‹ De Châteaubriand à Ernest RenanChapitre 16 sur 32 · I. E. Fourmestraux · texte numérisé non relu

I. E. Fourmestraux

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rait voir la jeune fille, si elle n'est, elle-même, munie! d'une permission.

Le cours d'étude spécial à la maison de Saint-Denis; dit M. Guérin, est divisé en treize classes, comprenant chacune un semestre ; cependant le changement de classes est subordonné au travail des élèves, qui restent souvent deux semestres dans la même.

Le personnel de la maison est séculier. Il se compose d'une surintendante, de cinq dames dignitaires remplissant les fonctions d'inspectrice, de directrice, des études, d'économe, de directrice de lingerie et de roberie, et de directrice de l'infirmerie.

Ces dames, ainsi que toutes les autres, sont d'anciennes élèves qui n'ont jamais quitté la maison. Elles portent une croix en vermeil à quatre branches, surmontée d'une couronne, attachée à un large ruban de la Légion d'honneur mis en sautoir. La surintendante le porte en bandoulière.

Viennent ensuite douze dames de première classe : celles-ci portent la croix attachée sur la poitrine du côté gauche et surmontée de la rosette d'ofhcier, puis trente-deux dames de seconde classe, qui portent la même croix que les dames de première classe, mais sans rosette.

Il y a en outre vingt novices et de dix à vingt postulantes. Les novices n'ont que la croix d'argent, et portent un uniforme qui n'est plus celui des élèves. Quant aux postulantes, ce sont des élèves de la classe de perfectionnement qui, ayant atteint leur dix-huitième année, ont passé leur examen et se destinent à la même mission.

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Elles portent le ruban de la Légion d'honneur attaché au côté gauche, pour les distinguer de leurs compagnes encore élèves.

Toutes ces dames remplissent les fonctions d'institutrices, de professeurs de chant, de piano, de dessin, de dames surveillantes. Dès le jour où elles sont nommées postulantes, elles sont chargées d'un de ces emplois.

Après trente ans de service, qui datent du jour où elles sont nommées dames, elles quittent la maison avec une retraite.

La récompense la plus enviée parmi les élèves est la médaille. Lorsque la conduite d'une élève a été irréprochable pendant un semestre, le grand Chancelier lui remet, à la distribution des prix, à laquelle il assiste toujours, une médaille de vermeil passée dans un ruban de moire.

Une élève qui a obtenu six fois cette distinction, reçoit, en quittant la maison, une médaille d'or qui porte son nom.

Un touchant usage est établi dans la maison de Saint-Denis, depuis de longues années. Le premier jour de l'an, les orphelines des Sœurs de la Charité de la ville de Saint-Denis viennent, pendant le dîner des élèves, et partagent, avec celles-ci, les bonbons et friandises que la maison donne ce jour-là. ,

Tous les ans aussi, l'institution organise une loterie en faveur de ces jeunes et intéressantes orphelines, et le produit en est remis à la supérieure par les soins de la surintendante.

La pension est gratuite pour les filles des officiers et pour celles des fonctionnaires, membres de l'Ordre,

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mais tout décoré, non au service de l'État, qui veut faire élever sa fille à Saint-Denis, paie la somme de mille francs, plus le trousseau de 300 francs que toute élève, gratuite ou payante, est tenue de fournir.

On ne peut entrer dans la maison après l'âge de douze ans, ni y rester au delà de dix-huit, à moins d'une destination professionnelle dans la maison.

Nous avons nommé M"*^ Campan et la baronne du Bouzet, qui furent premières surintendantes. Après elles, il convient de mentionner M'"®- la comtesse Duguengo, la baronne de Bourgoing, la baronne Dannery, la baronne Daumesnil, femme de l'intrépide défenseur de Vincennes, et enfin M'"® l'amiral Le Ray. Au sujet de cette dernière, un écrivain a écrit cet éloge mérité : <( Entièrement dévouée à sa mission, aimant ses élèves comme si elles étaient ses propres filles, M'"® Le Ray n'a jamais cessé de leur prodiguer les soins les plus tendres et les plus affectueux. »

Elle a aussi secondé, avec une rare intelligence, le général Faidherbe, dans les nombreuses réformes et améliorations qu'il a apportées à Saint-Denis, et dans les deux succursales d'Écouen et des Loges.

Les maisons d'éducation de la Légion d'honneur ne dépendent pas de l'Université, mais sont sous la direction et la responsabilité du grand Chancelier.

C'est l'occasion, il nous semble, de rappeler ici les noms illustres de ceux qui ont rempli cette impor-

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tante mission depuis le début. Nous avons cité déjà le comte de Lacépède. Ce fut lui le premier grand Chancelier.

Savant distingué, naturaliste érainent, il aida puissamment Napoléon dans l'organisation du Conseil de l'œuvre nouvelle et la rédaction de ses statuts. Il conserva ses hautes fonctions, depuis le 21 août 1803 jusqu'au 2 juillet 1815, avec un interrègne d'une année.

Il eut pour successeur l'abbé de Pradt, qui ne fut que pendant dix mois à la tête de l'institution. Le vicomte de Bruges fut un Chancelier plus éphémère encore. Il fut remplacé par le maréchal de Macdonald, duc de Tarente, qui resta à la Chancellerie depuis 1815, jusqu'au 11 septembre 1831.

Viennent ensuite le maréchal Mortier, duc de Trévise, le maréchal comte Gérard, le maréchal Oudinot, duc de Reggio, le général de division baron Subervie, le maréchal comte Molitor, le maréchal comte Exelmans, le maréchal comte d'Ornano, le général de division Lebrun, comte de Plaisance, le maréchal Pélissier, duc de Malakoff, l'amiral Hamelin, le général de division comte de Flahaut, le général de division Vinoy, et enfin le général de division Faidherbe, le remarquable chef de l'armée du Nord, le vainqueur de Pont-Noyelles et de Bapaume.

Grand-Croix de la Légion d'honneur, le 3 février 1880, et grand Chancelier le 28 du même mois, le général Faidherbe déploya, dans cette charge élevée, les qualités remarquables d'organisateur, dont il avait fait preuve comme gouverneur du Sénégal, et comme général en chef de l'armée du Nord.

Depuis le comte de Lacépède, écrit un pubiiciste compétent, aucun grand Chancelier n'a plus contribué que lui au développement de l'instruction, des études professionnelles, et au bien-être des pensionnaires de Saint-Denis, d'Ecouen et des Loges.

Jusqu'au général Faidherbe, l'enseignement commercial et professionnel avait été réservé à la seule maison des Loges.

Comme les résultats obtenus étaient de plus en plus satisfaisants, le grand Chancelier pensa qu'il y aurait avantage aussi à faire aborder ce genre d'études, ainsi que les travaux manuels, par les élèves d'Ecouen et de Saint-Denis.

Il introduisit donc une réforme dans ce sens, et fit cesser ainsi le reproche adressé quelquefois à l'éducation de Saint-Denis, où, alléguait-on, les jeunes filles sont élevées pour un rang et des élégances, qu'elles ne peuvent ensuite soutenir dans la vie, par défaut de fortune.

La tentative ds général Faidherbe réussit fort bien. Poussant jusqu'au bout sa pensée réformatrice, et voulant résoudre, dans sa mesure, le problème de l'éducation de la femme, il fît plus encore : aux études professionnelles et commerciales, aux travaux manuels, il ajouta un cours d'art culinaire, et, chaque jour, dix pensionnaires vont, à tour de rôle, s'initier aux secrets de la cuisine élémentaire, et " à la confection des mets les plus sains et les plus appréciés dans l'intérieur des familles.

On le voit, l'éducation donnée maintenant dans les maisons de la Légion d'honneur s'est complétée, ou plutôt s'est rapprochée de l'idéal du fondateur.

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Qu'avait dit, en effet, Napoléon ? « Je désire qu'il sorte de là non des femmes très agréables, mais des femmes vertueuses ; que leurs agréments soient de mœurs et de cœur, non d'esprit et d'amusement... Je veux faire de ces jeunes filles des femmes utiles, certain que j'en ferai par là des femmes agréables. »

M. E. Fourmestraux, qui a étudié de près la question, et qui nous a fourni d'utiles renseignements, fait ce tableau de la jeune femme du monde qui a passé par Saint-Denis : « D avenue maîtresse de maison, elle pourra se trouver aux prises avec les exigences de la vie.

« Son intérieur profitera d'abord des goûts d'ordre, de propreté, de bonne tenue, auxquels elle aura été habituée dès sa jeunesse.

« L'odeur des fourneaux ne l'éloignera pas de sa cuisine, où elle sera aussi à l'aise que dans son salon, et elle saura, au besoin, démontrer à son cordon bleu qu'elle est depuis longtemps initiée aux secrets de l'art illustré par Brillât-Savarin. »

On doit donc au général Faidherbe de sincères éloges pour les heureuses innovations, que son bon sens lui avait dictées, et dont son activité fit une réalité tangible.

Enlevé trop tôt à la patrie française, Faidherbe eut pour successeur à la grande Chancellerie, le général Février.

Entre ses mains, les maisons d'éducation de l'Ordre n'ont fait que progresser dans la voie utile où le général Faidherbe les fit entrer. Le général Florentin se montre à son tour aujourd'hui leur digne successeur.

Ces notes rapides donneront, nous le pensons*, une idée suffisante de l'historique et des principes de direction des maisons de Saint-Denis, d'Ecouen et des Loges, qui ont remplacé, dans nos temps modernes, l'institution des demoiselles de Saint-Cyr, créée jadis par Louis XIV, à l'instigation de M*"^ de Maintenon.

Qui ne s'intéresserait, à leur prospérité ? L'éducation des jeunes filles, en efïet, constitue une des questions les plus importantes pour la gloire d'un pays, car elle est, avant tout, on l'a dit souvent, la base même de la famille, par l'ordre, l'harmonie, le bonheur que font régner, dans l'intérieur du foyer domestique, les femmes bien élevées.

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