suffisamment limpide, ne semble contenir aucunes larves de sangsues ou autres hirudinées si fréquentes dans les eaux tropicales. Chose étrange, depuis une semaine, la mortalité des animaux, bœufs, chameaux ou chevaux appartenant à des Européens du poste, a redoublé subitement, dans des conditions suspectes, à la suite d'ingestion de liquide des mêmes puits.

J5 mai. — Huit autres chevaux, dont six des pelotons de spahis, cinq bœufs, trois chameaux ont encore succombé. Les puits seraientils empoisonnés? .. Chaque jour maintenant arrivent au camp d Acyl de soi-disant transfuges Ouadaïens que le sultan est trop heureux d'accueillir pour grossir ses rangs. De nouveaux puits ont été creusés et une sentinelle les garde. Les bêtes mortes sont traînées à quelque distance de lazeriba ; néanmoins, la dent des hj'^ènes et le bec des charognards n'en viennent pas si vite à bout que l'air n en soit empesté et c'est, sur un grand espace, un charnier infect de cadavres pourrissants, ventres et pattes en l'air ; les cages thoraciques sont toujours vidées les premières ; autour, un semis de tibias, de mâchoires, de vertèbres blanchit et s'efirite de chaleur et de sécheresse.

Ce soir, peu d'instants après la sonnerie de l'extinction des feux,

je suis allé faire une ronde autour de la zeriba ; du côté du charnier mon attention a été attirée par deux ombres humaines accroupies ; intrigué, je me suis approché : c'étaient deux spahis occupés à découper des lanières de viande dans la cuisse d'un chameau ; en m'apercevant, ils se sont mis debout, à la position rectifiée, tout interdits. Le flagrant délit d'escapade nocturne les gênait moins qu'un vrai sentiment de pudeur d'être ainsi surpris en maraude dans le puant domaine ; j'en ai eu l'impression très nette au ton dont ils m'ont répondu, vraiment honteux, ces seuls mois : « Mon lieutenant, nous avons beaucoup faim .. » Les malheureux garçons ! je le sais bien ; le troupeau de bœufs périclitant de façon si alarmante, il a fallu réduire la ration de viande comme on avait réduit celle de grain. Il faut voir maintenant les hommes au travail, pantalons retroussés haut, torses nus : aux articulations de grands creux font les nodosités très saillantes, les côtes semblent près de percer les poitrines émaciées, les traits sont creusés et les yeux s'enfoncent profondément dans les orbites ; ce ne sonl plus que de pauvres corps délabrés, mais dans lesquels le ressort moral se bande à mesure que s'affaiblit le potentiel physique.

Depuis quarante-huit heures, Legrand est rongé par la fièvre, de même que le sergent Chaudron dont l'état fait craindre l'approche d'une bilieuse hématurique.

Renseignement apporté à 1 instûnt : l'aguid Mahamid a fait de Birket-Sadet un vrai camp retranché ; avec une étonnante habileté, aidé encore presque certainement des conseils deTripolitains, il a tiré parti merveilleux de sa position défensive: dans les fourrés sur ses flancs de larges débouchés lui permettent de croiser ses feux ou de tourner les ailes de l'assaillant; des rampes palliant l'escarpe abrupte des berges permettent une communication rapide d'une extrémité de sa ligne à l'autre ; une enceinte de grosses palanques borde une énorme zeriba. Le sanglier a trouvé la bauge à sa guise et s'y terre au nez de notre meute aux crocs limés ; rien que la soif peut l'en faire débucher. Situation inextricable, énervante, telle que les annales africaines n'en relatent peut-être pas d'autre exemple.

Chaque matin, nous manœuvrons de six à huit heures, puis on reprend le fastidieux travail : des corvées, l'arme à l'épaule, partent à travers la brousse, reviennent chargées de bottes de paille, de feuilles de palmiers destinées à fournir les liens, de tiges d'arbustes choisis parmi les bois dont l'essence est à l'abri des termites et autres insectes destructeurs ; d'autres pétrissent le mortier à briques dans le Bat-Ha, ou enduisent les murs du réduit d'un nouveau crépi

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d'argile protecteur des pluies qui vont bientôt le cingler. Chaque jour, péniblement, sous l'incendie du ciel, une ou deux assises s'ajoutent aux murs de l'infirmerie, des habitations des sous-officiers ; une ou deux paillotes s'esquissent, piquet par piquet, fétu par fétu, dans le camp des tirailleurs.

0 juin. — C'est à Barouella que j'inscris ces notes ; depuis plus d'une semaine j'ai réoccupé le camp. Le 28 mai, à Ati, à neuf heures du soir, un tirailleur de garde est venu me réveiller : « Commandant y a demander toi... » J'ai suivi l'homme jusqu'au bastion nord du réduit ; le commandant Julien a coutume d'y prendre son dîner sur le toit plat formant terrasse et de s'y tenir jusqu'à une heure avancée, seul avec ses inquiétudes, obligé de penser pour tous ; Acyl était près de lui ; Idris, l'agent de renseignements le plus coté, accroupie leurs côtés. « Je vous ai fait venir, m'a dit le commandant, au reçu de nouvelles graves : l'aguid Mahamid compte que la disette, le vide fait autour de nous par les populations vont nous obliger à nous replier à l'Ouest ; inquiet lui-même au sujet des subsistances de ses gens, ne voulant pas, malgré les objurgations de Doudemourrah, venir attaquer à ciel ouvert, il essaie de précipiter notre retraite en frappant un gros coup : ce matin, une expédition de quatre à cinq cents cavaliers se préparait à quitter Birket-Sadet pour aller incendier votre camp de Barouella et celui d'Acyl ; l'effet moral en serait désastreux. Les Ouadaïens doivent être demain au point du jour à Barouella ; partez tout de suite avec les spahis ; je vous adjoins l'aguid Khozzam et cinquante auxiliaires et compte sur vous. »

Peu après nous chaussions les étriers. La piste s'accusait à peine, tordue comme un grand reptile grisâtre dans le noir opaque de la nuit, friable au point d'éteindre presque complètement le clapotis des sabots. Les renseignements sur le départ probable du parti ouadaïen, ce même soir, de Birket-Sadet, rendaient possible une rencontre avec lui en cours de marche, son itinéraire coupant infailliblement le nôtre. Suffisamment découvert, le terrain permet heureusement, d'Ati à Barouella, d'éviter souvent cette colonne par un néfaste, si souvent en Afrique l'objet de graves préoccupations ; aussi, dès que la brousse s'éclaircit, les deux pelotons savent que, sans autre ordre, ils doivent se former immédiatement ; le service de sûreté en entiçr est fourni par les auxiliaires.

Halte à onze heures au gros village abandonné de Djurjura; la nuit est restée étouffante ; éhervés par la présence de juments dans les rangs des auxiliaires, nos chevaux sont fumants, blancs d'écume.

Ignorant l'état actuel des puits de Barouella, j'ai tenu à les faire boire là, fraction par fraction ; une grande heure a été nécessaire pour cet abreuvoir, nos petits dellous en peau de chèvre, attachés aux cordes à fourrages, devant aller chercher l'eau à plus de vingt mètres de profondeur.

A deux heures du matin nous soufflions à Melmelé, toujours abandonné aussi ; des lueurs parmi les cailloux révélaient néanmoins la présence dans leurs refuges aériens des quelques misérables déjà rencontrés par nous le 26 mars. Aussitôt le détachement reconnu, trois d'entre eux descendent : des coureurs Ouadaïens sont venus, disent-ils, ici et dans les villages voisins, sondant le sable de leurs longues lances pour tâcher de découvrir des silos à mil : indication-nouvelle de la menace de disette au camp de l'aguid Mahamid.

Arrivés à six heures du matin à Barouella, sans incident.

Mon pauvre Barouella ! quantum mutatus ! combien m'est apparue triste cette oasis si fraîche, si riante et si animée aux premiers jours de notre installation. Nous touchons à 1 extrême limite de la saison sèche ; depuis sept longs mois, pas une goutte d'eau n'est tombée de là-haut, pas une brise rafraîchissante n'a passé sur le sol surchauffé, épuisé sous la morsure des rayons stériles. A l'ombre de ma vérandah, mon thermomètre portatif a marqué cet après-midi 42" *, incandescent dix heures par journée, le sable, tout nu aujourd'hui, montre sa moindre ride, brûle les prunelles ; au-dessus de lui l'air est agité, comme autour d'une chaudière, d'oscillations perpétuelles ; les graminées qui l'ont couvert de leur manteau, vert un peu de temps, puis jaune, ont succombé calcinées par l'astre ; seules quelques tâches achèvent de mourir lentement, quelques euphorbes dressent à un mètre leur grosse tige que le latex vénéneux, gluant,, qu'elle secrète, a protégé contre la dessiccation. Le lagon est presque entièrement tari ; les nénuphars étouffent ce qui reste de la belle nappe liquide ; plus un oiseau sur les bords, pas un singe dans les arbres d'allure revêche et morne ; les feuilles se sont ratatinées, toute la végétation arborescente se confond dans un ton douteux, gris sale. Rien ne chante, rien ne vole, rien ne bouge ; tout se meurt de soif, et de cette nature en souffrance émane une impression inexprimable de lassitude suprême, d'anxiété, d'affreuse mélancolie qui, malgré mes efforts, a réagi sur tout mon être, triomphe de l'instinct sur la volonté.

A un degré moindre, sans doute, les spahis n'en ont pas moins ressenti l'impression déprimante. Leurs chevaux dessellés, pansés, les voici accroupis par petits groupes, silencieux, à l'ombre des paillotes au chaume tout ébouriffé, arraché en certaines places par

AOUNI.

BAROUELLA.

ATI

la brise et laissant la carcasse à nu ; ils attendent la fade pâtée de mil que leur préparent de vieilles femmes demeurées dans le camp d'Acyl; leurs effets sont en lambeaux ; des pantalons et des tuniques il n'existe plus que de lamentables loques ; des morceaux entiers sont restés pendus aux crochets des acacias, des manches ont été arrachées jusqu'au coude, les pans des vestes s'effilochent sur le pourtour ; les bottes demandent grâce de tous les trous bâillants de leur filali ; mais une chose demeure entière chez ces soldats : la disci-

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