LE COSTUME — L'OASIS
On dort bien sous le toit du commandant militaire à Gafsa. Nos chambres, au premier, s'ouvrent sur un large divan, où des canapés et des tapis indigènes permettent également de vaquer à la sieste et au travail. De petites fenêtres, garnies de volets, ne laissent filtrer qu'une lumière douce et excluent en même temps l'excès de poussière et de chaleur.
Beaucoup de lambris travaillés à jour, un escalier monumental, des couloirs secrets, des portes dérobées, rappellent que la maison est arabe. Elle s'accommode peu du service militaire. Dans la cour, un embryon de jardin se trouve mal défendu par sa palissade rudimentaire contre les morsures des gazelles. Elles sont trois, aux yeux éveillés, aux cornes acérées, à la jambe leste. Chaque matin elles font assaut de coquetterie auprès du commandant, pour lui dérober une cigarette, qu'elles mâchonnent avec volupté. Au milieu du jour, elles sont plus timides et moins familières.
Un aigle de superbe envergure paraît profondément fatigué de sa réclusion. Quand il aperçoit le commandant, il ouvre ses ailes, comme pour lui montrer qu'il est fait pour les grandes envolées et les espaces infinis. Il se plaît à jouer avec son maître.
En Tunisie, comme dans tout l'Orient, les animaux et les enfants sont toujours vifs, gracieux, et vivent plus aisément dans la compagnie de l'homme que sous nos ternes climats, où la convention, l'usage et l'étiquette, paralysent la liberté et inspirent la crainte. A Foum-Tatahouïno, j'ai vu chez M. le lieutenant Keck des gazelles, des corbeaux, des lévriers et un hibou, logés dans la même cour, sans cage et sans chaîne, libres de leurs mouvements. Ils acceptent volontiers la sociélé des officiers, gambadent autour d'eux , approchent des chevaux et manifestent sans contrainte,
Ul
à leur manière, leurs besoins et leurs émotions. C'est même un spectacle amusant d'entendre les corbeaux se plaindre du vent qui les fait vaciller sur leur perchoir, de voir les gazelles engager des luttes sans fin avec les lévriers, les menacer de leurs cornes aiguës, tandis que le hibou
Matrone musulmane filant la laine.
assiste impassible et digne à leurs joyeux ébats. Le jour ils vont à la curée, et reviennent le soir dormir près des chevaux, à la porte de leur maître. Quelquefois les corbeaux prennent en guise de perchoir la bosse d'un dromadaire, la croupe d'une jument ou l'échiné d'un âne.
M. Lefebvre nous présente MM. les officiers, qui viennent tour à tour rendre compte de leurs missions lointaines, de leurs expéditions contre les sauterelles, et prendre ses ordres. Le territoire sur lequel s'exerce la
juridiction du commandant supérieur est très étendu. Les officiers sont toujours en course , et la plus grande activité règne dans la maison du chef militaire. Toute la matinée est consacrée à l'audition des rapports, à l'élude et à l'expédition des affaires.
M. Lefebvre a rempli jadis avec intelligence et dévouement une mission militaire au Japon. Grand, beau, svelte, il unit aux qualités physiques celles de l'esprit. Son jugement me paraît droit autant que son regard. Ses manières ont une certaine finesse cavalière et courtoise qui le fait apprécier de ceux qui l'abordent. Les officiers qui lui rendent compte de leurs travaux et passent à sa table semblent aussi heureux de le voir que prompts à lui obéir. Au courant des moindres détails, il remplit sa tâche allègrement. Ses ordres sont brefs et précis. Un tel homme doit rendre de grands services dans une région où il faut tout observer, sans provoquer de vaines appréhensions et d'inutiles froissements.
Au moment de mon passage, Gafsa possédait deux Pères blancs, le R. P. Hamard, \é R. P. Coquerel et le frère Optât. Ils habitent une petite maison au cœur de la ville, et remplissent les fonctions d'aumônier militaire et de curé. Leur ministère ne me paraît guère fertile en consolations spirituelles. La chapelle est au camp, à dix minutes environ de leur résidence. Depuis Kairouan, je n'ai pu célébrer la sainte messe ni apercevoir aucun signe chrétien. Il me semble renaître à la civilisation, quand je pénètre dans le sanctuaire et que je puis, de nouveau, saluer le divin Rédempteur. Il faut avoir été privé quelque temps de la présence sacramentelle de Jésus-Christ pour bien comprendre et sentir quelle place importante il occupe dans notre vie, quel rôle il remplit dans notre société. Son absence, c'est le vide, l'isolement pour le cœur d'un prêtre.
Le R. P, Coquerel tient une petite école, où quelques enfants viennent recevoir ses leçons. La paroisse catholique n'existe pas encore, et je crois que la création en sera longue, difficile et laborieuse.
Depuis mon passage, le cardinal Lavigerie a supprimé le poste religieux de Gafsa, et envoyé les Pères blancs à Djerba, où huit cents catholiques sont heureux de les avoir et de les garder.
Gafsa, l'ancienne Kafsa, est située sur un plateau de trois cent quarante-cinq mètres d'altitude, projeté par le djebel Reni-Younès et circonscrit, à l'est et au sud, par le lit souvent desséché de l'oued Raïach. La rivière saharienne ne coule à ciel ouvert que pendant la saison des pluies ; elle donne toujours un peu d'eau, lorsqu'on creuse jusqu'à la nappe souterraine. L'oasis s'étend au sud-ouest avec un périmètre de trois lieues.
Gafsa est une ville antique.
Dans la Guerre de Jugurtha, Salluste en fait mention ainsi : « Au milieu de vastes solitudes se trouve une grande et puissante cité, dont on attribue la fondation à Hercule le Libyen. Sauf les alentours de la place,
ce n'est partout qu'un terrain nu, inculte, sans eau, infesté de serpents que le manque de nourriture irrite, et dont la férocité naturelle s'accroît dans les ardeurs de la soif. »
A son tour l'historien Florus écrit : « La ville, fondée par Hercule au milieu de l'Afrique , est défendue par une ceinture de serpents et de sables.»
Les traits de cette double description sont encore vrais aujourd'hui. Les cérastes abondent dans les sables de la rivière, et le désert environne l'oasis. Placée dans une sorte de col, entre le djebel Orbata et le djebel Younès, Gafsa est le point de jonction de quatre vallées, qui conduisent, la première à Fériana, la seconde au centre de la régence, la troisième au golfe de Gabès, la quatrième à Tôzeur, dans le pays des dattes et les régions désertiques. C'est la position la plus importante de l'Afrique septentrionale. Elle est à la fois une des portes du Sahara et une des clefs du Tell, le point de transit obligé des caravanes du Soudan et le poste avancé des hauts plateaux contre les incursions des nomades. Elle intercepte les routes de Sfax, de Sbeïtla, de Fériana, de Tôzeur et de Gabès, et surveille la plaine des Sellama et celle des Mammeur.
Son importance stratégique n'avait pas échappé aux premiers colonisateurs. Jugurtha en avait fait une place d'armes et y avait abrité ses trésors. Cent sept ans avant Jésus- Christ, Marius marcha contre Gafsa. M. le comte du Paty de Clam a fait une remarquable étude de cette expédition du général romain. L'armée part des environs de Thigibab et arrive le neuvième jour, de bon matin, à l'extrémité occidentale du djebel Orbata, là où viennent mourir les collines couvertes d'éminences, et où se trouve el Ksar, le faubourg de la ville. Marius cache ses soldats dans les replis du terrain, et, profitant de ce que les habitants sont occupés dans les jardins, il fait avancer sa cavalerie et ses fantassins les plus agiles jusqu'à l'oued Baïach. Comme il est desséché, ils en traversent les sables au pas de course et s'emparent des portes et de la forteresse.
Marius emmène en captivité tous les Gafsiens que ses troupes n'ont pas massacrés, et incendie la ville.
Le souvenir de cette sanglante expédition a laissé aux Numides l'idée que Marius était un être au-dessus de l'humanité.
Les improvisateurs arabes racontent encore aujourd'hui la lutte d'Iskander-Doul-Kourneïn contre le Roumi Marous. Iskander ferma tous les passages qui conduisaient à Kafsa, sa capitale. Sur la route d'El-Ayacha, le guide nous montre de loin les murailles qui devaient clore les défilés de Khangat-Goubhar. On y voit les traces et les brèches qu'ont laissées les mains gigantesque des soldats légendaires du conquérant.
Malgré l'incendie et le glaive, Gafsa ne tarde pas à se repeupler et à renaître de ses ruines. Pline la compte parmi les villes libres d'Afrique qui constituent une nation plutôt qu'une cité. Elle devient municipe sous Hadrien, et la Table de Peutinger la qualifie de colonie. Deux inscriptions
lui donnent le surnom de Juslinienne. D'après un rescrit de Justinien, elle partageait, en effet, avec Leptiminus, le privilège d'être la capitale de la Byzacène et la résidence du duc ou commandant militaire. Elle avait un siège épiscopal. Pendant la persécution des Vandales, un de ses évêques mérita la palme du martyre.
Au moyen âge , l'importance de Gafsa resta considérable , et son commerce s'étendait jusqu'à l'Espagne. Prise par le sultan El-Mansour, en 583 de l'hégire, elle fut démantelée une dernière fois. Ses murailles n'ont pas été relevées, et le génie militaire fait abattre aujourd'hui les derniers pans qui sont encore debout.
La kasba est demeurée intacte. C'est un curieux spécimen de la forteresse sarrazine. Avec ses créneaux et ses bastions, elle domine le pays d'une hauteur de vingt-cinq mètres. Elle contient de nombreux bâtiments, une prison célèbre et deux mosquées. La plus grande est formée de dix-neuf nefs à cinq arcades et d'un cloître de dix-neuf arcades. Les colonnes et les chapiteaux sont d'origine antique. La source principale de l'oasis est dans l'enceinte de la citadelle.
Les vestiges de" la domination romaine sont visibles. Un arc de triomphe sert de porte à la ville. Les piscines des bains sont en pierre de grand appareil, ainsi que les premières assises de la kasba.
Le bain des hommes forme un bassin carré d'environ douze mètres de côté et de deux mètres de profondeur. Il communique par des voûtes étroites avec un second réservoir, destiné aux femmes. L'eau est d'une transparence et d'une limpidité parfaites et se maintient à la température normale de vingt-huit degrés. Le mouvement perpétuel du sable décèle l'arrivée d'une rivière vauclusienne. Je remarque une quantité considérable de tortues, de serpents noirs inoffensifs et de poissons, dont la peau est striée de taches brunes. Ils ne se mangent pas entre eux. Les soldats les pèchent à l'aide d'épingles recourbées, amorcées avec de la viande. La friture en est un peu coriace. Ces poissons, qui ont quelque rapport avec la perche de nos rivières, voltigent autour des baigneurs et n'hésitent pas à nous frôler les jambes. La sensation de leur contact m'a toujours produit un effet désagréable.
Les eaux de Gafsa feront un jour sa réputation, comme elles font déjà sa richesse.
Avez-vous froid, un plongeon dans la piscine vous réchauffe. Avezvous chaud, le bain vous paraît frais ; aussi les bains sont sans cesse fréquentés. Cependant il est bon de ne pas abuser de ces eaux, légèrement minéralisées. On attribue à leur action la poussée de certains furoncles, connus dans !»• monde médical sous le nom de clous de Gafsa, et qui laissent en général une cicatrice.
Gafsa compte six mille habitants; elle est le chef-lieu d'un cercle militaire très étendu et d'une importance capitale. Une large esplanade qui
M. HébrarJ à l'entrée de l'oasis de Gafsa.
part de la kasba conduit au camp, où les casernes forment une cité de fort bel aspect, mais toujours sans verdure et sans abri, suivant la détestable habitude des ingénieurs militaires. Le confortable et l'agrément ne sont rien devant le triomphe des lignes géométriques.
La ville elle-même est un amas de huttes en torchis ou en tob, briques de boue séchée au soleil. Elle n'a pas de plan régulier, et les maisons, sans style ni élégance, ramènent la demeure mauresque à sa simplicité la plus élémentaire.
Sous ce ciel clément, presque toujours serein, la maison sert de magasin, de dépôt, de forteresse plutôt que d'abri. Il est préférable de vivre en plein air, au grand soleil, sous la tente, à l'ombre des palmiers. La température moyenne est de trente degrés. Le vêtement est, comme la demeure, superflu et devient très sommaire. Un lambeau d'étoffe suffit à tous les besoins, et remplit tour à tour le rôle de chemise, de manteau, de mouchoir et de pantalon. Les enfants, dans leurs jeux, oublient de s'en couvrir. Nous avons même aperçu, dans les carrefours de l'oasis, des groupes déjeunes gens s'ébattant dans l'état primitif d'Adam et d'Eve. Les habitants de Gafsa n'ont jamais eu la réputation d'être difficiles sur ce chapitre. D'après un auteur ancien, leurs mauvaises mœurs étaient jadis proverbiales.
« Kafsa est misérable, dit une chanson arabe; — ses habitants sont ennuyeux; — son eau est du sang; — son air, du poison. — Tu y resterais cent ans, — sans t'y faire un ami. »
Léon l'Africain, dans sa Description de l'Afrique, parle ainsi des habitants de Gafsa : Ingenium Mis est rude, illiberale, ac externis omnibus minime favent ; quam ob rem et ab omnibus Afris mire contemnuntur. Ils ont un naturel grossier, l'esprit fermé aux beaux-arts, et ne sont point amis des étrangers. C'est pourquoi tous les peuples d'Afrique affichent pour eux un souverain mépris. »
Ce mépris a peut-être sa cause dans la ténacité dont les Gafsiens ont toujours fait preuve. Il furent jadis dévoués jusqu'à la mort au parti de Jugurtha. Plus tard, ils se sont montrés fidèles longtemps à leurs croyances catholiques ; ils ont résisté à l'influence arabe et gardé leurs mœurs et leur langue. Les conquérants ne détruisirent point les basiliques chrétiennes dans le sud de Byzacène : ils se contentèrent de construire une mosquée en face de chacune d'elles. Au xme siècle, on parlait encore à Gafsa un dialecte latin, et Edrisi, l'historien arabe, accuse les habitants de s'être berbérisés.
Ils sont très industrieux et beaucoup plus actifs que les gens des douars. Les femmes tissent à la main des burnous, des tapis et des couvertures véritablement princières autant par l'éclat des couleurs, l'harmonie du dessin, la variété des nuances, que par la belle qualité de la laine et la solidité de l'étoffe. Le tissu est épais, serré, avec de grandes lignes vertes, blanches, jaunes, rouges et bleues, et des ornements en carrés, en losanges*
148 DE CARTIIAGE AU SAHAUA
en échiquiers, en croix de Malte. Les dessins figurent grossièrement des chameaux, des poissons, rarement des hommes. Il n'y a pas de bazar. Il faut acheter ces couvertures chez l'indigène, au moment où il a besoin de numéraire pour solder l'impôt ; car il est ici moins empressé qu'à Kairouan de livrer sa marchandise entre les mains du Roumi.
La gravure de la page 141 représente une matrone de Gafsa, parée de ses bijoux, de ses pendeloques, de ses chaînes, de ses colliers, composés de croix de Malte et de pièces de monnaie à l'effigie de Marie-Thérèse, et de sa ceinture de danseuse. Elle file la laine, à l'aide d'une petite quenouille d'ivoire qu'elle manie dexlrement. Je signale à l'attention l'arrangement de sa chevelure, bouffante au-dessus des oreilles, de façon à reproduire exactement la forme caractéristique de la tête du sphinx égyptien. Son haïk est constellé d'étoiles et de lamelles d'or ; son manteau noir est bordé de pourpre et tranche vivement, comme celui de la fille de Gergès, avec le péplum blanc qui tombe négligemment de la nuque sur les épaules:
Il y aurait une étude de comparaison à faire entre ces costumes encore en usage et ceux dont les historiens et les poètes ont habillé jadis les héroïnes de l'antiquité. On constaterait avec surprise que presque rien n'est changé.
L'oasis de Gafsa est fort belle. Elle déborde au sud de la ville sur une longueur de six kilomètres et arrive jusqu'aux murs de la citadelle. Avec M. Hébrard, je m'engage dans un sentier de terre battue qui s'élève de plusieurs mètres au-dessus du sol, et nous faisons la plus délicieuse promenade sous la chevelure ondoyante des dattiers.
Considérée des hauteurs, l'oasis produit l'effet d'une tache noire, qui s'accuse vivement sur le plan des terres environnantes, blanches et stériles. Le site de Gafsa n'est pas sans analogie avec celui de Damas en Palestine. Il en est comme la copie en miniature.
Pénétrez dans la forêt; vous marchez dans un dédale de sentiers, uniformément tracés entre deux petits murs de pisé, sur lesquels la végétation projette son ombre propice et ses touffes envahissantes. Sous la couronne éternellement verte des palmes, que le moindre zéphir agite au sommet de leurs tiges élancées, et d'où pendent en longs régimes des dattes dorées ou brunes, croissent, grimpent et s'entremêlent beaucoup d'autres arbres. Les orangers piquent la verdure du feuillage de leurs fruits d'or, comme d'autant de points lumineux. Des citronniers, des grenadiers, des figuiers, des abricotiers, des oliviers, des jujubiers, des micocouliers croisent leurs rameaux, à travers lesquels la vigne enroule et suspend ses grappes prodigieuses. Le sol, disposé en petits carrés, est encore recouvert de planches de légumes, de semailles de blé et d'orge. Une eau vivifiante circule en mille sens dans ces vergers, et sa vertu, jointe à l'action d'un soleil tropical, y entretient une fertilité qui ne s'épuise jamais.
Le P. Hamard a étudié l'oasis dans toutes ses parties. Il est convaincu qu'on pourrait, à peu de frais, en augmenter l'étendue d'un tiers et porter à deux cent mille le nombre des palmiers. Plusieurs sources ne sont pas totalement utilisées et égarent leurs eaux dans les sables, faute d'endiguement. Quand M. Massicault aura visité le sud de la Régence, il portera certainement son attention sur ce point, d'où l'on peut espérer de notables profits pour le trésor et la ville.
L'une des sources présente un phénomène curieux. Elle sourd dans une cuvette de roches calcaires, de quatre à cinq mètres de diamètre, par de petites ouvertures qui sont invisibles et se devinent seulement au bouillonnement du sable. Ce sable, aussi menu que la farine, sort des entrailles de la terre et produit au contact un chatouillement agréable. Les indigènes se plongent dans l'orifice jusqu'à l'aisselle et se maintiennent suspendus, dans l'abîme souterrain, en écartant les bras sur la paroi supérieure. Leurs têtes, émergeant seules au niveau du chemin, sont d'un effet pittoresque et saisissant, presque comique.