I. De MarsangY
Ancienne lectrice de Marie- Antoinette, et ruinée par la tourmente de la Révolutton, M™® Campan était douée d'une intelligence supérieure, qu'elle avait pu développer et orner brillamment, dans sa première jeunesse. Les dons de son esprit allaient trouver un champ d'expérience propice pour se donner carrière.
Pendant qu'on aménageait la maison d'Ecouen, elle élaborait un vaste plan d'éducation, correspondant à la pensée de Napoléon. Il l'examina et l'approuva, et c'est ce plan qui a toujours été suivi, du moins dans sa base et ses parties essentielles.
L'Empereur écrivit, à ce sujet, au comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion d'honneur, plusieurs lettres intéressantes, et spécialement une « Note sur l'établissement d'Ecouen », qui constitue un document remarquable sur l'éducation des filles, et a excité l'admiration des moralistes.
Cette Note mériterait d'être reproduite en entier : nous ne pouvons en donner ici que quelques passages. Il était devant Dantzig, quand il la rédigea, sous le bivouac, pendant les répits que lui laissaient les travaux d'un siège en règle.
« Il faut, dit-il, que l'établissement d'Ecouen soit beau dans tout ce qui est monument, et qu'il soit simple dans tout ce qui est éducation. L'emploi et la distribution du temps sont des objets qui exigent principalement notre attention.
» Qu'apprendra-t-on aux demoiselles qui seront élevées à Ecouen ?... Je désire qu'il en sorte non des femmes très agréables, mais des femmes vertueuses ;
LES MAISONS d'ÉDUCATION DE LA LEGION D'HONNEUR 295
que leurs agréments soient de mœurs et de cœur, non d'esprit et d'amusement...
» Il faut que les appartements des élèves soient meublés du travail de leurs mains ; qu'elles fassent elles-mêmes leurs chemises, leurs bas, leurs robes, leurs coiffures. Tout cela est une grande affaire, dans mon opinion.
» Je veux faire de ces jeunes filles des femmes utiles, certain que j'en ferai par là des femmes agréables. Je ne veux pas chercher à en faire des femmes agréables, parce que j'en ferais des petites maîtresses. On sait se mettre, quand on fait soi-même ses robes ; dès lors on se met avec grâce. »
Napoléon entre dans des détails précis sur les matières de l'enseignement ; il faut, écrit-il « apprendre aux élèves à chiffrer », puis il passe à cette considération d'ordre général : « Si l'on me dit que l'établissement ne jouira pas d'une grande vogue, je réponds que c'est ce que je désire, parce que mon opinion est que, de toutes les éducations, la meilleure est celle des mères, parce que mon intention est principalement de venir au secours de celles des jeunes filles qui ont perdu leurs mères, ou dont les parents sont pauvres.
(( Enfin, si les membres de la Légion d'honneur qui sont riches dédaignent de mettre leurs filles, si ceux qui sont pauvres désirent qu'elles y soient reçues, et si ces jeunes personnes retournent dans leurs provinces, y jouissent de la réputation des bonnes femmes, j'ai complètement atteint mon but, et je suis assuré que l'établissement arrivera à la plus solide, à la plus haute réputation. »
Au mois de décembre 1807, une soixantaine d'élèves étaient déjà installées, et formaient le premier noyau de l'institution. Parmi elles, se faisait remarquer la fille de Bernardin de Saint-Pierre, qui s'appelait Virginie, comme l'héroïne du . célèbre roman de son père.
Petit à petit, le nombre des pensionnaires augmenta, et atteint le chiffre de trois cents.
Le régime d'Ecouen avait été établi de la façon suivante par M"^^ Campan : les élèves se levaient à sept heures en hiver, et à six heures en été. Elles avaient une heure pour s'habiller, faire leurs lits (les bonnes faisaient ceux des plus petites).
Ensuite, elles descendaient en classe, où la dame qui les accompagnait, leur faisait réciter la prière. Puis, on allait à la messe, de là au déjeuner ; on jouait ensuite. A dix heures, rentrée en classe.
On interrompait l'étude à midi, pour faire un second déjeuner, qui se composait d'un morceau de pain sec : on la reprenait ensuite jusqu'à trois heures. Venaient alors le dîner et la récréation. A cinq heures, travail jusqu'à huit heures : puis le souper, la prière et le coucher qui devait être effectué à neuf heures. Jamais les élèves n'étaient seules, ni le jour ni la nuit.
Les soins de propreté et de tenue étaient très multipliés. Une coiffeuse venait chaque mois couper et arranger leurs cheveux, enfin elles recevaient les soins qu'elles auraient pu trouver dans une famille