LES MAISONS D'ÉDUCATION DE LA LÉGION D'HONNEUR
'il est un sujet d'éducation intéressant à traiter, c'est bien celui qui a trait aux fillles de nos officiers et de nos soldats, dont la situation de fortune est modeste, mais dont les services rendus à la patrie n'en méritent pas moins la sollicitude des pouvoirs publics. C'est sous l'empire de ce sentiment que nous venons, dans une rapide esquisse, remémorer l'historique et le fonctionnement des maisons de la Légion d'honneur.
Les maisons, dont nous parlons, sont au nombre de trois : la principale est celle de Saint-Denis ; les deux autres, Ecouen et les Loges, en sont les succursales. Leur destination est de recevoir huit cents filles de légionnaires sans fortune, qui y sont élevées gratuitement, et cent quinze filles, petites-filles, sœurs ou nièces des membres de l'Ordre, qui peuvent y être admises, à titre d'élèves payantes.
Napoléon I^^* en fut le fondateur. Son vaste et lumineux esprit, qui embrassait les diverses branches de l'organisation sociale, créait des lycées pour les garçons, et mettait en mouvement les rouages de l'Université, ne pouvait oublier les filles pauvres ou
or2)belines de ses compagnons d'armes, illustrés dans cent combats. Dès le Consulat, l'idée le préoccupait, et lorsqu'il fut empereur, il songea à la réaliser.
Saisi par lui de la question, le Conseil d'État avait été appelé à en délibérer. Le croirait-on ? C'est le lendemain de la bataille d'Austerlitz, 3 décembre 1805, que Napoléon, parcourant à cheval le champ de bataille où gisaient des morts et des mourants, se décida subitement à mettre enfin à exécution un dessein depuis longtemps mûri dans sa pensée, et, sur l'heure même, rédigea un décret dans ce sens. En voici les deux premiers articles.
Article V^. — Nous adoptons tous les enfants des généraux, officiers et soldats français, morts à la bataille d'Austerlitz.
Article 2. — Ils seront tous entretenus et élevés à nos frais : les garçons dans notre palais de Rambouillet, et les filles, dans notre palais de Saint-Germain. Les garçons seront placés et les filles mariées par nous.
Le projet que, sur son ordre, avait préparé le Conseil d'État, pendant qu'il culbutait la monarchie autrichienne, était moins étendu que ce décret, enfanté dans un élan de générosité.
Le Conseil proposait simplement la création de trois maisons d'éducation pour les filles des seuls membres de la Légion d'honneur, tandis que l'empereur, sans établir de distinction entre les légionnaires et les autres, mettait aux frais de l'État l'entretien des enfants de tous les militaires tués à la bataille d'Austerlitz.
Cette divergence provenait de l'ignorance où se
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trouvait le souverain du résultat des délibérations du Conseil d'État. Mais, dès que le projet de décret lui fut soumis, revenant sur sa résolution première, il y apposa sa signature, au palais de Schœnbrunn, le 15 décembre 1805.
Telle est l'origine exacte du décret organique qui, encore de nos jours, sert de règle aux maisons d'éducation des filles de la Légion d'honneur ^
C'est la maison d'Ecouen qui fonctionna la première. ]VP^ Campan en fut nommée directrice, par un décret du 5 septembre 1807. C'était un heureux choix. Quand il assignait une mission, Napoléon se trompait rarement sur les capacités et la valeur de la personne à qui elle était confiée. « Je me connais en hommes », disait-il à Sainte-Hélène.
Il eût pu ajouter que son rapide coup d'œil n'était pas moins expérimenté pour juger les femmes ; il ne fut jamais à la merci d'aucune. « L'amour, a-t-il écrit, est toujours le lot des sociétés oisives. Pour nous, nous en avons été brutalement détournés par la Révolution et ses grandes affaires. »
Il avait su apprécier le mérite de M°^ Campan, dès l'époque où elle dirigeait un pensionnat de jeunes filles à Saint-Germain, et comptait, parmi ses élèves, mesdemoiselles Stéphanie et Hortense de Beauharnais, qu'il affectionnait beaucoup, et qu'il allait voir souvent, lorsqu'il n'était encore que général.