Madame la générale Durand
la lecture, l'écriture, le calcul, l'histoire sainte et profane, la géographie, le français et les langues anglaise et italienne.
La musique était aussi cultivée avec soin, ainsi d'ailleurs que la danse, qui était complétée par des leçons de maintien.
Les travaux à l'aiguille tenaient une large place dans le programme de la maison. Napoléon avait donné, à ce sujet, des instructions précises. Les règlements, de simplicité pratique, rédigés par lui-même, ordonnaient de n'employer, pour la toilette des élèves, que les objets confectionnés par elles, dans l'institution.
Ces règlements bannissaient toute espèce de luxe. « On ne devait avoir d'autre but, avait dit le fondateur, que d'en faire de bonnes ménagères et d'honnêtes femmes. »
]^me la générale Durand nous montre les jeunes filles de la Légion d'honneur occupées à préparer ce qu'on appelait « le pot-au-feu des pauvres ». On remettait à deux élèves, dit-elle, la viande et les légumes nécessaires ; et chacune, un tablier devant elle, après avoir mis la marmite sur le feu, épluchait les légumes, les lavait et les mettait avec la viande.
Lorsque le bouillon était fait, elles en trempaient vingt soupes dans de larges écuelles, destinées à cet objet; elles découpaient le bœuf, qu'elles partagaient ainsi que les légumes, et distribuaient le tout aux vingt pauvres présents.
Voilà une esquisse qui ne manque pas d'intérêt, et qui pourrait fournir à un peintre un joli sujet de tableau.
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M"^^ Campan voyait prospérer son œuvre : ses efforts étaient noblement récompensés, car, de toute part, on s'accordait à vanter l'éducation des pensionnaires d'Ecouen, et la faveur d'y être admise était fort recherchée.
La vigilante directrice ambitionnait une visite de Napoléon, pensant bien qu'il serait satisfait, et que sa présence ne ferait que consacrer officiellement les succès et le renom de la maison.
Le 3 mars 1809, il arriva presque à l'improviste, accompagné seulement de quelques officiers. Suivant sa méthode, qui est la bonne quand il s'agit d'inspection, il voulait surprendre son monde, et constater, sans qu'on ait eu le temps de tout préparer pour l'éblouir, si l'ordre régnait dans la vie courante de l'institution.
Il ne s'en rapportait qu'à lui, pour connaître la vérité, dans les petites comme dans les grandes choses, et bien fin eût été celui qui eût pu lui en imposer par les apparences.
Cette visite de Napoléon à la maison d'Ecouen a été racontée par MP^^ Campan elle-même. C'est un récit charmant. Nous allons la laisser parler ellemême. A midi, dit-elle, personne n'attendait l'empereur ; à midi et demi il était dans l'intérieur de notre enceinte. Quelle surprise ! Quels désordres ! Quels éclats de joie ! Puis, tout à coup quel silence respectueux !..
Il parcourut d'abord les réfectoires et les classes du
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rez-de-chaussée ; il interrogea quelques petites sur plusieurs choses fort simples ; elles répondirent très juste, et furent peu troublées.
Napoléon examina les bas que les petites tricotaient ; il les ouvrit, y passa la main, et les inspecta comme aurait pu le faire une bonne ménagère. Pendant qu'il visitait les dortoirs, l'atelier de dessin, l'infirmerie, la pharmacie, on nous faisait toutes placer à la chapelle ; le clergé se rendit à la porte avec la croix pour le recevoir et le haranguer ; le discours du premier aumônier fut simple et très touchant.
Napoléon alla s'agenouiller à la place qui lui était destinée dans la chapelle ; il se leva lorsque nous commençâmes une prière qu'il n'avait pas encore entendu chanter par un si grand nombre de jeunes voix, et qui parut lui faire plaisir. En sortant de la chapelle, il alla examiner la terrasse du Nord.
On nous avait fait passer sur la plate-forme, qui sépare le château du bois. Nous y formions deux haies qui se prolongèrent jusqu'au commencement du parc. « Je ne passe pas souvent de semblables revues, dit Napoléon ; ces jeunes personnes ont toutes l'air de la bonne santé. )>
Quelqu'un répondit avec raison que cela était dû à la pureté de l'air, « et aux bons soins )), ajouta l'empereur. Ce mot fut recueilli par les dames, qui sentirent combien il était honorable pour elles.
M°^ Campan ne s'était pas trompée. La visite impériale mit le sceau à la réputation de la maison d'Ecouen.
M"^° Campan montrait beaucoup d'indulgence pour celles de ses pensionnaires qui avaient les dons
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de la beauté et de la naissance ; on lui en faisait quelquefois le reproche : c'était là une de ses faiblesses, mais elle n'en négligeait pas, pour cette raison, les élèves d'extraction modeste, ou d'un physique moins agréable, et, on l'a dit avec justesse, ses enseignements ne firent jamais, même des demoiselles du plus haut rang, des femmes orgueilleuses et méprisantes; loin de là, et c'est une justice à lui rendre que, parmi les jeunes filles sorties de ses mains, qui approchèrent des trônes ou portèrent des couronnes, presque toutes se firent remarquer par leur simplicité, leur bienveillance et leur charité.
lia renommée de la maison d'Ecouen ne faisait que s'étendre, et les élèves affluaient de tous côtés Bientôt, elle allait devenir insuffisante, et la création d'une seconde maison s'imposait pour faire face aux nombreuses demandes d'admission : c'est alors qu'on songea à utiliser l'ancienne abbaye de Saint-Denis, avec ses jardins et ses dépendances.
Napoléon décida en même temps que le titre de surintendante serait accordé à chacune des directrices ; dans sa pensée, c'était une dignité, qu'il convenait d'environner de prestige pour atteindre le but qu'il s'était proposé.
Ce fut le 16 novembre 1810, que la baronne du Bouzet, inspectrice à Êcouen, fut désignée pour remplir les nouvelles fonctions de surintendante de la maison de Saint-Denis. Cette dernière devait, avec le temps, prendre un rang prépondérant.
Les principes d'éducation, inaugurés par M"'^ Campan, y furent suivis fidèlement, et produisirent d'heureux résultats.
Ces principes se trouvent résumés dans ces sages réflexions de l'ancienne lectrice de Marie- Antoinette : « On trouve, dit-elle, de vieilles personnes minutieuses, qui ont joui dans leur jeunesse de la réputation de femmes aimables, sans avoir eu d'autres avantages que ceux d'une jolie figure et de quelque gentillesse dans les manières.
« La femme pourvue d'une solide instruction perd sa fraîcheur et le charme de ses traits, mais elle prend, à chaque époque de sa vie, le maintien qui lui convient, une année de plus, une prétention de moins, et elle conserve jusqu'à la vieillesse les grâces et l'estime de tous. Elle a été jusqu'à dix-huit ans jeune fille modeste, tendre épouse et mère sensible jusqu'à trente ; institutrice de sa fille jusqu'à quarante ; conseil et amie de sa famille le reste de sa vie. »
La maison de Saint-Denis ne suffisant point encore aux demandes d'admission, un décret du 15 février 1811 fut consacré à l'organisation d'une troisième institution, dans la maison dite des Loges, située au milieu de la forêt de Saint-Germain. Celle-ci fonctionna, comme ses aînées, et rivalisa pour les égaler dans leur bonne tenue et leurs succès.
Ces trois maisons d'Écouen, de Saint-Denis, des Loges, ont traversé le siècle, et de nos jours elles sont plus prospères que jamais, elles ont déjà la solidité des choses anciennes, la consécration du temps et de l'expérience ; elles s'appuient sur des
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traditions, sur des services rendus, et sur des souvenirs qui, certes, ont leur éloquence et leur grandeur. Bref, c'est là une œuvre fondée, chère à tous ceux qui ont, vivaces dans le cœur, le culte de la Patrie et l'amour de notre France.
Voici quelques détails utiles sur le fonctionnement actuel des trois maisons. Les filles des membres de la Légion d'honneur, ayant le grade de général, de commandant, ou au moins celui de capitaine en activité de service, ou bien une position civile correspondante, peuvent être nommées élèves à Saint - Denis.
Ecouen reçoit les filles des capitaines en retraite, des lieutenants ou sous-lieutenants en activité ou en retraite, et des légionnaires civils ayant une position équivalente.
Enfin, les filles des sous-officiers et soldats, ou de civils ayant des situations analogues, peuvent être admises aux Loges, et le bénéfice des travaux manuels qu'elles exécutent dans cette succursale leur est remis à leur sortie de l'établissement ^
Les élèves ne sortent que deux fois par an, au mois d'août et à Pâques. Les parents peuvent voir leurs enfants le jeudi et le dimanche, avec une permission de la grande chancellerie : le règlement est d'une telle sévérité sur ce chapitre qu'une personne amenée par le père ou la mère d'une élève ne pour-